Alors que la plupart des conditions fixées par Ayman Odeh, leader de  la Liste commune arabe devraient paraître acceptables à tous les partis de gauche ou centristes d’Israël, le parti de Benny rejette cette main tendue, compromettant toute chance de mettre en place un gouvernement de gauche et donnant un nouvel encouragement au racisme, qui semble une fois de plus être l’héritage de la plupart des partis israéliens.


Traduction : Bernard Bohbot pour LPM

Les leaders de Kahol Lavan / Bleu Blanc, Gabi Ashkenazi, Yair Lapid Benny Gantz et Moshe Ya’alon, près de la frontière de Gaza, dans le sud d’Israël, le 6 août 2019. © Eliyahu Hershkovitz

Ha’aretz, 23 août 2019 – Editorial

https://www.haaretz.com/opinion/editorial/of-courage-and-cowardice-in-israel-s-election-campaign-1.7733522

L’article ci-dessous est l’éditorial principal de Haaretz, tel que publié dans les journaux hébreux et anglais en Israël.


Le président de la Liste Commune, le député Ayman Odeh, a fait preuve de courage. Dans une interview accordée au quotidien Yedioth Ahronoth, publié en partie le 22 août, il se déclare prêt à soutenir le projet de Benny Gantz de former le prochain gouvernement et également à faire partie d’un gouvernement de centre-gauche. Il a énuméré quatre conditions préalables à son accord pour se joindre à un tel gouvernement. Dans l’entretien, il a exigé l’abrogation de la loi sur l’État-nation et la reprise des négociations avec les Palestiniens ; puis la fin de l’occupation et la création d’un État palestinien.

C’est la première fois que le chef d’un parti arabe proclame sa volonté de s’allier à à un gouvernement. Certaines des composantes de la Liste commune – un camp uni comprenant quatre partis – ne sont pas d’accord avec sa position ; le parti Balad a déjà annoncé son opposition. Mais l’annonce d’Odeh est une bouffée d’air frais encourageante pour tous ceux qui veulent voir les Arabes s’intégrer en tant que citoyens égaux en droits dans ce pays et parmi ses dirigeants.

Pourtant, cette mesure positive s’est immédiatement heurtée à un barrage de réactions négatives de la part des partis de droite et des partis centristes. Emanant de la droite, qui l’a immédiatement qualifié, lui et son parti, de “partisans du terrorisme”, ce n’est pas une surprise. Durant cette même semaine, le Likoud s’est joint au parti Otzma Yehudit* dans une pétition visant à invalider la candidature à la Knesset de la Liste commune. Mais la réponse qui a vraiment suscité le désespoir est venue des dirigeants du parti de Gantz, Kahol Lavan, qui, dans leur lâcheté, se sont empressés de s’éloigner de la Liste commune comme s’il s’agissait de lépreux.

Le député Yair Lapid, a traité les députés arabes de “Zoabis” (en référence à la députée Haneen Zoabi**), et déclaré : “Ayman Odeh devrait d’abord regarder dans sa propre maison et voir qui il amène dans cette maison avant d’entamer les négociations de coalition“. Le député Yoaz Hendel a dit sans équivoque : “Nous ne nous assoirons pas avec la Liste commune.” C’est clair et simple. Un parti qui est disposé, sous certaines conditions, à siéger avec n’importe quel autre parti n’accepte de le faire avec la Liste commune sous aucune condition.

La plupart des exigences avancées par Odeh devraient paraître acceptables à tous les partis de gauche ou centristes d’Israël. La décision de Kahol Lavan de rejeter la main tendue d’Odeh met en évidence la question de savoir en quoi celle-ci diffère du Likoud de Benjamin Netanyahu. Ce rejet a priori catégorique de siéger au cabinet avec la Liste commune ne détruit pas seulement toute chance de mettre en place un gouvernement de centre-gauche. Elle donne également un nouvel encouragement au racisme, qui semble une fois de plus être l’héritage de la plupart des partis israéliens. Il ne saurait y avoir de pire nouvelle que celle-là.

*Otzma Yehudit (Force juive) est un parti d’extrême-droite, de tendance kahaniste et anti-arabe. son président est Michael Ben-Ari.

**Depuis son entrée à la Knesset en 2009, Haneen Zoabi n’a cessé de provoquer institutions et public israéliens : pour ses détracteurs, cette Arabe israélienne est l’ennemie de l’intérieur, pour ses admirateurs, la pasionaria de la cause palestinienne en Israël. D’après Le Point international du 27/02/2015