Les autorités israéliennes ferment les yeux sur les avant-postes qui ont été fondés sur des terres domaniales, et contribuent parfois même à les légaliser rétroactivement. La plupart d’entre eux sont utilisés pour l’agriculture et reçoivent l’aide des conseils régionaux.


Traduction : Bernard Bohbot pour LPM

L’avant-poste de Givat Itam, photographié en septembre 2018. Olivier Fitoussi

Yotam Berger, correspondant de Ha’Aretz, le 22 juillet 2019

https://www.haaretz.com/israel-news/.premium.MAGAZINE-at-least-16-israeli-unauthorized-west-bank-outposts-established-since-2017-1.7546752


Selon un rapport publié lundi par Peace Now, au moins 16 nouveaux avant-postes ont été établis en Cisjordanie depuis 2017. Aucun d’eux n’a été évacué, selon ce même rapport.

Peace Now rapporte qu’un total de 31 avant-postes du type décrit ont été établis de 2012 à 2019. Haaretz les a tous visités au cours des dernières semaines et a constaté que la plupart d’entre eux sont des fermes de types variés, élevant principalement des moutons et des chèvres.

Les avant-postes mentionnés dans le rapport ont été établis dans toute la Cisjordanie – du conseil régional du sud des collines d’Hébron au nord de la Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain, au conseil régional de Mateh Binyamin et à Gush Etzion. Ils sont de nature diverse, certains sont des fermes et d’autres principalement des quartiers d’habitation. Mais personne n’y touche. Dans certains conseils régionaux, ces implantations fonctionnent ouvertement. Aucune n’est légale, mais elles ont toutes été établies sur les terres du gouvernement.

En cela, elles diffèrent de certains avant-postes temporaires qui sont évacués, et elles respectent pas toujours strictement les terres de l’État lors de leur construction.

Toutefois, la construction sur des terres domaniales sans plan directeur, sans permis et sans autorisations, constitue une violation de la loi et une prise de possession de biens qui n’appartiennent pas à ceux qui y vivent. Certains de ces avant-postes ont effectivement reçu des ordres de démolition, mais ils sont toujours en place. La différence est que la construction illégale sur les terres domaniales peut être légalisée rétroactivement par l’État.

Parmi ceux récemment établis, figure Givat Geulat Zion (Rédemption de la colline de Sion). Un autre ayant pour nom Ma’oz Esther (la forteresse d’Esther) est situé près de la colonie de Kokhav Hashahar et de l’avant-poste de Zayit Ra’anan (Olive verte) dans la région de Talmonim. Les ruines d’un avant-poste que les habitants appellent Habaladim Outpost, sont devenues un symbole de l’action menée contre “les jeunes des collines”. Les habitants de ces avant-postes n’ont pas d’influence politique ou économique significative. Même les chefs des conseils régionaux, ceux qui réclament la construction sur ces terres, sont parfois heureux de les voir évacuées.

En dehors de ces avant-postes, se trouvent d’autres colonies, plus fortes, dotées de meilleures relations et que personne ne touche. Les conseils régionaux sont directement derrière certaines d’entre elles et en soutiennent d’autres discrètement. L’administration civile s’en mêle rarement, et lorsque ses décisions sont appliquées, cela se fait sur une base très spécifique, au cas par cas. Ces avant-postes en sont renforcés et bénéficient  de la protection  des autorités.

Un avant-poste, situé dans les collines du sud d’Hébron, s’appelle Shabtai’s Farm. Un autre, connu sous le nom de Mishol Hama’ayan (Le chemin du printemps) est implanté près du cimetière de la colonie d’Eli en Cisjordanie centrale. Deux jeunes gens ont dit que leur but était d’y faire de l’agriculture;  ils errent parmi les collines de Cisjordanie et se sont installés là pour le moment.

L’avant-poste qui a vu le jour près de la colonie de Negohot, dans le sud de la Cisjordanie, semble également agricole. Toutefois, dans ce cas, il semble que les personnes qui l’exploitent jouissent de très bonnes relations avec les autorités chargées de l’application de la loi. Après l’arrivée de Haaretz, et bien que l’avant-poste soit totalement illégal, un résident des lieux a pu ordonner à l’armée de dresser des barrages routiers pour retarder les visites des journalistes, de crainte que ces derniers ne “collectent des renseignements” à son sujet.

