Cet article, tiré du livre qui vient de paraître en hébreu “La gauche israélienne expliquée à ma petite-fille“, présente une analyse détaillée d’une partie des raisons qui ont abouti à la quasi disparition des forces de gauche en Israël.
Le potentiel électoral existe. A chaque nouvelle élection, son électorat se demande pour qui voter, la”gauche” étant divisée. Elle est considérée comme “hors du coup” par une grande partie de la population d’Israël. On attend l’homme-providence qui rassemblera le troupeau et saura transformer des objectifs pragmatiques en vision mobilisatrice qui toucherait au cœur plus qu’à la tête une majorité des “tribus” qui composent le peuple israélien.


Auteur : Ouri WEBER, sociologue, pour Les Cahiers Bernard Lazare, n° 438, février 2021

Mis en ligne le 28 février 2021


À l’heure où une quatrième campagne électorale commence en Israël, et que rien n’est encore clair, un fait semble acquis : le parti travailliste ne sera pas présent en tant que tel à ces élections. Le parti qui a créé l’Etat d’Israël, qui a jeté les bases de la société israélienne n’a plus assez de soutien pour se présenter aux élections qui approchent.
Depuis la création de l’Etat et jusque dans les années 1960, les partis de gauche obtenaient la majorité absolue à la Knesset (plus de 60 députés).
Cette hégémonie, ils l’ont perdue en 1973 (55 députés) et depuis le processus de déclin s’est poursuivi régulièrement, 43 députés en 1996, 28 en 2003, 16 en 2009, une légère augmentation par la suite jusqu’à un effondrement total lors des élections de 2020 avec 7 députés.
Qu’est-il arrivé à la gauche israélienne qui a causé cette chute ? Pourquoi le peuple d’Israël s’oppose-t-il de plus en plus aux partis de gauche ? Certains événements clés ont sans aucun doute eu une influence importante sur ce transfert de soutien de la gauche vers la droite et le centre…

L’immigration massive des juifs du Maroc dans les années 50
Entre 1950 et 1967, près de 250 000 immigrants en provenance du Maroc sont arrivés en Israël en plusieurs vagues. Dès leur arrivée, ils furent victimes d’une discrimination manifeste de la part des habitants du pays et notamment de l’establishment de l’époque. Une grande partie de ces immigrants ont été transférés contre leur gré, et parfois aussi par des moyens perfides vers des mochavim et des villes de développement éloignées, dans le cadre du programme gouvernemental « De la ville au village ». Ils ont été obligés de s’y installer contre leur gré, et se souviennent de cette humiliation jusqu’aujourd’hui.
Le sentiment de discrimination et de racisme ressenti par ces immigrants était si fort qu’il s’est transmis de génération en génération jusqu’à ce jour. Leurs descendants attribuent la faute de cette discrimination à toute la gauche, et accusent surtout le courant ashkénaze, laïc et libéral, soit la gauche.
Cette question, connue populairement sous le nom de « démon ethnique », continue de susciter une vive émotion et certains éléments de droite l’exploitent comme outil de propagande politiquement très efficace, rappelant la discrimination et le mépris des politiciens d’origine européenne de gauche face à la communauté orientale, et appellent les orientaux à soutenir la droite.
Ainsi, même si de nombreux citoyens de la communauté orientale sont assez modérés dans leur position politique, ils continueront à soutenir les partis de droite en raison de « l’histoire familiale » et des humiliations anciennes. La gauche a perdu un public important non pas à cause de positions politiques distinctes, mais principalement à cause d’un échec de compréhension vis-à-vis des aspirations de cette population.

