Le coût social de l’occupation


Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


La commission d’enquete parlementaire sur les disparites sociales en
Israel a publie cette semaine un rapport de 55 pages traitant des
raisons de l’elargissement du fosse socio-economique dans le pays au
cours des vingt dernieres annees. Bien que la commission comprenne tous
les membres de la Knesseth se definissant comme “socialement engages”
du president Ran Cohen (Meretz) au militant Amir Peretz (Une Nation)
ils sont parvenus aux memes conclusions que les plus severes des
economistes il y a des annees : l’economie israelienne a epuise ses
capacites a imposer des taxes sur le travail et accroitre la
redistribution par le jeu des allocations.

On constate que malgre une augmentation drastique des budgets des
services sociaux education, sante, logement, absorption des immigrants
et allocations de securite sociale durant les deux dernieres decennies
(28 % du budget de l’Etat il y a vingt ans et 54 % aujourdhui) le fosse
social na fait que se creuser, avec pour resultat qu’Israel se trouve
aujourdhui tres mal classe en termes d’inegalite entre riches et pauvres.

Il y a trente ou quarante ans, la societe israelienne etait bien plus
egalitaire. Mais ces vingt dernieres annees ont vu s’accroitre fortement
les differences sur l’eventail des revenus du travail, du capital et des
retraites. En 1979, l’indice d’inegalite etait de 0.43, alors quen 2001
il avait atteint le dangereux seuil de 0.53. Que s’est-il passe ?

Les Territoires : Israel investit des sommes pharamineuses dans les
Territoires, pour batir des colonies, construire des routes de
contournement, assurer la securite des colons et leur accorder
deductions fiscales et avantages de toutes sortes. De toute evidence,
quand des credits supplementaires vont a un groupe privilegie, il ne
reste plus d’argent pour le reste. Du fait des limites politiques
imposees a la commission parlementaire dirigee par le depute Ran Cohen
par sa composition, elle n’a pas couvert ce chapitre essentiel.

La guerre : La situation economique qui a prevalu ces deux dernieres
annees interdit toute reprise de la croissance. Le chomage va par
consequent grossir et avec lui les inegalites. L’etat de guerre se
prolongeant, voire s’aggravant, il ny a guere de chances que l’economie
soit en mesure d’echapper a la recession. En d’autres termes, la
situation politico-militaire est l’une des causes principales des
disparites sociales.

Les infrastructures : Du fait des enormes investissements mis dans les
Territoires et de la conduite de la guerre, il n’y a plus assez de fonds
a investir dans la construction d’infrastructures (routes et autoroutes,
egouts, adduction d’eau) ; cela induit une situation ou la peripherie
le sud du pays surtout reste a la traine, coupee du centre ou ses
habitants, dont le niveau de vie est ainsi affecte, peuvent
difficilement trouver un meilleur emploi.

L’education : Il ne reste pas assez d’argent pour ameliorer la qualite
de l’enseignement a la peripherie. Plus on s’eloigne du centre, plus bas
est le niveau. Or, le rapport direct entre niveau d’education et niveau
de revenu est prouve.

Les travailleurs etrangers : l’afflux massif de travailleurs etrangers
en Israel au milieu des annees 90, a la place des Palestiniens, a eu
pour effet la baisse des salaires des ouvriers, les etrangers acceptant
de travailler contre une retribution extremement faible. Les
travailleurs etrangers ont ainsi entraine les ouvriers dans le cycle du
chomage, faisant deux des allocataires du revenu minimum garanti. Au
lieu que l’Etat rende le cout d’un travailleur etranger trop eleve pour
etre rentable, c’est le contraire qui s’est produit. A l’heure actuelle,
employer un etranger revient 40 % moins cher qu’un Israelien, et la
Commission de l’Emploi et des Affaires sociales de la Knesseth vient de
repousser une proposition de taxe sur l’emploi des etrangers tant les
interets des agences de placement (dont certaines ont leurs entrees au
gouvernement), des industriels et des fermiers sont plus puissants que
tous les discours sur la lutte contre le chomage.

Les ultra-orthodoxes : 80 % des hommes de ce secteur ne travaillent
pas ce qui represente une augmentation drastique par rapport aux 50 %
des annees 80 ; ils vivent miserablement aux frais de l’Etat en tant
qu’etudiants de yeshivah. A vrai dire, meme s’ils voulaient accomplir un
travail productif ils en seraient incapables, les ecoles qu’ils ont
suivies ne leur enseignant aucune des matieres indispensables pour
gagner correctement leur vie : ni anglais ni maths, ni histoire ni sciences.

Alors que le fosse entre riches et pauvres s’est constamment creuse ces
vingt dernieres annees, l’Etat a trouve une idee de genie pour se donner
bonne conscience : taxer les revenus du travail et redistribuer le
produit en l’affectant a l’augmentation des allocations de la Securite
sociale en particulier.

Quoiqu’il en soit, cette solution tiree par les cheveux a prouve son
inanite. Malgre la lourde imposition des deux plus hauts degres de
l’echelle socio-economique et la large redistribution au profit des deux
plus bas degres, l’inegalite des revenus na fait que croitre durant les
vingt dernieres annees. Resultat, les impots sur les revenus du travail
sont si eleves qu’ils sapent toute envie de travailler ou de monter une
affaire ; qui plus est, ils encouragent l’emigration. Pendant ce temps,
une generation a grandi qui s’est habituee a vivre d’allocations et de
revenu minimum garanti et les disparites vont s’aggravant, dechirant
ainsi le fragile tissu social.