D’autres avant-postes apparemment agricoles comprennent un avant-poste construit au sud de l’avant-poste de Havat Gilad dans la région du Conseil régional de Shomron dans la région de Naplouse, un autre établi près de Susya dans le sud de la Cisjordanie et un dernier implanté le long de la ligne des avant-postes Tekoa, (ce nom intègre le nom Tekoa à l’abréviation du nom de Dieu). Dans un autre avant-poste agricole, dans la région des Talmonim en Cisjordanie, un groupe important de jeunes gens gèrent le site.

Haaretz les a interrogés sur leurs activités alors qu’ils conduisaient de vieux tracteurs sur la colline et traînaient des déchets métalliques qu’ils ont déposés sur le bord de la route d’accès au site. Parmi les avant-postes de ce type établis au cours de la dernière année dans le nord de la vallée du Jourdain, se trouve la ferme Bentayim (“En attendant”).

Dans certains cas, du moins, les autorités locales sont directement impliquées. Cela est vrai, par exemple, pour un avant-poste fondé dans un camp militaire abandonné, le camp Gadi, dans la vallée du Jourdain. Haaretz a rendu compte de la prise de contrôle de la base en décembre. Le ministère public,dans une requête concernant l’affaire, a informé la Haute Cour de justice qu’elle n’était pas au courant de cette prise de contrôle. Cependant, un coup d’œil sur la page Facebook du site révèle que le président du Keren Kayameth Leisrael, Danny Atar, l’a visité, tout comme le président du conseil régional, David Elhayani, et des policiers en poste dans la région.

L’avant-poste fonctionne comme une sorte de programme pré-militaire, censé s’adresser aux jeunes à risque. Comme Haaretz l’a rapporté dans le passé, des photos  sur sa page Facebook montrant ces élèves jouant avec les armes des soldats qui visitaient le site. La question a été examinée par la police militaire. Haaretz a appris récemment que la police militaire avait décidé de classer l’affaire et de la traiter “sur le plan disciplinaire”.

Un autre exemple de l’implication directe des autorités locales dans la création d’un avant-poste est celui de Givat Itam, une colline près de la colonie d’Efrat, au sud de Bethléem, où le conseil local a directement contribué à la rénovation de l’implantation. L’avant-poste avait été établi à l’origine après une attaque terroriste à la jonction de Gush Etzion où Ari Fuld fut tué. Le conseil prit la responsabilité officielle d’établir l’avant-poste, dont les maisons furent construites sans permis et illégalement. Le conseil prétend que des permis ont été délivrés par le passé en vue de créer une ferme sur le site. L’Administration civile a déclaré à l’époque qu’elle n’avait pas l’intention de l’évacuer et qu’elle s’attendait à ce que la construction y soit légalisée de façon rétroactive.

Shabtay Bendet, qui dirige l’équipe de suivi de la colonisation de Peace Now, a déclaré : “La conduite hypocrite du gouvernement israélien à l’égard des colonies illégales se poursuit à un rythme soutenu. Bien qu’il soit question d’organiser le statut des avant-postes d’anciens combattants pour créer un semblant d’application de la loi dans les territoires, de plus en plus d’avant-postes illégaux s’implantent rapidement au plus profond de la Cisjordanie. Les autorités chargées de l’application de la loi ignorent le vol de terres et légalisent ce qui est illégal, sans l’approbation pourtant requise du gouvernement ni discussion publique sur la question. “

Selon Bendet, le gouvernement autorise l’établissement des avant-postes “dans l’intention évidente de contrecarrer un futur accord, et afin d’imposer au public israélien une vision messianique à laquelle s’oppose la plupart des citoyens “.

L’Administration civile a rétorqué : “La plupart des cas mentionnés sont connus des forces de l’ordre de l’administration civile. Ceux qui ne sont pas connus seront vérifiés. Des mesures de démolition ont été prises dans un certain nombre des avant-postes en question et des mesures de démolition répétées ont été prises sur le site. Nous notons que l’application de la loi [dans le cas de] structures illégales s’effectue conformément aux considérations opérationnelles et à la politique de l’échelon politique.”