Le réveil du sentiment juif après la guerre des Six jours
Après la guerre des Six jours, la conquête des territoires de Cisjordanie, le retour à la Terre biblique d’Israël, et la libération de Jérusalem ont complètement changé la perception de l’essence de l’État d’Israël. Jusqu’à la guerre des Six jours, l’État d’Israël était considéré surtout comme un refuge pour les juifs, « un foyer national pour le peuple juif persécuté ». Une terre qui acceptera toujours les juifs menacés ou en danger existentiel partout dans le monde. Ceci se traduisait par la construction d’un pays culturellement juif, progressiste, respectueux des valeurs morales, égalitaire et démocratique. Après la guerre des Six jours, la raison d’être de l’État d’Israël a changé. Il ne s’agissait plus d’une terre de réfugiés mais de la résurrection du royaume biblique, de « la terre promise », le berceau du peuple juif.
Le retour à la vieille Jérusalem, au Mur des Lamentations, au Mont du Temple, en Judée et en Samarie – tous ces évènements ont ressuscité des mythes anciens existant en état de léthargie dans la conscience nationale. Un bon nombre de gens de gauche ont été tentés par ces rêves et ont rejoint la lutte pour l’annexion (comme l’écrivain Moshe Shamir ou la compositrice Naomi Shemer). Cela a donné à la population religieuse et traditionnelle une formidable impulsion soutenue par les partis de la droite israélienne. Le sionisme religieux s’est engagé très activement à la colonisation en Judée et Samarie, dans les territoires occupés, par le biais du mouvement Gush Emunim, et a construit de plus en plus de colonies illégales sous les regards complaisants des gouvernements du Parti travailliste de gauche.
L’idéologie nationaliste a pris racine dans de larges couches de la population. Le désir de mettre en valeur le caractère juif de l’État, d’exiger la souveraineté sur toute la Terre d’Israël « de nos ancêtres », de prendre en compte avant tout les besoins de la nation juive – tout cela a créé un nouvel éthos nationaliste et traditionaliste. La guerre des Six jours n’a pas eu d’effet immédiat sur le pouvoir de la gauche, au contraire, mais les graines de la nouvelle idéologie de droite ont été semées.

Le « renversement politique » de 1977 qui a donné une légitimité au gouvernement de droite
Après les élections de 1977 c’est le “renversement politique”, c’est la fin de l’hégémonie des gouvernements de gauche, lorsque pour la première fois depuis 50 ans (avant et après la création de l’Etat d’Israel) la coalition menée par le parti Mapai a perdu la majorité à la Knesset et a été remplacé par un gouvernement de droite.
Plusieurs événements ont conduit à cela, avant tout l’échec cinglant de la guerre du Kippour entièrement attribué au gouvernement dirige par le Parti travailliste, et puis les nombreuses affaires de corruption qui se sont révélées à cette époque et qui touchaient des personnalités officielles du Parti (Asher Yadlin, Avraham Ofer, Michael Tzur). Pour la première fois, des manifestations organisées contre le gouvernement se déroulaient sous le mot d’ordre « corrompus – il y en a marre ».
L’image du Parti travailliste se trouvant dénigrée auprès de larges couches du public ce fut l’occasion pour des personnalités connues de créer un nouveau parti centriste, le Dash (Mouvement démocratique pour le changement). Le parti Dash a présenté des positions centristes modérées ce qui a permis à de nombreux électeurs de gauche de le joindre. Ainsi aux élections de 1977 le parti travailliste a perdu environ 19 députés à la Knesset, dont 15 en faveur du parti Dash. Le Likoud de Menahem Begin, avec le soutien du parti Dash pouvait désormais former un gouvernement. Le “renversement politique” a donné une légitimité au gouvernement de droite en Israël et a introduit l’émergence du phénomène de “Parti centriste” comme option alternative pour les électeurs de gauche déçus de leur parti.

Les accords d’Oslo suivis de l’assassinat du chef de gouvernement Yitzhak Rabin, et d’une série d’attentats terroristes
Durant la gouvernance de Yitzhak Rabin, des accords qui auraient dû conduire à la paix ont été conclus avec les Palestiniens, les “Accords d’Oslo”. Les représentants du gouvernement de gauche, dirigés par Yitzhak Rabin et Shimon Peres, ont négocié avec les représentants de Yasser Arafat, le dirigeant palestinien, et sont parvenus à un accord qui devait progresser étape par étape jusqu’à la signature d’un accord de paix complet. Cet accord comprenait comme première étape la division des territoires de Judée et de Samarie en trois types de zones (A, B, C) dans lesquelles il y avait une répartition différente des pouvoirs entre Israël et l’Autorité palestinienne. Il comprenait aussi une coopération en matière de sécurité entre la police palestinienne et les services de sécurité israélien. légende : Rabin, Clinton, Arafat lors des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993
La droite se mobilisa de façon très agressive contre les accords, organisa des manifestations particulièrement violentes et accusa Rabin de trahison. C’était une période d’incitations violentes contre Rabin et son gouvernement. La droite s’est opposée au compromis, arguant qu’il ne fallait pas faire confiance à Arafat, que notre sécurité était en danger, que les concessions allaient trop loin. Immédiatement après la signature des accords, une vague brutale d’attentats terroristes a commencé dans le pays. Au cours des deux années de négociations avec les Palestiniens à Oslo, plus de 150 Israéliens ont été tués par des terroristes. L’atmosphère dans le pays était très tendue et effrayante et la confiance dans les Palestiniens a diminué encore plus.
Ensuite a eu lieu l’assassinat de Itzhak Rabin. Shimon Peres a remplacé Rabin au poste de Premier ministre et a planifié des élections six mois plus tard. Cette période était un enfer en Israël, chaque semaine un bus explosait avec des dizaines de morts. Certains courants palestiniens ont volontairement torpillé les accords d’Oslo.
Les gens avaient peur de monter dans les bus, de se promener dans les rues de peur qu’une explosion ne se produise. Les gens aspiraient à la sécurité personnelle, à une politique musclée contre les terroristes, à repousser toute concession. Les attaques ont changé l’atmosphère dans le pays et déplacé le soutien vers la droite. C’est ainsi que le gouvernement est passé à Netanyahu, qui a mené la politique contre les accords d’Oslo et contre le gouvernement de gauche. La série d’attaques meurtrières de ces années-là a déplacé une tranche supplémentaire de partisans modérés de gauche vers la droite. En fait, la gauche ne s’est pas remise de l’assassinat de Rabin et depuis lors aucun chef d’envergure n’a émergé.

