Signes d’usure des deux côtés


Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Le resultat des guerres longues est dicte, non par le champ de bataille, mais par la sphere economique, quand les difficultes financieres affaiblissent la combativite des dirigeants. Recemment, la prise de conscience de ce phenomene a commence lentement a penetrer l’esprit des Palestiniens comme des Israeliens, a mesure qu’ils cherchent a eviter un effondrement economique. Il est trop tot pour parler d’un processus de paix, au moins jusqu’aux elections americaines, aux primaires politiques en Israel, et a l’annonce de l’attaque attendue contre l’Irak. Entre temps, les parties cherchent a gagner du temps.

Les Palestiniens ont ete les premiers a montrer des signes de fatigue, et en
consequence, ils ont commence a discuter de l’eventualite de stopper les
attentats terroristes. Au debut, Israel a reagi en exercant encore davantage
de pression militaire, supposant qie l’ennemi etait proche de son point de
rupture, jusqu’a ce que l’assassinat du leader du Hamas Salah Shehadeh fasse
echouer cette tactique. Depuis, la direction israelienne a commence, elle aussi, a montrer une certaine moderation, consciente qu’elle est que la crise economique signifie la fin de son avenir politique.

Le Premier ministre, qui a mobilise toutes les ressources du pays au service de la lutte contre le leader palestinien Yasser Arafat, a commence a se rendre compte qu’un Arafat assiege pouvait lui aussi conduire l’economie israelienne au precipice. S’adressant la semaine derniere au College National pour la Securite, Ariel Sharon, qui, pendant longtemps, avait nie tout lien entre la guerre et l’economie, a admis qu’afin de permettre la croissance et la creation d’emplois, il fallait restaurer la securite et le calme, et initier un veritable processus politique. Les hauts fonctionnaires du ministere des Finances ont dit a Sharon qu’il serait impossible de supporter une autre annee de declin economique, et que le temps etait venu de mettre cela au premier rang de ses priorites.

Sharon a declare vouloir mettre sur la touche la “bande d’assassins” des
leaders palestiniens, mais son gouvernement negocie un cessez-le-feu avec
ladite bande, tout en otant le masque ridicule de l'”encouragement a un nouveau leadership”. Au debut, on a donne beaucoup d’importance au nouveau ministre de l’Interieur, Abdel-Razak Yehiyeh, dont on pensait qu’il apporterait le salut sur le plan de la securite. Jusqu’a ce qu’on se rende compte qu’il n’etait qu’un pantin manipule par le chef de la securite preventive a Gaza, Mohamed Dahlan, et par Amin el-Hindi, chef des services secrets, tous deux representants de la vieille garde et confidents d’Arafat.

Yehiyeh fit une tres mauvaise impression sur l’administration americaine quand il se lanca dans des digressions philosophiques a propos de l’occupation, au lieu de presenter un plan pragmatique.

Les negociations sont conduites par le ministre des Affaires Etrangeres
Shimon Peres et par le ministre de la Defense Benjamin Ben-Eliezer, mais
Sharon intervient dans les moindres details. Ses collaborateurs expliquent
qu’il est oblige d’intervenir, puisqu’il doit s’assurer que l’interdiction de conduire des negociations politiques est bien respectee. Allons donc! Cette semaine, le meme Sharon a envoye son chef de cabinet, Dov Weisglass, rencontrer le ministre palestinien des Finances Salam Fayad, afin d’assurer a celui-ci que le deuxieme cheque correspondant aux avoirs palestiniens nouvellement degeles etait parti. Fayad, qui n’a pas encore appris comment mettre la main sur les fonds secrets de l’OLP, a quand meme appris comment mener les politiciens par le bout du nez, avec l’aide du secretaire de l’ambassadeur americain, Dan Kurtzer.

Le chef du Shin Bet, Avi Dichter, qui conduit les negociations a propos de la securite, en refere directement au Premier ministre et non aux ministres travaillistes. Certains fonctionnaires au cabinet du Premier ministre dementent les contacts directs entre Dichter et Arafat, contacts entames des la fin de l’operation Bouclier.

Par ailleurs, Amram Mitzna vient d’entrer en scene. Le nouveau candidat a
l’investiture du Parti travailliste est le representant des milieux d’affaires qui veulent arreter la guerre afin de sauver l’economie. Le maire de Haifa, qui ne porte aucun des peches d’Oslo, de Camp David ni de l’intifada, et qui n’a aucun compte a rendre, reclame des negociations avec Arafat, qui seraient un premier pas pour sortir du bourbier. Impossible de se prononcer sur ses chances, mais son entree en scene a ranime le debat politique et represente une alternative au choeur de ceux qui reclament la mise a l’ecart d’Arafat.

Ben-Eliezer est dans tous ses etats, malgre les commentaires peu flatteurs de ses collaborateurs sur Mitzna. Il vient d’improviser une visite au commandement Nord, lundi a midi, pour qu’elle coincide avec une conference de presse de son rival. Le ministre de la Defense a aussi accelere ses contacts avec Dahlan sur le plan “Gaza d’abord”, et a pousse Sharon a approuver a la hate la mise en oeuvre de la cloture de securite.

Le systeme politique se trouve maintenant plonge dans la dynamique d’elections anticipees, et cela a un effet apaisant supplementaire – au moins jusqu’a ce qu’on sache quand les elections auront lieu, qui sont les candidats, et quand le president des Etats-Unis compte attaquer l’Irak.