Dans des circonstances favorables, les électeurs arabes pourraient déterminer quel bloc formera le prochain gouvernement. A ce sujet, un élément nouveau vient de se produire (la possible alliance de Ra’am avec un ancien vice-ministre juif) susceptible de rebattre les cartes, s’agissant de la participation d’un parti arabe à une coalition gouvernementale. Cette information fait l’objet d’une note de la rédaction en annexe.


Auteur : Mohammad Darawshe, Jerusalem Post, 21 juillet 2026

Traduction de l’anglais : Deeple Translate revue par I. R.

https://www.jpost.com/opinion/article-902973

Date de mise en ligne : 1er août 2026


Le test ultime d’une société solidaire en Israël réside dans la pleine participation de tous les citoyens au processus politique. Les citoyens arabes représentent 21 % de la population israélienne et environ 17 % des électeurs inscrits. Leur potentiel électoral est considérable : dans des circonstances favorables, les électeurs arabes pourraient déterminer quelle coalition formera le prochain gouvernement.

L’issue des élections d’octobre dépendra de trois facteurs : le nombre de partis arabes en lice, le taux de participation des électeurs arabes et la volonté des dirigeants politiques juifs d’inclure un parti arabe dans une coalition gouvernementale.

Lors des élections précédentes, la participation politique arabe a démontré son pouvoir potentiel. La Liste unifiée a remporté 15 sièges en 2015 et 13 en 2020, devenant ainsi la troisième force politique de la Knesset. En 2021, la Liste arabe unie (UAL) est entrée dans l’histoire en devenant le premier parti arabe à intégrer une coalition gouvernementale israélienne. Bien que ce gouvernement, dirigé par Naftali Bennett puis par Yaïr Lapid, n’ait duré que 18 mois, l’inclusion d’un parti arabe a représenté un tournant décisif.

Pourtant, les partis en campagne électorale en 2026 ignorent largement les électeurs arabes. Des dirigeants juifs de tous bords politiques même ceux du centre-gauche, notamment Bennett et Lapid, se sont engagés à ne pas inclure de parti arabe dans la prochaine coalition. Cette rhétorique d’exclusion risque de dissuader les citoyens arabes d’exercer leur droit de vote. Seuls 53 % d’entre eux ont voté en 2022.

C’est une erreur d’ignorer la réalité démographique d’Israël. La Déclaration d’Indépendance du pays promet une société solidaire et inclusive qui garantit l’égalité politique autant que l’égalité sociale.

Comme aucun parti n’a jamais obtenu la majorité absolue, les gouvernements de coalition constituent l’épine dorsale du système parlementaire israélien. Si le parti  » Ensemble  » dirigé par Bennett et Lapid remporte les élections, la formation d’une coalition sans parti arabe sera extrêmement difficile. Il en va de même pour le parti Yashar, dirigé par Gadi Eisenkot.

Les citoyens arabes ont accompli des progrès considérables dans de nombreux domaines. Leur présence croissante dans l’enseignement supérieur, l’emploi et en particulier le secteur médical témoigne de leur contribution essentielle à la réussite économique et universitaire d’Israël. Cependant, une pleine participation à la vie politique reste hors de portée. Il est profondément préoccupant de constater que même des dirigeants centristes excluent des citoyens en raison de leur seule identité arabe.

L’opinion publique, cependant, est plus avancée que les politiciens. Plus de 77% des citoyens arabes sont favorables à l’inclusion d’un parti arabe au sein du gouvernement. Parmi les citoyens juifs, ce soutien est bien moindre, environ 30 %. Cet écart reflète des tensions plus profondes dans les relations entre la majorité et la minorité. Un sondage national réalisé par Givat Haviva a révélé que 72 % des Israéliens juifs se méfient des citoyens arabes, tandis que 43 % des Arabes tiennent le même discours à l’égard des Juifs.

La polarisation est dangereuse pour la démocratie israélienne. Le pays a besoin de dirigeants qui représentent tous les citoyens et qui puissent tisser des liens authentiques entre ses différentes composantes. Or, la division est devenue une stratégie politique.

La politique d’exclusion

Pour former le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a incité Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir à fusionner leurs listes en 2022, les récompensant par la suite en confiant au premier le ministère des Finances et au second celui de la Sécurité nationale. Leur hostilité envers les citoyens arabes n’a fait qu’exacerber les divisions de la société.

La fragmentation est également manifeste au sein des deux camps politiques, juif et arabe. Avec un seuil électoral de 3,25 %, plusieurs partis ont peu de chances d’obtenir des sièges, ce qui représente un gaspillage de voix. Cet argument a fortement plaidé en faveur de la relance de la Liste unifiée, une initiative soutenue par 82 % des électeurs arabes.

Des députés arabes ont suggéré qu’une forte participation pourrait permettre d’obtenir jusqu’à 20 sièges. Démographiquement, cela est irréaliste. Même le record de 15 sièges sera difficile à atteindre. Les citoyens arabes représentent environ 17 % des électeurs inscrits, en raison de la pyramide des âges et des sous-groupes non citoyens.

Les négociations visant à relancer la Liste commune ont finalement échoué. Israël semble désormais se diriger vers la formation de deux listes arabes distinctes. L’UAL (Liste Arabe Unie de Mansour Abbas) devrait se présenter de manière indépendante, animée par son ambition d’intégrer le prochain gouvernement. Les trois autres partis arabes, Hadash, Balad et Ta’al, ne sont disposés qu’à apporter un soutien politique de l’extérieur à un gouvernement qui s’engagerait à améliorer les conditions socio-économiques des citoyens arabes et à mener des négociations de paix constructives avec les Palestiniens.