La tentative de paix d’Ehud Barak et la deuxième intifada
Après les accords d’Oslo, il y a eu deux autres tentatives sérieuses afin de parvenir à la paix avec les Palestiniens. La rencontre entre Ehud Barak et Yasser Arafat à Camp David sous les auspices de Bill Clinton et les négociations entre Ehud Olmert et Abu Mazen qui ont débuté à la conférence de Charm El Sheikh.
En juillet 2000 a commencé la conférence de Camp David. Ehud Barak y a présenté des suggestions très généreuses avec des cartes détaillées et des exigences israéliennes modérées. Yasser Arafat a rejeté le plan israélien et n’a pas présenté de plan alternatif. La conférence a échoué. Ehud Barak a déclaré à son retour : “Il n’y a pas de partenaire [pour faire la paix]”, c’est-à-dire que les Palestiniens ne sont pas intéressés à faire la paix.
Deux mois après l’échec des négociations, la deuxième Intifada (révolte palestinienne) a été déclenchée. Cela a commencé par des émeutes dégénérant rapidement en guérilla meurtrière. C’est le début des attentats kamikazes. Les Palestiniens se faisaient exploser au milieu de la foule faisant de nombreuses victimes. En 2002, plus de 135 Israéliens ont été tués dans de telles attaques. La deuxième Intifada a fait des milliers de victimes des deux bords, pour la plupart civiles. Il n’est donc pas surprenant que lors des élections de 2003, le Parti travailliste perde de nombreuses voies principalement en faveur du Parti centriste, le “Parti Shinui”.
L’échec de la conférence de Camp David a ébranlé, pour de nombreux gens de gauche modérés, la conviction que la paix pouvait être réalisée avec les Palestiniens. Le sentiment “qu’il n’y a pas de partenaire” a pénétré la conscience du public israélien et renforcé les positions de la droite. La vague d’attentats terroristes qui a suivi l’échec de la conférence n’a fait que renforcer le sentiment qu’il faut arrêter de négocier et employer les manières fortes, contrairement au discours officiel de la gauche. Les gens qui ont quitté à cette époque le Parti travailliste et soutenu le parti Shinui ne sont pas revenus à gauche même après la désintégration de Shinui. Ils ont choisi dans toutes les élections le parti centriste qui se présentait.
La dernière tentative pour parvenir à un accord avec les Palestiniens a eu lieu en 2007-8 entre Ehud Olmert, le Premier ministre israélien du parti Kadima, et Mahmoud Abbas (Abu Mazen). À nouveau ont été présentées aux Palestiniens des concessions très généreuses et encore une fois, à la dernière minute, juste avant de signer l’accord, les Palestiniens se retirent et repoussent la date de signature. Une fois de plus, l’opinion publique israélienne a le sentiment qu’aucun dirigeant palestinien n’est disposé à assumer la responsabilité de renoncer à la “terre arabe” sur laquelle est établi l’Etat d’Israël, ni au droit de retour des Palestiniens dans leur maison d’avant 1948. Lors des élections de 2009, la gauche s’est effondrée et le Likoud dirigé par Netanyahu est revenu gouverner le pays. La confiance dans la solution de deux États indépendants proposée par la gauche a été fortement ébranlée. Beaucoup d’anciens électeurs de gauche se sont rassemblés autour du parti Kadima pour empêcher Netanyahu de revenir au pouvoir. Un nouveau phénomène a commencé, le “vote efficace” : voter pour le parti qui est capable de constituer un gouvernement alternatif à celui de Benyamin Netanyahou et non plus pour le parti qui représente les convictions de la gauche.

