Un “gouvernement national d’urgence” vient de se mettre en place : l’annexion de la Cisjordanie semble en quelque sorte être devenue sa priorité absolue.

Une annonce sur l’instauration de la souveraineté israélienne, prévue à partir du 1er juillet, ne résultera pas de négociations et d’échanges de territoires convenus, mais se fera unilatéralement. Elle ne sera pas fondée sur le souci d’apporter la sécurité et la paix à Israël, mais sur l’opportunité que procurent les États-Unis de satisfaire à des préjugés idéologiques.

L’opinion publique n’a pas opté pour qu’Israël suive cette voie extrême; la plupart des citoyens ne veulent pas de l’annexion. De très nombreux “sécuritaires” de haut niveau mettent en garde contre les implications de l’annexion. Ses coûts seront plus élevés encore que les coûts déjà énormes de la crise du Covid-19. Par-dessus tout, l’annexion de territoires sans accorder les pleins droits de citoyenneté aux millions de Palestiniens qui seraient maintenus dans des enclaves nominalement autonomes mais sous le contrôle d’Israël, signifierait la fin de la démocratie israélienne. Qu’il s’agisse d’annexer une ou toutes les colonies, une telle mesure constituerait le fondement d’un État d’apartheid. L’annexion est mauvaise pour Israël.

Déterminer les faits sur le terrain de manière unilatérale équivaut à signifier qu’Israël ne soutient pas la paix et va à l’encontre des accords antérieurs qu’il a signés. L’annexion future de certaines zones de Cisjordanie proches de la Ligne verte ne doit se faire que dans le cadre de négociations sur le statut final et sur la base d’un échange limité de territoires, en contrepartie de frontières définitives entre Israël et un futur État palestinien. L’annexion des colonies empêchera l’établissement d’un continuum territorial palestinien nécessaire pour parvenir à l’avenir à une solution à deux États convenue d’un commun accord. L’instauration de la souveraineté israélienne risque d’accroître les frustrations des populations palestiniennes et de provoquer un nouveau cycle de violence, ce dont ont averti à plusieurs reprises de hauts responsables de la sécurité. L’annexion unilatérale, sans négociations, est en outre un coup porté aux modérés du côté palestinien qui croient encore au dialogue et à la solution à deux États; a-contrario elle renforce les extrémistes qui soutiennent la solution à un seul État et la lutte continue contre Israël. Au niveau régional, elle entraînera des dommages sans précédent aux relations avec l’Égypte et la Jordanie, avec lesquelles Israël a signé un traité de paix et qui ne pourront en aucun cas accepter une annexion unilatérale, ne serait-ce que vis à vis de leur opinion publique.

Au plan international, l’annexion partielle de territoires occupés et l’application de la souveraineté israélienne non négociée et hors échange de territoires, ne seront pas reconnues par la plupart des alliés d’Israël qui soutiennent la solution à deux États et risquent de conduire Israël à une détérioration prolongée de ses relations (pas de point ni de saut de ligne) internationales.

Alors, si l’annexion est mauvaise pour Israël, pour qui est-elle bonne ? Pour cette frange idéologique qui, depuis des années, bénéficie de flux budgétaires massifs, pour financer des avant-postes illégaux – selon la loi israélienne elle-même – alors que le reste d’Israël croule sous des prix immobiliers records, pour développer un réseau routier de contournement permettant d’y accéder aisément, alors que le reste d’Israël est coincé dans les embouteillages, pour couvrir les dépenses de sécurité que les implantions génèrent.

À Benny Gantz nous disons : ” Ne nous vendez pas des histoires sur un gouvernement d’urgence pour combattre le coronavirus alors que vous êtes en fait un partenaire dans la mise en place d’un gouvernement d’annexion. Quiconque soutient l’extrême droite maintenant sera responsable à l’avenir, si l’annexion est mise en œuvre, de la mise en péril de l’avenir démocratique d’Israël “.

                                                                                                                                                                                                                                            Shalom Akhshav /Peace Now

                                                                                                                                  Traduction : Ilan Rozenkier

Photo : Shaqued Morag, secrétaire générale de Shalom Akhshav – “annexion = destruction de la démocratie”

Mis en ligne le 21 avril 2020