Avis aux contribuables israéliens : voici ce que ce que vous coûtent les implantations


Les implantations les plus pauvres hébergent des électeurs qui sont messianiques, sionistes-religieux et qui votent à droite. Et c’est là, au cœur même des zones palestiniennes que Naftali Bennett and Co essayent d’amener le plus de personnes possible.


Shaul Arieli,  22 décembre 2018 

Traduction : Jacqueline London pour LPM

La colonie d’Adam en arrière-plan, depuis Jérusalem-Est. [EPA/JIM HOLLANDER – Keystone]

Source : https://www.haaretz.com/opinion/.premium-hey-taxpayer-this-is-how-much-the-settlements-cost-you-1.6767618

Opinion :  Hey Israeli Taxpayer, This Is How Much the Settlements Cost You


Les appels des députés israéliens, essentiellement du parti Habayit Hayehudi à une réponse sioniste appropriée vis-à-vis des récentes attaques terroristes, consistent à donner des permis de construire pour des implantations sur des avant-postes illégaux et à les légaliser. Ceci constitue une tentative d’occulter l’image sombre du projet messianique d’installation en dehors des blocs d’implantations et à l’est de la barrière de sécurité.

Le Bureau central des statistiques a récemment publié un indice socio-économique pour la Cisjordanie obtenu sur 413.000 personnes vivant dans 127 implantations. Cet indice révèle une fois de plus que la plupart des israéliens qui y vivent ont un faible niveau socio-économique ce qui montre leur poids pour l’économie du pays et l’avenir plutôt sombre qui s’annonce dans cette région.

La distinction entre «blocs d’implantations» -implantations isolées ne fait que souligner encore l’exploitation cynique par le gouvernement des parties les plus faibles de la société israélienne qui sont en train d’être sacrifiées au profit du calamiteux  Moloch nationaliste et messianique. Ces voix cherchent à présenter une image fausse de la présence juive grandissante en Cisjordanie et à justifier les énormes budgets inutilement déversés sans la moindre chance de modifier l’équilibre spatial et démographique qui clairement va dans le sens des Palestiniens.

La grande majorité des attaques terroristes ont lieu soit à l’extérieur des blocs d’implantations protégés par la barrière de sécurité soit dans le bloc d’implantations du Gush Etzion où la barrière n’a pas été achevée à cause de la pression des responsables des conseils locaux. 90.000 personnes environ vivent actuellement dans 49 implantations isolées au-delà de la barrière dont 93 % d’entre elles se situent dans la moitié inférieure du classement de l’indice socio-économique. Les résultats des élections de 2015 montrent que les implantations les plus pauvres abritent les électeurs de droite, messianiques et sionistes-religieux du Habayit Hayehudi et de Yahad.

Le gouvernement de Natanyahu poussé par Natfali Bennett et Ayeled Shaked du Habayit Hayehudi, n’a pas lésiné pour le financement de ces zones. Ainsi Habayit Hayehudi s’est retrouvé en tête pour les 80% environ de ces implantations dont la situation s’est améliorée. Un plan de 5 milliards de shekels (1.3 milliards de dollars) a récemment été voté pour améliorer les routes. Le taux de participation de l’Etat et des Ministères pour le revenu de ces communautés est très élevé. Citons l’exemple le Conseil régional de Samarie où 265 millions de shekels ont été alloués pour une population de 41.000 habitants : c’est 84% de leur revenus.

Pire encore, il y a des implantations d’avant-postes illégaux, composées de milliers de maisons construites sur des terres palestiniennes, situation qui a conduit à les légaliser malgré cela. Certaines de ces implantations sont la source des attaques anti-arabes « le prix à payer » et d’affrontements avec les palestiniens et l’armée.

Les communautés qui vivent à l’extérieur de la barrière comprennent aussi des implantations de la Vallée du Jourdain et du nord de la Mer Morte qui comptent seulement 6.451 résidents dans 26 colonies. Ces résidents sont principalement associés au parti « Union Sioniste » et constituent la moitié supérieure selon le classement de l’indice socio-économique. Certains de ces résidents se sont installés là dans la décennie suivant la guerre des Six Jours et principalement pour des raisons liées à la sécurité. Cependant certaines de ces implantations figurent dans le tiers inférieur du classement et la majorité de leurs résidents votent pour Habayit Hayehudi.

