Un référendum pour approuver un retrait des territoires ?

Thème : Syrie, Golan

Ha’aretz
mis en ligne le 10 décembre 2009
par Élie Podeh

Mercredi la Knesset a voté un amendement rendant obligatoire l’organisation d’un référendum pour tout retrait à venir de territoires occupés, que ce soit en Cisjordanie ou sur le Golan. Ce projet de loi, déjà passé en première lecture à la Knesset précédente, a été confirmé par le vote de 66 députés contre 22. Ce vote est actuellement inopérant tant qu’une loi ne définit pas les modalités d’organisation d’un référendum qui n’existe pas dans la législation israélienne. Barak a appelé à voter pour cet amendement, bien que s’y opposant, parce que ce vote a été présenté par le Meretz comme un vote de défiance à l’égard du gouvernement auquel il participe. Mais le parti travailliste ne l’a pas suivi et la moitié de ses députés ont voté contre, ainsi que beaucoup de députés de Kadima, parce qu’un tel amendement, s’il devait être appliqué, lierait les mains de tout gouvernement qui voudrait signer un accord de paix. En attendant, rien ne bouge sur la scène des négociations avec la Syrie. Il y a quelques jours Netanyahu, de retour de Paris, annonçait qu’Assad avait déclaré à Sarkozy que la Syrie ne mettait plus de conditions préalables à la reprise de ces négociations. Il ajoutait que, dans ce cas, la France pouvait mieux que la Turquie, compte tenu des positions de cette dernière suite à la guerre de Gaza, servir d’intermédiaire. Mais le lendemain les Syriens démentaient cette déclaration. Ces gesticulations font l’effet du « déjà vu », alors que parallèlement en Cisjordanie, le gouvernement rencontre une forte mobilisation des colons contre l’application de sa décision de geler la colonisation.

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Traduction : Yoël Amar pour La Paix Maintenant

La désormais rituelle « danse des négociations » bat son plein : La Syrie d’abord, Non, les Palestiniens d’abord. Les futurs doctorants en histoire qui s’intéresseront aux contacts entre Israël, la Syrie et les Palestiniens depuis le début des années 90 vont découvrir un incroyable phénomène cyclique : Que les discussions avec les Palestiniens tombent au point mort ou connaissent un progrès importants, et les Israéliens commencent à parler des négociations avec la Syrie. Et vice versa.

Le point commun entre ces deux processus de paix, c’est qu’aucun n’a connu de réel progrès. Les raisons en sont multiples et variées, mais il est indéniable qu’Israël porte la plus grande responsabilité. Les gouvernements Barak, Sharon et Netanyahu ont semble-t-il préféré faire de l’esbroufe à propos de la paix plutôt que de la faire. Le gouvernement Olmert-Livni semble avoir été le seul à avoir fait des avancées vers un accord, le tout en coulisse par l’entremise de la Turquie.

Faire de la gesticulation à propos des négociations de paix a beaucoup d’avantages. Psychologiquement, cela donne aux dirigeants israéliens - mais aussi à certains citoyens - l’impression qu’Israël souhaite réellement la paix, tandis que le camp opposé ne fait que de la palabre. Politiquement, cela ne coûte rien. Il n’y a rien de nouveau dans le fait que l’arène politique syrienne est plus disposée à négocier. Les Syriens ne sont pas divisés comme le sont les Palestiniens, il y a, semble-t-il, un « partenaire pour la paix », et les problèmes et les solutions pour y parvenir sont connus. Certaines font déjà consensus. Alors pourquoi les négociations avec la Syrie ont-elles été mises de coté ? La réponse est à trouver dans l’inaptitude des premiers ministres israéliens à prendre une décision claire concernant le retrait du plateau du Golan.

Tous craignent le contrecoup électoral d’un tel événement du fait de l’importance du plateau du Golan pour l’opinion publique israélienne. Contrairement à la Judée-Samarie, les questions idéologiques ne sont pas en cause, et différents prétextes sont avancés pour ne pas négocier avec Bashar Assad : son gouvernement finance le terrorisme, c’est un allié de l’Iran du Hezbollah et du Hamas, la seule chose qu’il souhaite est de pouvoir tremper ses pieds dans le lac de Tibériade etc.

Sans minimiser l’importance de ces questions, il faut cependant souligner que si les positions du président égyptien Sadate avait été scrutées de cette manière, il n’y aurait pas eu d’accord de paix avec l’Egypte. Car ses premières exigences incluaient non seulement le retrait de l’ensemble des territoires égyptiens occupés en 1967, mais aussi une solution au problème palestinien. Cette dernière demande rendait les négociations si difficiles que Sadate fit marche arrière.

Le précédent égyptien nous enseigne beaucoup de choses sur des négociations avec la Syrie : d’abord, Israël ne recevra pas par avance des concessions qui pourrait servir de monnaie d’échange durant les négociations. Même si la Syrie n’est pas formellement prête à rompre ses liens avec l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, une véritable percée diplomatique avec elle enfoncerait un coin dans cet axe, avec un effet significatif sur les rapports de force dans la région. De plus, une posture initiale « dure » dans les négociations ne présage rien du résultat final. Notons d’ailleurs que la position syrienne, contrairement à celle des égyptiens en 1977, n’exige pas une résolution de la question palestinienne.

Les hommes politiques en Israël ne jurent que par l’importance d’une paix avec la Syrie, mais ils ne sont pas prêts à en payer le prix. Au lieu de cela, ils posent des conditions aux négociations.

La position d’Israël au Moyen-Orient est difficile. En plus de menaces régionales bien connues, nous assistons à un éloignement de la Turquie tandis que les régimes égyptiens et jordaniens font face à une opinion publique hostile aux accords de paix signés avec Israël. Nous avons besoin de politiques plus actives et efficaces de la part de nos décideurs, autant qu’une coopération avec les acteurs modérés de la région. La Syrie, contrairement à la situation palestinienne, offre une abondance d’opportunités pour des hommes d’Etat audacieux et créatifs, mais c’est bien cela qui manque.