La feuille de route et au-delà


diffuse par Common Ground News Service


La feuille de route a officiellement ete presentee aux Israeliens et aux
Palestiniens, et une nouvelle (bien qu’etroite) fenetre vient d’etre
ouverte. Ce nouvel avatar de ce qu’on appelle la “vision de Bush” pour le
Moyen-Orient contient bien plus de questions que de reponses.

La feuille de route est tres loin de l’idee qu’on peut se faire d’un bon
plan. Chacun n’a que des choses desagreables a dire a son propos, les
Israeliens, les Palestiniens, les Europeens, l’ONU, etc. Le plan ramene les
parties moins loin que la ou elles se trouvaient il y a 33 mois, quand a
debute l’intifada, fin septembre 2000. Mais tous s’accordent pour dire que
malgre ses defauts, c’est tout ce qui est disponible sur le marche.

La feuille de route peche serieusement dans les details. Elle mentionne que
les parties devront negocier les problemes relevant d’un accord definitif,
comme les frontieres, Jerusalem, les colonies, les refugies, etc., mais n’en
fait pratiquement pas mention au cours des premieres phases. Par exemple,
quand Jerusalem devra-t-elle etre introduite dans le processus? Au cours de
la phase 2, il est prevu des elections pour elire le gouvernement et le
parlement de l’Etat palestinien. Les habitants de Jerusalem Est
participeront-ils a ces elections? Jerusalem sera-t-elle la capitale
partagee par les Etats d’Israel et de Palestine, comme il en avait ete
question lors des dernieres negociations? Et si la question de Jerusalem est
mise a l’ecart du processus, quelqu’un croit-il reellement qu’il y ait une
chance de faire la paix?

Le document peche dans les details a propos de la question de l’ingerence
internationale. Qui controlera son application, et qui decidera si les
parties remplissent leurs obligations? Qui jugera si les Palestiniens font
100% d’efforts pour combattre le terrorisme? Qui jugera si Israel gele
reellement la construction dans les colonies et n’en construit pas de
nouvelles, comme le plan l’exige? Plusieurs desaccords entre les parties ont
deja vu le jour.

Les Palestiniens insistent sur le fait que l’application de la feuille de
route doit s’operer de maniere parallele par les deux parties, en d’autres
termes, pendant que les Palestiniens entament leurs reformes, commencent a
combattre le terrorismes, etc., les Israeliens doivent geler la construction
dans les colonies et commencer immediatement a se retirer des villes
palestiniennes. Les Israeliens, pour leur part, disent que les Palestiniens
doivent d’abord assumer leurs responsabilites sur le plan de la securite, et
alors, alors seulement, les Israeliens commenceraient a appliquer leur part.
Qui en decidera? Et qui maniera le baton pour forcer obeissance a la feuille
de route?

A mon humble avis, le plan n’a aucune chance de reussir sans une implication
tres claire et determinee de tierces parties. Il est evident que sur les
plans politique et securitaire, les Etats-Unis auront le premier role. Mais
il existe d’autres plans, civils et economiques, ou des tiers peuvent
intervenir et ou d’autres, comme l’Union europeenne par exemple, peuvent et
doivent jouer un role important.

De plus, les tierces parties devront fournir une aide efficace et credible
dans la resolution des conflits a tous les niveaux. Les conflits doivent
etre resolus rapidement et efficacement au plus bas niveau possible. Chaque
conflit mineur ne doit pas atterrir sur les bureaux des premiers ministres,
comme cela a ete le cas tout au long du processus d’Oslo.

Afin de favoriser les chances de succes du processus, Israeliens,
Palestiniens et membres du Quartet doivent chacun prendre des mesures
serieuses, maintenant, et sans delai. Les Palestiniens et les Israeliens
doivent chacun publier une declaration sans equivoque concernant leur
engagement envers la paix et la coexistence, leur opposition a la violence
et au terrorisme, et leur reconnaissance mutuelle. Tout cela fait partie de
la feuille de route et doit etre fait immediatement.

De plus, les Palestiniens doivent commencer, en public comme en coulisses,
un travail serieux et intensif pour prevenir d’autres actes de terrorisme.
Il serait logique d’entamer ce travail d’abord dans les rangs du Fatah. Il
serait egalement logique de choisir un certain nombre de zones geographiques
et de s’y concentrer. De cette maniere, le travail des forces palestiniennes
de securite pourrait etre combine avec un travail sur les plans politique,
economique et social, en collaboration avec les leaders des communautes des
zones selectionnees.

Israel doit permettre aux Palestiniens de combattre le terrorisme, en se
mettant de cote. Israel ne doit pas mettre sa securite en danger pendant
cette periode, mais doit fournir aux Palestiniens assez d'”espace” (physique
et politique) pour qu’ils puissent reussir. Israel doit egalement cesser
immediatement toute demolition de maisons et toute nouvelle activite de
colonisation. Israel doit enfin entamer son retrait de villes
palestiniennes. Cela constitue un minimum indispensable.

Les differentes equipes du Quartet ont consacre leur temps, ces derniers
mois, a l’elaboration de deux documents. L’un tente d’etablir des “reperes”,
destines a aider le Quartet a determiner si les parties ont bien rempli
leurs engagements, cela permettant de passer a la phase suivante. Le
deuxieme document traite du role des tierces parties.

…/

Alors qu’il est encore tres tot, certaines choses semblent tres claires. La
feuille de route n’a aucune chance de reussir si les deux parties n desirent
pas qu’elle reussisse. Si les Israeliens et les Palestiniens tiennent a
poursuivre les violences, la feuille de route ne deviendra qu’un des
nombreux plans de paix avortes qu’a connus la region. Cela peut paraite
evident, mais il est important de noter que les sondages d’opinion, en
Israel comme en Palestine, montrent les memes tendances et les memes
contradictions.

De par notre experience au sein de l’IPCRI (Israel/Palestine Center for
Research and Information), ces 33 derniers mois, nous savons qu’existent des
partenaires legitimes et importants des deux cotes. Nous avons organise des
dizaines de conferences, de seminaires et de reunions de travail avec des
leaders du monde politique, economique, educatif et social des deux cotes.
La feuille de route offre aux parties une nouvelle chance de passer de la
voie de la destruction mutuelle a celle du profit mutuel. Il s’agit
peut-etre de la derniere chance pour construire une paix sur la base de deux
Etats. Si nous manquons cette chance, je crains que nous prenions une route
menant a des dizaines d’annees d’annihilation mutuelle.