L’évolution démographique du pays de 1977 à nos jours
Depuis le “renversement politique” jusqu’à nos jours, la croissance démographique en Israël n’a pas joué en faveur de la gauche. En 1977, il y avait environ 2,2 millions électeurs, en 2019 il y en avait 6,4 millions, soit trois fois plus. Afin de conserver sa force, les supporters de la gauche auraient dû se multiplier au même rythme que la population. Or la population a augmenté surtout dans des milieux éloignés de la gauche : Juifs orientaux traditionalistes et habitants des villes de développement dont le ressentiment contre la gauche est encore vif, ressortissants de Russie soviétique repoussant tout ce qui évoque la gauche, immigrants éthiopiens qui soutiennent le Likoud par respect pour le gouvernement, Juifs orthodoxes qui “croissent et se multiplient” et sont affiliés à un parti qui soutient régulièrement la coalition de droite. Les changements démographiques ont renforcé les courants de droite, et les milieux sociaux dont sont issus les partisans de la gauche n’ont pas suivi le rythme de l’augmentation générale de la population.

La diabolisation de la gauche par la droite et son incapacité à réagir
Tout a commencé avec la montée de Benjamin Netanyahu à la direction du Likoud. Il a introduit un nouveau style dans l’arène politique en Israël qui n’était pas connu jusque-là. Il a souligné et aiguisé l’existence de deux blocs politiques, deux camps rivaux, l’un, la droite, défendant la sécurité civile, le vrai sionisme, la fierté nationale, et en face un camp qui soutient les Arabes, prêts à faire des concessions irresponsables. Un camp arrogant qui dénigre et discrimine le public traditionnaliste et nationaliste.
Depuis son élection à la tête du Likoud en 1993, Netanyahu et ses associés n’ont cessé d’approfondir le fossé entre les deux camps et de saper la légitimité du camp de gauche. A toute occasion il dénonce la gauche comme étant des “traîtres” prêt à des concessions aventureuses, de gens “dangereux” pour l’avenir du pays.
Cela a commencé avec l’opposition aux accords d’Oslo et les violentes manifestations contre le Premier ministre Yitzhak Rabin. La gauche a alors été décrite comme traîtres, renonçant à la Terre d’Israël et mettant en danger la sécurité des citoyens. Cela s’est poursuivi lors de la campagne électorale contre Shimon Peres avec le slogan “La gauche divisera Jérusalem”. Puis avec la déclaration “que la gauche a oublié ce que signifie être juif”.
La propagande de Benjamin Netanyahu était entièrement centrée sur la diffamation et la délégitimation de la gauche et de tous ceux qui y étaient liés. Le mot “gauche” est devenu un mot péjoratif, synonyme de traître, celui qui “qui aime les arabes”, représentant des “élites arrogantes” qui dominent les orientaux. Le soutien à la gauche est devenu synonyme de “désastre pour Israël”, signe d’alliance avec l’ennemi arabe, une trahison du sionisme. Depuis plus de vingt ans, la droite a exploité à fond chaque échec dans les négociations avec les Arabes ou chaque attaque terroriste de Palestiniens pour éveiller l’hostilité et accroître la haine contre les partis de gauche. La droite a exacerbé les fractures sociales de la société israélienne et enflammé la haine contre la gauche.

