Retirer le plan de retrait des mains de Sharon
Thème : Retrait de Gaza Sharon : quelles intentions, quelle politique ?
Ha’aretz , mis en ligne le 22 octobre 2004par
http://www.haaretz.com/hasen/spages...
Haaretz, le 15 octobre 2004
Trad. Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant
Les services du Premier ministre ont répandu un épais écran de fumée pour dissimuler le cri du coeur du procureur Dov Weisglass lancé lors d’une interview accordée à Ari Shavit et publiée dans le Haaretz Magazine du 8 octobre. Pourquoi l’avocat a-t-il "donné" son client ? C’est une bonne question, mais ce qui est plus intéressant, ce sont les leçons que chacune des parties ne manquera pas de tirer de ces révélations.
Les leçons pour les Palestiniens sont claires : Le gouvernement Sharon, avec ou sans plan de retrait, n’a aucune intention de négocier avec eux sur les sujets essentiels ; le soutien de Sharon au plan de paix dit " feuille de route " n’est que de pure forme ; Israël continuera à pratiquer le fait accompli sur le terrain. La seule manière de provoquer des changements politiques passera par la force et la violence, comme cela s’est produit dans la bande de Gaza L’influence du Hezbollah dans les territoires risque d’augmenter, mais il n’y a pas d’alternative.
Pour les Egyptiens, les leçons à tirer des paroles de Weisglass sont claires également : Puisque la violence va persister, Le Caire ne devrait pas autoriser des représentants égyptiens à manoeuvrer dans la bande de Gaza. Une telle activité les mettrait en danger directement, et risquerait de provoquer l’implication d’Egyptiens dans des clashes avec les Palestiniens et avec les Israéliens ; la poursuite de la coopération avec Israël doit être conditionnée à des concessions israéliennes en Cisjordanie. Dans ce but, il faut une augmentation de la pression internationale sur Israël.
Pour le public israélien, les leçons du programme politique Sharon-Weisglass devraient aussi être claires : Le maintien sous occupation du peuple palestinien va se poursuivre, tout cela accompagné du terrorisme et de la violence ; la guerre va sans le moindre doute continuer, y compris pendant la mise en oeuvre du retrait de la bande de Gaza ; la probabilité qu’Israël évacue les avants-postes illégaux (ou, selon une autre définition, les avants-postes non-approuvés) est mince. Non seulement les colons s’opposent à l’évacuation, mais le gouvernement, lui, s’y dérobe. Les officiers des Forces de Défense d’Israël voient la triste réalité et seraient heureux que l’armée n’y soit pas entraînée.
Les Etats-Unis sont préoccupés par les élections présidentielles, et sont embourbés dans des combats embrouillés en Irak, mais ils n’ignorent pas la confession de Weisglass. Quiconque à Washington a les yeux en face des trous a certainement conclu que : Il se peut qu’Israël n’ait pas de partenaire palestinien pour des négociations tant qu’Arafat demeure le principal dirigeant, mais il s’avère que le concept de Sharon d’un retrait " unilatéral " a été conçu pour empêcher tout réel progrès politique ; le soutien du Premier ministre à la feuille de route, qui prévoit des négociations entre les deux côtés, un agenda clair et même une conférence internationale, n’est pas sincère ; il n’a y quasiment aucune chance que Sharon tienne ses promesses envers le Président George W. Bush,telles qu’elles ont été exprimées dans la lettre que Weisglass avait écrite en son nom le 14 avril de cette année. Le plan de désengagement de Sharon mérite qu’on le soutienne en ce moment, mais au final il risque de mettre de l’huile sur le feu du conflit, voire de mettre en danger la Jordanie. Il est raisonnable de penser que le prochain président des Etats-Unis se demandera si soutenir le plan Weisglass-Sharon c’est garantir le bien-être d’Israël.
La communauté internationale, y compris le Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne et Onu, qui sont censés surveiller la mise en application de la feuille de route), a probablement tiré ses propres conclusions. Après les déclarations de Weisglass, il apparaît clair qu’il faut conditionner plus sévèrement l’assistance au plan Sharon. Afin que la bande de Gaza ne se transforme pas en bombe à retardement, le plan de désengagement doit être " volé " à Sharon. Soutenir aveuglément ce plan, c’est soutenir le plan Sharon-Weisglass de gel de toute négociation. Nous devons oeuvrer contre l’aspect unilatéral du plan de Sharon, en impliquant les Palestiniensdans sa mise en oeuvre ; en poussant les deux côtés à des négociations sur divers domaines pratiques ; et en conditionnant l’aide de la Banque mondiale et des pays de l’UE à l’acceptation par Israël du principe de conjugaison des actions internationales, égyptiennes et palestiniennes.
Les clarifications fournies par Weisglass dans son interview donnent du poids à ceux qui réclament que des " tierces parties ", y compris des observateurs, doivent activement jouer un rôle dans la bande de Gaza. Dans un premier temps, il semblait, aussi dur que cela fut, que nous puissions réussir là-bas sans eux, mais la formule actuelle de désengagement risque de conduire la bande de Gaza au chaos, à de lourds accrochages armés et à une occupation indirecte.


