Premières analyses sur l’après Arafat


Introduction : Alors que l’ état de santé de Yasser Arafat semble s’aggraver et qu’il
doit venir recevoir des soins à Paris, les analyses concernant sa
succession et les répercussions que sa disparition pourrait avoir sur la
situation politique de la région, se multiplient. Vous aurez sans doute
tous lu la presse française , nous vous proposons donc de vous communiquer
une synthèse des réactions publiées dans haaretz jeudi.



 la succession

Arafat n’ayant jamais accepté de désigner son successeur, les
suputations et commentaires vont bon train.

La constitution palestinienne prévoit, en cas de défaillance du chef
de l’autorité palestinienne, l’octroi par intérim de son poste, au
chef du conseil législatif palestinien, et ce pour une durée de 60
jours. Ce laps de temps étant destiné à mettre en oeuvre un
processus électoral.

Cette solution ne semble cependant être envisagée sérieusement par
aucun commentateur.

La succession ne concerne pas uniquement la direction de l’Autorité
Palestinienne puisqu’Arafat est également chef du comité executif de
l’OLP.

Les noms d’Abu Ala et AbuMazen sont le plus souvent avancés. Danny
Rubinstein indique meme que les postes de chef du comité
exécutif de l’OLP et de dirigeant de l’autorité Palestinienne leur
seraient respectivement octroyés et ce , malgré les différends qui
les ont opposés à Arafat.

D’après lui, la jeune garde de l’establishment palestinien incarnée
notamment par Jibril Radjoub et Mohammed Dahlan, soutiendrait les
deux “vétérans”.

Arnon Regular, quant a lui, est beaucoup moins affirmatif. Il envisage
une liste de successeurs posssibles dont Abbas et Qorei, auxquels il
ajoute Dahlan et Barghouti. Selon lui la succession fera l’objet
d’une lutte sévère.

 réaction en Palestine

Danny Rubinstein évoque la possibilité d’une éruption de
violence qui pourrait provoquer l’effondrement de l’Autorité
Palestinnienne et nécessiterait l’intervention d’une force
internationale.

Amira Haas, quant à elle, analyse le manque de réaction de la
population palestinienne qui ne s’est guère manifestée hier devant la
Mouqata.

Selon elle, Arafat aurait perdu l’aura dont il bénéficiait jusqu’il y
a quelques années et serait très critiqué aussi bien dans la
poulation, qu’ au sein même du cercle de ses proches.
L’un d’entre eux aurait selon elle confessé avec embarras, que le
décés d’Arafat, s’il était imputable à des causes naturelles, serait
une solution, car ” lorsqu’il n’y a pas de changement au niveau
interne, les gens attendent que ce changement vienne de l’extérieur”.
De plus en plus de palestiniens, continue-t-elle, disent “qu’aucun
changement n’interviendra tant qu’Arafat est vivant”.

Alors que les Israéliens reprochent à Arafat d’avoir plannifié
l’intifada, et que les Americains l’accusent d’irresponsabilité, les
Palestiniens ont des griefs totalement différents qui remontent au
processus d’Oslo.

Arafat et son équipe auraient alors oublié que la population vivait
sous occupation et mené des négociations stériles permettant à Israël
de continuer sa politique de colonisation et de destruction de
l’économie palestinienne.

 Pourquoi rien ne filtre-t-il publiquement de ces critiques ?

Toujours selon Amira Haas, deux raisons majeures sont à invoquer.
L’entreprise d’élimination politique d’Arafat par Israël et les Etats
Unis d’une part, et le fait qu’Arafat represente aux yeux de nombre
de palestiniens, l’image du père.

En conclusion, Amira Haas évoque “l’absurdité” et le “tragique” de la
situation en général.

Pour les Israéliens Arafat n’est pas un interlocuteur valable, il est
opposé a un réglement du conflit sur la base de deux états. Pour les
Palestiniens, Arafat a refusé l’offre de Barak à camp David
précisément parce qu’il est favorable à la solution bi étatique et
que la proposition israélienne n’offrait aucune possibilité de créer
un état palestinien viable.

 réactions de la classe politique israélienne

Le caractère unilatéral du plan de retrait étant fondé sur
l’argument selon lequel il n’y a pas d’interlocuteur valable pour
négocier, nul doute que l’éventuelle disparition d’Arafat de la scène
politique , change considérablement la donne.

Pas de grande surprise cependant dans les réactions : les travaillistes et
le Yahad appellent à une reprise du processus diplomatique afin de
coordonner le retrait avec les Palestiniens, alors que la droite et
l’extrême droite demandent le gel du plan de retrait.

Silvan Shalom, ministre des affaires étrangeres, tentant de ménager
la chèvre et le chou, a proposé ce matin d’attendre l’établissement
du nouveau gouvernement palestinien afin de trouver un accord pour
l’évacuation de Gaza.

On notera tout de même que les circonstances vont peut être permettre
au Likoud de se resouder.

Il est fort probable selon Aluf Benn, surtout dans le cas où Kerry
gagnerait les élections, que les USA avec l’appui de l’Europe ne tente de
pousser Israël à reprendre des négociations si les modérés comme Abu Mazen
succède à Arafat. Selon Aluf Benn, Sharon pourrait invoquer la menace du
“chaos palestinien” pour résister aux pressions internationales et geler
même le plan de retrait.

Enfin on notera pour l’anecdote, qu’ un membre de l’Union Nationale,
parti d’extreme droite, a deja fait savoir qu’au cas ou Arafat
mourrait, “des milliers de manifestants” feraient tout pour empécher
qu’il ne soit enterré sur le mont du temple.