Prenons-le au mot


Trad. : Charles Szlakmann pour La Paix Maintenant


Comme si les craintes d’une epidemie de fievre du Nil, de la variole et
des retombees radioactives ne suffisaient pas, Sharon nous menace
maintenant d’elections anticipees. Chacun sait, bien entendu, que ce
n’est jamais qu’un truc pour pousser ses partenaires au sein de la
coalition gouvernementale a voter le budget pour eviter la chute de la
quotation d’Israel sur le marche du credit. Mais plus l’on songe a cette
menace, qu’il n’a pas la moindre intention de mettre a execution, plus
on se rend compte que l’idee n’est pas si mauvaise. Il est meme de
l’interet du public de le prendre au mot avant qu’il ne change d’avis.

Car l’opinion en est maintenant consciente : rien de bon ne viendra d’un
gouvernement dirige par Sharon, elle le sait. S’acharner sur ce mort clinique jusqu’en octobre 2003 n’a aucun sens.

Durant sa longue carriere, Sharon a gravi avec succes tous les echelons, l’un apres l’autre. Aujourd’hui, suivant l’enonce du principe de Peter, il a atteint son “pic d’incompetence”. Ce pic est le poste de Premier ministre. Il n’est tout simplement pas fait pour diriger un pays.

En seize mois de fonction, a la tete d’un gouvernement elephantesque, il
a mis le pays a bas dans presque tous les domaines. Chacun sait qu’il
n’existe aucune chance de redresser l’economie, la patate chaude du
jour, sans donner au conflit une solution politique. Dans ces conditions, rien ne justifie de rester assis a nous tourner les pouces en attendant d’en venir a un Sabra et Chatilla militaro-economique. Il a dit “elections” ? Pour une fois, prenons-le au mot.

La date du vote doit egalement etre avancee du fait de la suppression de
l’election du premier ministre au suffrage universel, qui voyait des
astronautes tombes du ciel etre elus comme les concurrents d’un coucours
de beaute et se comporter en rois de droit divin. Nous mettrons desormais dans l’urne un seul bulletin, pour un parti et pour son programme. Et le dirigeant elu de ce parti devra mettre en oeuvre la politique de ce dernier.

Les electeurs en ont plus qu’assez des promesses vides de Bibi [Natanyahu. NdT], Barak et Sharon, dont aucun n’avait la carrure de l’emploi. IIs veulent aujourd’hui un Israel different, dont les dirigeants proposent des solutions et tiennent les promesses qu’ils font.

La strategie de defense d’Israel a de tout temps suivi le principe de
guerres-eclair fondant sur le territoire ennemi : l’argent manque et les
Israeliens ne peuvent retenir longtemps leur souffle. Les Palestiniens
ont modifie les regles du jeu, nous faisant porter sur notre propre
champ de courses le handicap d’une guerre de longue haleine. Cela etant,
il nous faut un gouvernement determine a proposer a l’autre camp des
perspectives qui facilitent la fin de la violence et et la reprise des
pourparlers. Mais Sharon ne veut pas aborder la troisieme etape du plan
Bush, parce qu’il devrait alors commencer a faire des “concessions douloureuses”.

Ce qui n’est pas clair, c’est la facon dont le parti travailliste peut demeurer allie a Sharon, tout en coexistant avec un programme militaire, economique et social auquel il s’oppose. “Mentalement, nous voulons sortir, mais il nous faut pour cela un ‘mobile’ qui vaille le coup qu’on aille pour lui aux urnes”, soutient l’un des ministres travaillistes. Mobile, shmobile… Le parti travailliste est aujourd’hui une vaste omelette brouillee ou tout est sens dessus-dessous. Il se peut qu’il
parle de paix, mais il est le partenaire fidele de la politique de matamore menee par Sharon.

Avec Fouad [surnom du leader travailliste Ben-Eliezer. NdT] et Sharon
dans le meme bateau, craignant l’un comme l’autre de n’etre pas elu tete
de liste de son parti, je ne serais pas etonne qu’ils fixent d’un commun
accord la date des elections, s’assurant ainsi que Fouad se lancera dans
la bataille revetu de son armure de ministre de la Defense.

Les cyniques diront que le parti travailliste rejette Fouad de la tete du parti de crainte de battre un record : en cinquante-quatre annees d’existence de l’Etat, aucun candidat d’origine sepharade sur les listes travaillistes n’est jamais parvenu a proximite du portefeuille de la Defense, moins encore du poste de Premier ministre. Le parachutage d’Amram Mitzna du fond de nulle part en plein au centre de la scene politique n’est pas une manoeuvre visant a troubler l’ennemi, a savoir Sharon ou Bibi, mais un barrage anti-Fouad.

Le parti travailliste n’a rien appris. Tous ces parachutages subits ont echoue. Et, pour tout arranger, le parachustiste est cette fois un etre bien connu pour sa modestie, qui declare que son inexperience est un avantage. Nul besoin d’experience si vous avez de la personnalite, explique-t-il. Attendons de voir comment il demantelera 200 colonies par la seule force de son charisme.

Il est crucial d’accelerer les elections afin d’obliger les deux partis a se redefinir. L’opinion doit savoir qui est pour la paix, quel qu’en soit le prix, et qui prefere la voie de la guerre. Le temps ne joue pas en notre faveur.