Un point de vue palestinien sur le “plan de paix” américain (LPM)

“Ce document ne ressemble même pas à un plan de paix, non seulement parce qu’une des parties prenantes du conflit l’a déjà entièrement rejeté et a refusé la médiation de son auteur, mais aussi parce qu’il diverge complètement de la légitimité internationale et des résolutions des Nations Unies.”


Traduction : Nicole Belayche pour LPM

Photo : Le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, le conseiller Jared Kushner et le Président Donald Trump à l’hôtel King David de Jérusalem, le 22 mai 2017. © Kobi Gideon

Auteur : Ghassan KHATIB pour JMCC (Jerusalem Media and Communications Centre), 29 janvier 2020

http://www.jmcc.org/news.aspx?id=3817

Article mis en ligne le 3 février 2020 


Ramallah, 30 janvier 2020 – Le dévoilement du « plan de paix » américain si attendu – le « Deal du siècle » – n’a en rien surpris les Palestiniens. En réalité, le document nous apparaît comme une compilation des positions adoptées par l’administration américaine depuis l’élection de Donald Trump à la présidence. Ou encore, on pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’une traduction anglaise de la rhétorique de la droite israélienne martelée envers les Palestiniens ad nauseam : Jérusalem Est occupée doit rester une partie d’Israël, pas d’évacuation des installations juives illégales, pas de retrait de la vallée du Jourdain, pas de retour des réfugiés – pas un seul ! –, et la création d’un « avorton » d’entité palestinienne privée du contrôle de ses frontières, de son espace aérien et de force armée.

Assurément, ce document ne ressemble même pas à un plan de paix, non seulement parce qu’une des parties prenantes du conflit l’a déjà entièrement rejeté et a refusé la médiation de son auteur, mais aussi parce qu’il diverge complètement de la légitimité internationale et des résolutions des Nations Unies.

Ce qui apparaît comme le « tour de magie » de ce plan est simplement qu’il rend légales toutes les pratiques illégales de l’occupation israélienne – en légitimant la confiscation de terres, en donnant aux colons le droit de vivre dans un territoire occupé, en normalisant la loi de l’occupant sur les terres occupées, en donnant même le feu vert à l’annexion, etc.

Ceci devrait poser une question au reste de la communauté internationale : un tel feu aux poudres est-il acceptable dans la politique internationale et dans la résolution du conflit ?

Les États-Unis et Israël n’ont pas réussi à convaincre un seul membre important de la communauté internationale d’approuver ce plan. Malgré la propagande du Premier ministre Benjamin Netanyahu selon laquelle ce plan améliorerait les relations d’Israël avec certains États arabes, la grande majorité des ambassadeurs arabes en poste à Washington semble avoir boudé l’invitation des administrations à la cérémonie de présentation du plan à la Maison Blanche. Seuls trois États arabes (dont deux vraiment marginaux) s’y sont montrés.

De surcroît, les chefs de l’Union Européenne, du Royaume-Uni, de la Russie et d’autres pays-clés ont tous exprimé leurs réserves et ont réitéré leurs positions – en soulignant l’absence de soutien international à ce plan.

Il serait plus juste de dire que l’événement ressemblait davantage à une campagne promotionnelle qu’à une cérémonie destinée à faire la paix. L’agenda de la proposition – qui est sur le métier depuis trois ans désormais – semble entièrement dépendant des nécessités politiques internes de Netanyahu et de Trump, plus que d’autre chose. Netanyahu, qui est confronté à de sérieuses menaces à la tête d’Israël à l’occasion d’une troisième élection en un an et qui a été inculpé pour des faits de corruption juste aujourd’hui, a besoin d’un renfort important de son allié à Washington. En retour, Trump espère renforcer ses soutiens de la part des amis d’Israël aux États-Unis, aussi bien les Juifs qui sont sur une ligne dure que les Chrétiens évangéliques, au moment où il affronte la procédure de destitution et la campagne en vue de gagner de nouveau en 2020.

Les Palestiniens, qui n’ont jamais été aussi unis, ne sont pas troublés par ce plan. En réalité, ils n’en attendent aucune conséquence dramatique, sinon un appétit toujours plus grand d’Israël à violer leurs droits. Il y a ici en Palestine la conviction profonde que la lutte contre l’occupation ne dépendra pas de plans ou de propositions, mais de la lutte sur le terrain. Nous sommes un peuple occupé qui tient fermement à sa terre et qui se tient résolument debout, alors que les forces israéliennes consolident leur occupation illégale.

Du coup, la seule vraie victime de ce plan et de l’alliance renforcée entre Netanyahu et Trump est la solution à deux États. Même si l’administration de Trump reconnaît finalement la nécessité de deux États, les détails actuels du plan démontrent qu’aucun État digne de ce nom n’est envisagé pour les Palestiniens. L’abandon de la solution à deux États est une perte non seulement pour la plupart des Palestiniens – qui ont plaidé depuis longtemps que cette solution accorde dignité et justice aux deux peuples –, mais encore plus pour les Israéliens. Les générations israéliennes à venir seront confrontées au défi de leurs aspirations démocratiques et de leurs valeurs morales face à ce qui est de fait un apartheid en train de s’installer sur le terrain.