Le tableau est complètement différent à l’ouest de la barrière de sécurité. Les implantations ont été construites là avec l’autorisation du gouvernement selon des plans qui visaient à éviter de placer des communautés juives dans des zones palestiniennes très peuplées. Cette population représente 51 implantations avec 316.000 résidents qui peuvent être divisés en trois sous –groupes :

–         Les Israéliens ultra-orthodoxes ou Haredim vivent dans cinq implantations, comptent pour 41% de l’ensemble et constituent le groupe le plus pauvre des trois et presque tous figurent tout en bas du classement. Le pourcentage d’enfants est énorme, par exemple 67% de la population de Modi’in Ilit. De plus, le pourcentage des personnes, ayant fini leurs études secondaires, obtenu le baccalauréat et ayant les bases nécessaires pour l’admission à l’université, n’est à Modi’in Ilit que 0.7% ce qui constitue un véritable scandale.

En d’autres termes, 90.000 enfants de ce groupe c’est-à-dire presqu’un quart de la population de la Cisjordanie auront besoin de l’aide de l’Etat et demeureront au bas du classement par revenu du pays.

60% des résidents gagnent juste le revenu minimum. C’est ce qui explique l’important taux de participation de l’Etat au revenu de ces zones, environ 400 millions de shekels. La contribution de ces implantations au cœur messianique de Benett, Shaked and Co repose sur une présentation fausse de l’accroissement de la population dans les implantations. En fait, presque la moitié de la croissance annuelle des implantations vient de celles des Haredim qui ne s’alignent pas exactement sur l’idéologie messianique-nationaliste de Habayit Hayehudi.

–         Toujours dans la moitié basse du classement, il existe à l’ouest de la barrière de sécurité un groupe de 10 implantations représentant moins de 5% de la population et où le parti Habayit Hayehudi est le parti dominant. Un autre 5% réside dans l’implantation de Givat Ze’ev où le Likud est le parti leader.

–          Le troisième groupe, et le plus grand se trouve dans la moitié haute du classement par l’indice, et comprend 49% de la population vivant dans 35 implantations. De nombreux électeurs de ce groupe votent Likud, Union Sioniste, Yesh Atid ou Kulanu. Dans ces zones, la proportion d’enfants n’est que de 38%. Le pourcentage des élèves obtenant le baccalauréat est élevé (82%). Un quart seulement de cette population gagne le revenu minimum ou moins. La participation de l’Etat au revenu de ces localités est de 40% environ soit 300 millions de shekels.

Le tableau que donne l’indice socio-économique nous montre ce que les gens en faisant des appels enflammés à « une réponse sioniste » essayent de nous cacher. Ils veulent amener plus de gens vers les implantations pauvres de la région « Gav Hahar » qui ont été créées là par les adhérents du Gush Emunim et qui n’en sont jamais repartis. Au contraire ces colonies sont au cœur des zones palestiniennes et sont une cause permanente de frictions et de violences.

A ce point, une réponse sioniste vraiment adéquate devrait comprendre une loi d’évacuation-compensation, l’évacuation des implantations isolées, l’achèvement de la barrière de sécurité autour des principaux blocs d’implantations et la recherche d’une voie pour la reprise des négociations avec les palestiniens.

Car enfin, ce n’est qu’avec un accord sur le statut final qu’il sera possible de faire que de grosses implantations proches de la ligne verte fassent partie intégrante d’Israël, et que l’on puisse trouver une autre solution pour régler le problème des Haredim qui se sont retrouvés au-delà de la ligne verte à cause du manque de logements à prix abordable.

Malheureusement, pour cela il nous faut un gouvernement qui ait une vision sioniste d’un pays démocratique à majorité juive qui recherche la paix avec ses voisins et non pas un gouvernement messianique-nationaliste.

Shaul Arieli

Écrivain, journaliste et chercheur sur le conflit israélo-palestinien, le colonel Shaul Ariéli a préparé les négociations avec la direction palestinienne en tant que responsable des accords d'intérim nommé par Rabin. En retraite depuis 2001, il est est l’un des pères de l’Initiative de Genève (2003). Auteur de tribunes publiées dans le Ha'Aretz, le Forward et bien d'autres en Israël ou à l'étranger, ses analyses font autorité en matière de frontières, d'économie et de statistique..