Les magouilles politiques et l’incapacité de la gauche à comprendre les véritables préoccupations populaires
La gauche ne s’est pas remise de l’assassinat de Rabin et depuis, aucune personnalité d’envergure n’a émergé. Elle encaisse les attaques de la droite sans savoir comment réagir. La propagande violente et mensongère ne fait pas partie de sa culture. Elle essaie de se justifier poliment et rationnellement mais sans convaincre qui que ce soit. Par contre, la droite joue sur les sentiments, elle est prête à déformer n’importe quel évènement et à rechercher toute calomnie possible afin de noircir davantage le camp de gauche. La gauche encaisse et se plie aux attaques.
Au sein même du Parti travailliste, les querelles internes n’ont fait qu’amplifier. Les batailles verbales et l’échange d’accusations de toute sorte ont toujours caractérisé le parti et lui ont donné mauvaise réputation, celle d’un “parti qui annihile ses dirigeants”. Dès l’élection du secrétaire du parti, les intrigues commencent. Chaque désaccord, chaque difficulté politique sert de prétextes à des conspirations afin d’exiger le remplacement du secrétaire fraîchement élu.
Le Parti travailliste est incapable de persévérer dans l’opposition et le désir de certains de ses hauts dirigeants de rejoindre un gouvernement le divise régulièrement. Certains de ses dirigeants ont fait défection vers d’autres partis lorsqu’ils ont échoué aux élections internes ou ont été confrontés à de meilleures opportunités. Haïm Ramon, Shimon Peres, Amir Peretz n’ont pas hésité à rejoindre d’autres partis lorsque cela les arrangeait. Cela n’a pas rajouté de crédibilité au parti travailliste.
Étant donné qu’être de gauche était impopulaire, les dirigeants travaillistes ont commencé à se présenter comme “centristes” et à exprimer des opinions plus “droitières”.
Enfin, la création du parti “Kakhol lavan – Yesh Atid”, aux élections de 2019, a finalement dépouillé le Parti travailliste de ses derniers électeurs. Ceux-ci ont rejoint ce parti qui, pour la première fois depuis des années, avait une chance de remplacer le gouvernement Netanyahu. Le parti travailliste disparaissait.

La marginalité de la gauche radicale : le Meretz
La gauche radicale, le Meretz, représente une petite tribu, stable et fidèle, mais qui d’année en année continue à se marginaliser. Le problème de cette gauche-là, c’est qu’elle réduit la politique à deux composantes uniques : le problème palestinien et la protection universelle des droits de l’homme.
La gauche radicale continue de défendre les mêmes positions depuis plus de cinquante ans, à savoir : l’État d’Israël ne fait pas assez pour parvenir à un accord, les Palestiniens veulent la paix et Israël ne propose pas assez de concessions, l’État d’Israël se conduit comme un occupant arrogant dans les territoires conquis aux Palestiniens, il y a de la discrimination envers les Arabes d’Israël mais surtout de Palestine. Pour cette gauche-là, les droits de l’homme et l’intégrité personnelle sont valeurs suprêmes, précèdent toute autre considération, et ils ont beaucoup de mal à convenir que pour d’autres personnes cela puisse être différent.
Ces positions des membres du Meretz ne sont acceptables que pour une poignée de partisans dont le nombre diminue régulièrement. En raison de l’universalisme, la gauche a négligé le lien au judaïsme et l’amour du pays. La génération précédente de gens de gauche, la génération pionnière, s’est révoltée contre les pratiques religieuses et s’est opposée radicalement à tout ce qui concernait la halakha. Ils aspiraient à construire une culture israélienne laïque. Malgré cela, ils maîtrisaient très bien les sources juives qu’ils avaient apprises aux yeshivot dans leur jeunesse et les coutumes qu’ils vivaient dans la maison de leurs parents. Ils avaient un riche bagage de culture juive qui a servi de base à leur sentiment d’appartenance au peuple et à la nation. C’est de là qu’ils ont puisé leur lien avec la Terre d’Israël et leur sentiment de mission de résurrection.
La génération actuelle de laïcs redoute la « coercition religieuse », ne fait pas l’expérience de l’existence juive et ne se connecte pas à l’héritage juif. C’est une génération d’Israéliens libéraux qui se sentent plus proches des libéraux-humanistes du monde occidental que des Israéliens religieux ou traditionalistes. La gauche israélienne a abandonné son rapport étroit avec le judaïsme et délaisse l’autorité sur ce domaine aux éléments les plus orthodoxes. L’identité juive est aujourd’hui définie par des éléments religieux et non plus comme un patrimoine commun et un partenariat de destin. La population israélienne qui aspire à l’appartenance juive sur la base de connaissances, de symboles, de valeurs, d’existence émotionnelle et d’histoire ne trouve pas d’adresse à gauche mais principalement dans les différents courants de droite.
Pour le grand public, les gens du Meretz se soucient plus des Palestiniens et des droits humains universels que des véritables préoccupations et difficultés du peuple d’Israël. Ils sont considérés comme une minorité arrogante et rejetés comme courant marginal. En raison de leur conviction de la justesse de leurs positions, les gauchistes sont imperméables à toute autre forme de pensée et sont incapables de comprendre pourquoi le grand public ne se joint pas à eux.