Pitié pour les pauvres soldats


Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Les officiers des unites prenant part a la conquete des villes de Cisjordanie ne peuvent cacher leur frustration. Ils ont entrepris la plus vaste operation depuis l’invasion du Liban, se sont empares des centres nevralgiques palestiniens, demoli les nids terroristes, detruit les ateliers de fabrication d’armes, et arrete des centaines d’individus recherches – “une operation tres reussie”, a dit la presse – et pourtant, a leur grande consternation, c’est la violence palestinienne qui fait les grands titres, releguant leur operation heroique en bas de page.

Evidemment, il y a toujours la mafia gauchiste qui controle les medias, les
commentateurs qui ont insiste lourdement sur les bras numerotes des
Palestiniens arretes, et l’humiliation des menottes et des bandeaux sur les
yeux. Ceux-la ne peuvent de toute facon etre convaincus, mais ou est donc
passee l’admiration de tous ceux qui exigeaient de “laisser Tsahal gagner”?
Pourquoi, alors que Tsahal n’avait plus d’entraves, les ministres d’extreme-droite ont-ils decide de demissionner? Pourquoi une operation qui reussit a “eliminer l’infrastructure terroriste” parait-elle hors de propos a tant de gens? Pourquoi ces scenes de soldats en tenue de combat, des peintures de guerre sur le visage, s’etalant sur des canapes au coeur de Ramallah, semblent-t-elles une parodie n’ayant rien a voir avec une guerre contre le terrorisme?

Les officiers de Tshahal en veulent aux Palestiniens, et pas seulement a cause de leur violence qui a fait de l’ombre a leur operation, rendant ainsi ridicule la tentative de l’armee d’eliminer le terrorisme. Non, pour les officiers, les Palestiniens ont gache un spectacle heroique, en se rendant trop facilement. “Je m’attendais a une bataille plus dure”, dit un officier, “mais tout est alle trop vite”.

Le fait que les Palestiniens n’aient pas mene un combat desespere frustre les officiers israeliens. “Les tigres se sont reveles etre des chatons”, se plaint un officier de haut rang, decu de ne pas avoir pu mettre en scene une marche victorieuse, bien que les journalistes militaires aient fait de leur mieux pour aider.

S’il s’etait agi de veritables batailles, alors l’image d’une “guerre” aurait pu etre nourrie, faisant croire que l’Etat d’Israel etait en guerre. Mais quand les Palestiniens refusent de jouer le role qui leur est assigne, et au lieu de cela deposent les armes et se rendent calmement vers leur lieu d’arrestation, c’est la folie des convois de tanks et des 20.000 soldats impliques dans l’operation qui est mise en lumiere.

Il s’avere que toute l’operation n’etait qu’une prise de salons de familles terrorisees, une destruction de cuisines, une demolition d’ambulances, et la
fausse arrestation de centaines d’hommes, dont la plupart ont ete relaches, apres qu’ils eurent joue leur petit role. Et apres que l’armee ait quitte les zones conquises, les groupes armes reviennent, la population enterre ses morts, et une nouvelle generation de terroristes vient de naitre.

Les officiers israeliens se font des illusions. “Ils se souviendront pendant
longtemps des redditions en masse”, dit l’un d’entre eux, convaincu que cette humiliation “a restaure les capacites de dissuasion” d’Israel. Mais le refus des Palestiniens de “mourir les armes a la main”, apparemment en contradiction avec l’image de combattants pour la liberte, devrait plutot donner du souci aux Israeliens.

Les Palestiniens continueront a choisir la forme de violence qui leur conviendra le mieux, et lorsqu’ils decideront de renoncer a la violence et de choisir la desobeissance civile non-violente, Israel se rendra compte qu’aucune force au monde ne pourra retablir le statu quo. Tres vite, les officiers parachutistes, et ceux du Nahal se rendront compte que l'”operation roulante” n’aura ajoute aucune page glorieuse a l'”heritage des armes”.

Et ceux qui esperent briser l’esprit de resistance des Palestiniens, et les pousser ainsi a supplier pour obtenir un cessez-le-feu, feraient mieux de comprendre qu’en refusant la confrontation armee avec Tsahal, les Palestiniens ont fait preuve de jugement et de maturite, et non de lachete.