Auteur : Shaul Arieli, Ha’aretz, 27 juillet 2026
Traduction de l’hébreu : IA revue par I. R.
Illustration générée par ChatGPT
Mis en ligne le 30 juillet 2026
Au sein du centre-gauche israélien, l’idée s’impose de plus en plus que, même si un nouveau gouvernement arrivait au pouvoir après les élections, il serait impossible de relancer immédiatement le processus politique avec les Palestiniens.
Au mieux, affirment certains, il sera possible de freiner une partie des mesures promues par le gouvernement Netanyahou–Smotrich, de ralentir l’expansion des colonies, de limiter la légalisation des avant-postes et de réintroduire un certain degré de retenue dans le fonctionnement des institutions. Quant au débat politique lui-même, il pourrait être reporté jusqu’à ce que le système politique israélien se stabilise, que la société se reconstruise et que la région retrouve un certain calme.
La tentation est compréhensible. Un nouveau gouvernement héritera d’un pays profondément meurtri, d’institutions affaiblies, de fractures sociales profondes et de tâches de reconstruction colossales. Ses conseillers lui expliqueront qu’il ne faut pas ouvrir immédiatement un nouveau front politique, que l’opinion publique n’y est pas prête, que la coalition risque d’éclater et qu’il vaut mieux se limiter, dans un premier temps, à une « gestion responsable du conflit ».
Mais c’est précisément cette gestion du conflit qui a permis à celui-ci de s’aggraver. Elle procure une illusion de calme du côté israélien, tandis que, du côté palestinien, s’accumulent le désespoir, l’humiliation et la perte de confiance dans la possibilité d’un changement par des moyens politiques.
C’est une hypothèse dangereuse. Elle ignore que le temps politique ne joue plus en faveur d’Israël. La baisse observée, à certaines périodes, du nombre d’attentats palestiniens et du nombre de victimes israéliennes ne constitue pas la preuve d’une stabilisation, mais témoigne tout au plus de l’efficacité des opérations de prévention et de l’affaiblissement temporaire des organisations terroristes. Même le Shin Bet, qui a signalé une forte diminution des attentats les plus graves durant le Ramadan 2025 par rapport à l’année précédente, l’a attribuée à une activité opérationnelle intensive. Cela ne signifie nullement que la motivation à recourir à la violence ait disparu, que la situation politique se soit apaisée ou que les facteurs alimentant le conflit se soient affaiblis.
Au contraire. En Cisjordanie, la pression ne cesse de s’accroitre sans offrir le moindre débouché politique. Selon les données des Nations unies, jusqu’au 11 mai 2026, plus de 800 attaques de colons ayant causé des victimes ou des dégâts matériels avaient été recensées depuis le début de l’année, soit une moyenne d’environ six attaques par jour. Au 13 juillet, environ 850 Palestiniens avaient été blessés dans le contexte de violences commises par des colons, dont près de 690 directement par ces derniers. Ces chiffres ne concernent pas seulement des affrontements isolés. Ils reflètent une réalité durable de violences contre les personnes, les biens, les terres, les ressources en eau et la capacité des communautés palestiniennes à demeurer sur leurs terres.
À cela s’ajoutent des opérations militaires fréquentes, des démolitions, des restrictions de circulation, l’extension des avant-postes et le renforcement du contrôle israélien sur la zone C. On peut débattre de chacune de ces mesures séparément, les justifier par des impératifs sécuritaires, juridiques ou d’aménagement du territoire et les présenter comme des événements locaux. Mais la population palestinienne les perçoit comme un ensemble cohérent : un système qui réduit son espace de vie, affaiblit ses institutions et lui montre que le contrôle israélien n’est pas temporaire et qu’aucune initiative susceptible d’y mettre fin ne se profile à l’horizon.
Quiconque suppose que cette population continuera à accepter cette réalité dans l’espoir qu’un futur gouvernement israélien sera simplement un peu moins nuisible prend un pari sur la sécurité d’Israël. Les Palestiniens ne constituent pas un bloc homogène, et beaucoup d’entre eux redoutent une nouvelle détérioration de la situation tout en étant conscients de son coût. Mais précisément pour cette raison, si un nouveau gouvernement israélien se contente de modifier le ton, de geler quelques projets et de réduire le nombre de ministres se rendant dans les avant-postes, la déception risque d’être particulièrement profonde.
Un gouvernement qui se présenterait comme une alternative tout en maintenant intacte l’architecture politique actuelle aurait du mal à convaincre qu’il offre un avenir différent.
Le système politique palestinien est lui aussi confronté à une épreuve. Les élections du Conseil législatif sont prévues pour le 28 novembre 2026, tandis que l’élection présidentielle devrait avoir lieu au cours du premier trimestre 2027. Rien ne garantit qu’elles se dérouleront comme prévu, ni qu’elles pourront se tenir sur l’ensemble des territoires. Néanmoins, leur simple préparation pourrait intensifier la compétition politique autour de la manière de répondre à la politique israélienne. Une nouvelle direction palestinienne, ou une direction en place cherchant à renouveler sa légitimité, devra démontrer à la population qu’elle ne se contente plus de protestations diplomatiques et d’attendre sagement un changement en Israël.
Israël ne peut pas décider du résultat des élections palestiniennes, mais ses actes influencent les positions qui gagneront la confiance de l’opinion. Plus la voie politique apparaît sans issue, plus se renforce l’argument de ceux qui soutiennent que seuls la force, la résistance et la violence permettent de changer la réalité. Ceux qui souhaitent renforcer les acteurs palestiniens pragmatiques ne peuvent se contenter de les féliciter à huis clos ; ils doivent prouver à leur population que le choix de la voie politique produit des résultats concrets.
De là découle la responsabilité qui incombera au prochain gouvernement. Il ne devra pas repousser la question palestinienne à la fin de son mandat, après avoir traité le coût de la vie, la crise constitutionnelle, la reconstruction du nord et du sud du pays et les relations avec les États-Unis. Toutes ces missions sont essentielles, mais elles ne remplacent pas une politique en Cisjordanie et à Gaza. Le dossier palestinien n’est pas un problème que l’on peut ranger dans un tiroir en attendant d’avoir le temps de s’en occuper. Il pourrait imposer son propre calendrier au gouvernement avant même que celui-ci n’ait eu le temps de définir le sien.
Un véritable programme politique n’exige pas de promettre un accord définitif en quelques mois. Il exige de fixer un objectif clair, de renouer le dialogue avec la direction palestinienne, de mettre un frein réel aux infrastructures territoriales de l’annexion, de démanteler les avant-postes établis illégalement, de protéger les Palestiniens contre les violences, de renforcer l’Autorité palestinienne et de recréer les conditions nécessaires à la reprise des négociations. Sans mesures concrètes sur le terrain, les déclarations en faveur de deux États ne seront qu’un rituel verbal destiné à rassurer Washington et l’Europe.
Une nouvelle vague de violences majeures en Cisjordanie, susceptible de s’étendre au territoire israélien, n’est pas un scénario lointain mais une possibilité bien réelle si aucun changement fondamental n’intervient. Il ne s’agit pas d’une prophétie, mais d’un avertissement contre une politique fondée sur l’idée que l’autre camp continuera à supporter la situation. Le prochain gouvernement devra comprendre que le rétablissement d’un horizon politique n’est ni un geste envers les Palestiniens ni une récompense accordée en échange du calme. C’est un intérêt sécuritaire fondamental pour Israël, une condition du rétablissement de sa position régionale et internationale et, surtout, le meilleur moyen de prévenir la prochaine explosion de violence plutôt que d’avoir à la gérer une fois qu’elle aura éclaté.

