Le seul programme économique capable de nous sauver


Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


“Ce dont nous avons besoin, c’est d’une politique conservatrice et
responsable qui favorisera la croissance et l’emploi en 2003”, repetaient
cette semaine de hauts fonctionnaires du Ministere des Finances aux membres
du cabinet, pour convaincre le gouvernement de soutenir le nouveau programme
de coupes budgetaires du Tresor. Ce programme meritait d’etre soutenu, et le
gouvernement a bien fait de l’approuver, car il s’agit d’un plan destine a
empecher l’economie de glisser vers une crise financiere de type argentin.
En meme temps, ce programme est incapable de faire evoluer l’economie
israelienne de sa crise actuelle vers un horizon plus clair, fait de
croissance et de baisse du chomage.

Il faut dire qu’il n’existe aucun programme economique au monde capable
d’eviter la crise profonde vers laquelle Israel se dirige. La situation
economique se degrade regulierement. Les hotels tiennent encore,
miraculeusement, les entrepreneurs en batiment empruntent aux banques pour
couvrir leurs dettes, sans avoir la moindre idee de la maniere dont ils
rembourseront leurs emprunts, les independants sont confrontes a une
perspective de gel du credit qui pourrait les obliger a reduire leur
activite ou meme a fermer leur entreprise, et les grandes societes du pays
reduisent leurs operations et licencient. Dans ces conditions, le taux de
chomage grimpe regulierement.

Si nous examinions de pres les communiques de presse que recoit un
journaliste durant une seule journee, nous decouvririons une serie de
messages de fin du monde : l’Institut Israelien de l’Export rapporte une
chute de 20% de l’exportation des biens manufactures vers l’Union
Europeenne; L’Association Israelienne des Caoutchoucs et Plastiques annonce
que la premiere moitie de l’annee 2002 a ete la pire des premieres moities
d’annees depuis dix ans, avec 400 licenciements, une baisse de 4% des
ventes, et une chute de 8% des exportations; le Bureau Central de
Statistiques rapporte que le nombre de nuitees d’hotel pour les 6 premiers
mois de cette annee a chute de 13% par rapport a la meme periode en 2001, et
de 37% par rapport a celle de l’annee 2000.

Notre position internationale n’a jamais ete pire. L’Orchestre Philharmonique d’Israel a du annuler une tournee de concerts aux Etats-Unis et, il y a un mois, 360 membres d’orchestres de jeunes et de troupes de danse ont du renoncer a leur voyage, les organisateurs d’un festival a Chypre leur ayant annonce qu’ils n’etaient pas les bienvenus. Des medecins et des scientifiques israeliens se voient offrir un accueil glacial lors des congres internationaux. Chypre ne desirait pas recevoir le club de football du Maccabi Haifa, et seules des pressions massives ont reussi a inverser cette decision. Reaction de Moshe Teomim, proprietaire du Hapoel Tel-Aviv (autre club de football, ndt) : “le probleme ne fera qu’empirer. Nous sommes en train de perdre une grande partie de la position morale qui etait la
notre, et nous devenons lentement des parias avec lesquels le monde veut
mettre de la distance”.

Cette situation engendre de la crainte et de sombres perspectives, ce qui
signifie que le niveau d’activite economique continuera a chuter dans les
prochains mois. De meme, les revenus provenant des impots continueront a
baisser. Ce qui signifie que le Ministere des Finances n’aura pas d’autre
choix que de proposer un programmes de coupes budgetaires supplementaires au debut de 2003, afin de respecter l’objectif des 3% de deficit du budget de
l’Etat (une condition sine qua non pour eviter une crise financiere immediate), et le prochain plan sera encore plus cruel que celui d’aujourd’hui.

Ce processus inexorable ne peut etre stoppe que si l’on met le doigt sur le
veritable probleme : la guerre dans les territoires et le terrorisme palestinien. L’economie israelienne ne peut esperer se relever tant que le terrorisme palestinien frappe au coeur du pays. Ce terrorisme nous conduits a “baisser la tete” et cause une baisse du niveau de l’activites, ce qui entraine une baisse de notre niveau de vie et une hausse du taux de chomage. Et pourtant, le gouvernement israelien souffle sur les braises. Sa reponse au terrorisme, c’est d’utiliser davantage de force et de bombes, d’eliminer davantage de personnalites palestiniennes, d’imposer davantage de bouclages, et de deporter davantage de Palestiniens. En faisant cela, Israel ne reduit aucunement le terrorisme palestinien; bien au contraire, il ne fait que l’amplifier.

Le Premier ministre Ariel Sharon n’a aucun interet pour des negociations
politiques avec les Palestiniens. Il n’a pas l’intention d’adopter le plan
Clinton, ni le plan saoudien, ni meme le dernier plan elabore par le
President Bush. Sharon dit qu’il n’acceptera ces plans que si certaines
conditions sont remplies, des conditions qui ne font qu’empecher toute forme
de negociation de paix. Quand l’autre cote n’a aucun horizon politique vers
lequel tourner son regard, quand il n’a aucun espoir, quand il ne voit chez
lui que pauvrete et humiliation grandissantes, le terrorisme ne fera
qu’augmenter.

Tant que l’opinion publique israelienne ne comprendra pas le lien direct
entre la paix et l’economie, elle continuera a chercher des cures miracles
du mauvais cote. L’impressionnante croissance economique du milieu des
annees 90 a ete due en grande partie aux accords d’Oslo de septembre 1993,
qui ont retabli l’espoir dans nos vies de tous les jours, et dirige vers
Israel des milliards de dollars venus d’investisseurs etrangers, dollars qui
ont permis a l’economie de connaitre un rythme de croissance rapide, a notre
niveau de vie de s’elever, et a notre taux de chomage de plonger de facon
spectaculaire.

Ainsi, le programme economique dont nous avons besoin, le seul programme
economique capable de nous sortir de la crise actuelle, est un programme
politique qui restaurera l’espoir des deux nations. Ce programme est
possible, meme aujourd’hui, en depit des conditions tres graves qui regnent
en matiere de securite. Le seul probleme est que la direction de ce pays
manque du courage necessaire pour prendre les risques necessaires, et pour
changer de cap.