Auparavant, Mansour Abbas, leader de l’UAL, avait tenté de fédérer les quatre partis au sein d’une « liste technique commune » afin de garantir à tous de franchir le seuil électoral et d’éviter le gaspillage de voix. Mais l’échec des négociations rend cette stratégie caduque.

De leur côté, Smotrich et Ben-Gvir ont rompu leur alliance au lendemain des élections de 2022, tandis que le Parti travailliste et Meretz s’étant séparés avant les élections Meretz n’a pas réussi à franchir le seuil d’éligibilité et le Parti travailliste a été réduit à quatre sièges.

Malgré leurs divergences idéologiques, Abbas a indiqué qu’il soutiendrait la relance de la Liste unifiée si l’UAL pouvait s’en séparer après les élections, ce qui lui permettrait de poursuivre une participation à une coalition comme il l’avait fait il y a cinq ans, en supposant que le prochain gouvernement dirigé par des Juifs soit disposé à inclure un parti arabe.

L’opportunité de faire progresser les relations judéo-arabes grâce à un gouvernement plus inclusif est à portée de main. La question n’est pas de savoir si les citoyens arabes sont prêts au partenariat, ils le sont. La question est de savoir quel dirigeant politique juif aura le courage de saisir la main tendue.

 

Note de la rédaction:

VERS UN SÉISME POLITIQUE JUDÉO-ARABE EN ISRAËL ?
Yoav Segalovitz en passe de rejoindre Mansour Abbas!

Le journaliste Nahum Barnea a annoncé dans le Yedioth du 30 juillet 2026 que le député devrait rencontrer le président du parti arabe Ra’am en milieu de semaine prochaine, à son retour de vacances en Thaïlande, afin de finaliser son intégration à une place éligible sur la liste du parti. Des sondages montrent que Yoav Segalovitz est le seul homme politique de la société juive auquel les citoyens arabes accordent leur confiance. Cette éventuelle alliance pourrait avoir des conséquences majeures sur la position de Ra’am sur l’échiquier politique.

Selon les informations disponibles, Abbas mène parallèlement des sondages auprès des électeurs arabes et juifs afin d’évaluer l’impact potentiel de cette initiative sur les résultats des élections.
Cette coopération entre les deux hommes constituerait un tournant majeur, inédit dans la politique israélienne.

Yoav Segalovitz 67 ans, a dirigé la division des enquêtes de la police israélienne à une époque où celle-ci menait plusieurs enquêtes retentissantes contre de hauts responsables politiques, notamment l’ancien Premier ministre Ehud Olmert. Élu à la Knesset sur la liste de Yesh Atid, il a occupé le poste de vice-ministre de la Sécurité publique (auprès d’Omer Bar Lev) dans le gouvernement du changement Bennett / Lapid. À ce poste, il a pris la direction de la lutte contre la criminalité au sein de la société arabe, en coordonnant les efforts de plusieurs ministères et en obtenant des résultats significatifs.

Le programme qu’il avait mis en œuvre a toutefois été supprimé par le ministre Itamar Ben Gvir dès la formation du gouvernement actuel. Ben Gvir d’ailleurs a violemment réagi réagi à cette information. « Le masque est tombé. Pendant des années, j’ai dit que Segalovitz avait versé de l’argent aux organisations criminelles et les avait renforcées. Aujourd’hui, nous en avons la preuve : il rejoint Mansour Abbas sur une liste qui réjouira les organisations criminelles. Nous avons supprimé les financements que Segalovitz et Bennett avaient accordés à ces groupes sous le gouvernement soutenu par les Frères musulmans. Maintenant, Segalovitz et Mansour Abbas veulent les rétablir

Mansour Abbas, 52 ans et président de Ra’am, travaille actuellement à dissocier son parti des institutions religieuses du Mouvement islamique. Il s’est engagé à ouvrir le parti aux électeurs juifs ainsi qu’à des candidats juifs. En ce sens, Yoav Segalovitz est un candidat idéal… Il appartient au courant dominant de la société israélienne et bénéficie d’une grande estime dans la société arabe. Son adhésion ne constitue pas une simple manœuvre électorale ; elle représente une nouvelle étape dans l’évolution de Ra’am.

Cette alliance serait toutefois soumise à plusieurs conditions :
* les instances de Ra’am devraient adopter officiellement les appels lancés par Abbas dans ses discours en faveur d’une intégration à la société israélienne, y compris le service civil et l’acceptation de la Déclaration d’indépendance d’Israël ;
* elles devraient également autoriser Abbas à réserver à Segalovitz une place de premier plan sur la liste électorale.

Si cette alliance se concrétise, elle pourrait profondément modifier la place de Ra’am dans le paysage politique israélien. Aujourd’hui, à l’exception du parti Les Démocrates de Yaïr Golan, tous les partis d’opposition, y compris Yesh Atid le parti actuel de Segalovitz, excluent toute participation de Ra’am à une future coalition gouvernementale après les élections. Il leur serait beaucoup plus difficile de maintenir cette position si Segalovitz devenait le candidat de Ra’am au poste de ministre de la Sécurité nationale. Les répercussions au sein de la société arabe pourraient être tout aussi importantes. Si ce projet aboutit, ce serait l’une des surprises de la campagne électorale qui ne fait que commencer. Ce ne sera sans doute pas la dernière !

Ce ne sera pas la dernière !