Boom de la construction dans les colonies de Cisjordanie malgré le gel déclaré

par Akiva Eldar

Nous commençons cette nouvelle année par un article faisant état de la poursuite de la colonisation dans les territoires en dépit de la décision de gel de la construction, en dehors de Jérusalem Est, prise par le gouvernement Netanyahu. Lire ces informations un premier janvier, suite aux enquêtes menées par nos amis Hagit Ofran de Shalom Akhshav et de Dror Etkes de Yesh Din, que nous avons reçus à plusieurs reprises en France, est le signe que « plus le temps passe et plus c’est la même chose » au Moyen Orient. Un an après le conflit de Gaza, le blocus de cette région se poursuit, pénalisant la population civile palestinienne. Les négociations pour un échange de prisonniers se poursuivent via l’intermédiaire allemand et seul leur aboutissement pourrait, si Israël fait preuve de plus de souplesse selon Moubarak, être le prélude à une reprise des négociations pour un cessez le feu à long terme avec le Hamas. Dans ce contexte, nous devons nous attacher à toute victoire, même symbolique, réintroduisant le retour au droit et à la raison. Ainsi il en est de la décision prise récemment par la Haute Cour de Justice d’ouvrir la route 443 à la circulation aux Palestiniens. Depuis le début de la seconde Intifada, cette route centrale pour la circulation dans les territoires et construite sur des terres confisquées à des Palestiniens, leur était interdite sur plus de 10 kilomètres, suite aux attentats qui s’y étaient déroulés. Cette interdiction s’appuyait sur la logique en vigueur depuis 42 ans qui ne privilégie que les besoins sécuritaires des Israéliens et le confort des colons, aux dépens de la population locale. La seule sécurité ne viendra que d’un accord juste qui mettra fin à l’occupation. Cette année encore, nous continuerons à nous battre pour la seule alternative qui réponde aux besoins de sécurité, justice et dignité des deux peuples, celle de la paix fondée sur 2 Etats. Nous vous souhaitons à tous une bonne et heureuse année en espérant que l’année prochaine, nous pourrons ensemble nous féliciter d’un changement réel dans la situation au Moyen Orient, qui aura apporté de l’espoir.

Ha’aretz, 1er janvier 2010

http://haaretz.com/hasen/spages/113...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

En dépit du « gel de la construction », plusieurs dizaines de colonies de Cisjordanie connaissent un boum de la construction, même à la veille de la visite dans la région de l’émissaire américain Georges Mitchell qui souhaite essayer de faire repartir les négociations en vue d’un accord définitif entre Israéliens et Palestiniens.

Actuellement, cette construction s’effectue essentiellement à l’est de la clôture de séparation. Elle a débuté peu après que les décrets de gel de la construction eurent été publiés, le 26 novembre dernier.

Ha’aretz a visité la région mercredi, et a constaté que des travaux avaient lieu dans les zones industrielles De Barkan et d’Ariel. Des logements sont également en train d’être construits à Ariel, Elkana Nord, Peduel et Kfar Tapouah. A Kfar Tapouah, un panneau annonce des plans pour la construction de 65 nouveaux logements. On y voyait des patrouilles de l’armée, mais pas d’inspecteurs de l’Administration civile chargés de faire appliquer l’interdiction de la construction. Sur tous les lieux que nous avons mentionnés, on constate la présence d’équipement lourd qui prépare le terrain pour la construction d’infrastructures.

D’après les données relevées par Dror Etkes de Yesh Din et par Hagit Ofran de Shalom Akhshav, cette construction s’effectue actuellement dans plus de 50 colonies et dans deux autres zones industrielles : Mevo Huron et Goush Etzion.

Le 7 décembre, un appel d’offres a été publié concernant la vente d’un lot important destiné à la construction d’un bâtiment commercial sur le carrefour de Goush Etzion.

Dror Etkes a également noté la prise da contrôle d’une terre agricole palestinienne près des colonies de Brakha, Kokhav Hasha’har, Kfar Tapouah, Itamar, Elon Moreh, Soussya et de la colonie sauvage de Ivei Hanahal.

Dans une dizaine de colonies, il y avait des signes que la construction s’était arrêtée, peut-être à cause des décrets de gel de la construction, ou peut-être parce que les colons se sont dépêchés de créer des faits sur le terrain avant que ces décrets ne prennent effet,

L’Administration civile a dit clairement que « les décrets concernant la suspension des travaux de construction » n’étaient valables que pour les bâtiments dont les fondations n’ont pas encore été posées le jour de la publication du décret.

Environ 3 000 logements, dont les fondations ont été posées à la va-vite au moment où la publication a pris effet, n’ont pas été affectés par le gel temporaire. Il existe de plus 492 logements déjà approuvés par le ministre de la défense, Ehoud Barak.

Selon Dror Etkes et Hagit Ofran, ce boom de la construction a commencé au moment où les Etats-Unis exigeaient un gel de la construction dans les colonies. Les autorités locales ont alors accordé un grand nombre de nouveaux permis de construire, la plupart du temps à des colonies relativement petites et isolées, mais aussi à des colonies plus importantes.

Les entrepreneurs et les leaders des colons estiment que certains de ces sites où la construction a été gelée, comme Bei Arieh, finiront par se voir accorder des permis de construire. Une commission qui étudie les demandes de levées de l’interdiction dans certaines zones doit envisager cette possibilité, mais on ignore encore si ses réunions seront ouvertes au public ou si les critères qui guideront ses délibérations seront rendus publics.

Selon l’Administration civile, des fonctionnaires s’occupent actuellement de faire respecter les décrets de gel des constructions, dans les colonies comme dans les zones industrielles. Dans les zones où des infractions sont constatées, des mesures appropriées ont été prises et font l’objet D’enquêtes.

Il a été dit clairement qu’au cas où les décrets d¹interdiction de construction sont violés, d’autres mesures seront prises.

D’après la loi, après la publication d’un décret d’arrêt de la construction, une audience est prévue. Ce n’est qu’à l’issue de cette audience qu’un ordre de raser la structure peut être donné.

Hagit Ofran a dit hier que le vrai test de l¹interdiction de construction interviendra quand de gros entrepreneurs qui violent ces décrets seront condamnés à payer des amendes.

Entre temps, d’après les chiffres réunis par Shalom Akhshav, la construction autorisée dans les territoires occupés dans le cadre du gouvernement est supérieure à celle autorisée en Israël. Un total de 1 167 logements a été autorisé pour 100 000 citoyens, contre 836 logements seulement pour ce même nombre de citoyens en Israël (hors territoires occupés).

Par exemple, pendant le hiatus qu’a connu la construction, il a été construit 476 logements à Ma’aleh Adoumim. Si l’on compare ce chiffre à des localités de taille similaires mais situées à l’intérieur d’Israël, on obtient : Rosh Ha’ayin, 149 logements, Kiryat Bialik, 160 logements, Dimona 59, et Or Yehuda, 12 logements.

Pendant la même période : 146 logements prévus à Ariel, comparés à 21 à Beit She’an, 51 à Kiryat Tivon, and 32 à Sderot.

Sur la plupart des sites de construction, les travaux sont effectués par des Palestiniens. Kfar Tapouah est l’un des rares endroits dans les territoires occupés où les colons tiennent à employer des ouvriers juifs.