Julie FISHER : LES KIBBUTZIM S’IMPLIQUENT DANS L’AIDE AUX DEMANDEURS D’ASILE


Malgré le niveau élevé du sentiment anti-réfugiés en Israël, beaucoup d’Israéliens se sont proposés pour aider « les étrangers parmi nous ».

J’étais là, debout dans le parking de l’épicerie à Pittsfield, Massachusetts, dans le comté de Berk, les larmes coulant sur mon visage. Mon mari, inquiet, finit de charger nos achats dans la voiture et courut vers moi, avec anxiété, se demandant quelles mauvaises nouvelles j’avais apprises. Effectivement, j’avais reçu d’étonnantes nouvelles. Je venais de lire un émouvant article de Diana Kraft dans le « Christian Science Monitor ». Celui-ci concernait Rawhe, une réfugiée fuyant la violence en Erythrée qui vivait pauvrement avec ses deux petites filles, dans le sud de Tel-Aviv. Rawhe avait récemment été accueillie dans la belle communauté du kibboutz Ma’agan Michaël où ses besoins vitaux seraient satisfaits. J’avais fondu en larmes en lisant la belle description de Rawhe et sa fille rencontrant leur nouvelle « savta » (grand-mère) adoptive. La fille de Rawhe déclara : « Maman, nous avons maintenant une grand-mère et un grand-père. Ici, nous allons à la piscine, nous allons à la mer. Ici, nous pouvons rire. »

J’avais suivi le voyage de Rawhe traversant l’océan pendant que je rendais visite à ma famille au cours de l’été. Rawhe vivait dans la misère après que son mari l’eut quittée, lui laissant l’argent du loyer pour un mois seulement et deux petits enfants à nourrir. Quand nous prîmes connaissance de sa situation, elle était sur le point de perdre son toit et avait été désignée par un volontaire du mouvement du kibboutz, le docteur Avi Ofer, comme candidate potentielle au programme de réinstallation. Nous attendions, le cœur battant, de savoir si le projet allait réussir et si Rawhe et ses deux enfants avaient une chance de trouver un refuge.

DU KIBBUTZ SASA DANS LE NORD AU KIBBOUTZ SAMAR AU SUD, LES KIBBUTZIM OUVRENT LEURS BRAS ET LEURS CŒURS, POUR OFFRIR UN HAVRE DE PAIX AUX PLUS VULNERABLES   DES DEMANDEURS D’ASILE EN ISRAËL.

Plusieurs mois auparavant, le secrétaire général du mouvement du kibboutz, Nir Meir, et le docteur Avi Ofer avaient envoyé une requête à tous les kibboutzim israéliens, priant les communautés d’accueillir les demandeurs d’asile africains qui, dans les faubourgs de Tel-Aviv, affrontent des conditions de vie difficiles et un avenir incertain : « Nous appelons les kibboutzim à faire tous leurs efforts pour accueillir… les demandeurs d’asile… et leur procurer, autant que possible, des abris et du travail. C’est un moment décisif pour nous tous et ce peut être notre moment de fierté. S’il vous plaît, répondez généreusement en accord avec nos valeurs en tant que kibboutzniks, juifs, et êtres humains. »

Durant ces derniers mois, beaucoup de kibboutzim, grands et petits, riches ou disposant de peu de ressources, ont répondu à cet appel et accueilli les familles des demandeurs d’asile. Une femme, membre d’un kibboutz au centre d’Israël, Anat Bar-Natan Kigel, a expliqué en ces termes, dans une vidéo récente, son soutien au projet : « Mes grands-parents furent des réfugiés au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont traversé la Russie depuis la Lithuanie… et ont survécu grâce à des gens de bien et beaucoup de chance . Aussi, il semble naturel que nous soyons nous-mêmes des gens de bien sur la route d’autres réfugiés… et que nous leur permettions d’avoir une vie heureuse et un endroit sûr pour y demeurer. »

Une autre femme membre d’un kibboutz, Yarda Livney, explique son rapport personnel au soutien des individus en péril : « En tant que Juifs, nous avons tous été des réfugiés ou bien nos ancêtres l’ont été… Nous le sentons réellement dans nos cœurs. Personnellement, je le ressens car mon père était marin sur l’Exodus. Il a transporté des Juifs depuis l’Europe après l’Holocauste… Je suis profondément heureuse que notre communauté ait décidé d’apporter son soutien à ce projet. » 33 000 demandeurs d’asile africains (sur un total de 60 000) vivent actuellement en Israël . Ils fuient la violence et le génocide en Erythrée et au Soudan (aucune nouvelle arrivée en provenance de ces pays n’a eu lieu depuis plusieurs années, suite à la construction d’une clôture le long de la frontière israélo-égyptienne.)

Environ 10 000 réfugiés vivent dans les quartiers sud de Tel-Aviv. Là, la vie a toujours été difficile pour les réfugiés et les demandeurs d’asile. Maintenant, il est presque impossible pour eux d’y satisfaire leurs nécessités vitales. En effet, en raison de la « Loi de Dépôt », qui enjoint aux employeurs de retirer 20% des salaires des demandeurs d’asile (qui s’ajoutent aux 16% de taxes), beaucoup de réfugiés vivent dans la peur de perdre leur toit et luttent pour se nourrir ainsi que leurs enfants. Tragiquement, beaucoup se sont tournés vers la prostitution afin de payer nourriture et loyer. Le kibboutz constitue un havre de paix pour ces familles vulnérables. Il leur procure des maisons propres et sûres, du travail, des soins pour les enfants et l’accès aux travailleurs sociaux et aux professionnels de santé mentale. Ce relogement soulage aussi les résidents du sud de Tel-Aviv du fardeau qui pèse sur eux. Dans mon travail avec le « Consortium pour Israël et les demandeurs d’asile », j’ai l’occasion de rencontrer des personnes qui aident les réfugiés en procurant de la nourriture à ceux qui n’ont rien à manger, et  des soins médicaux et psychologiques à ceux qui ont subi des viols et des tortures dans le Sinaï. Nous travaillons à unir les volontaires, les donateurs, les membres de la communauté concernés et les directions d’organisations afin de partager informations et ressources.

Malgré le haut niveau du sentiment anti-réfugiés en Israël comme dans d’autres endroits du monde, beaucoup d’Israéliens ont proposé leur soutien pour aider « les étrangers parmi nous ». C’est l’occasion d’aider Israël et les demandeurs d’asile africains, et de soutenir le travail efficace des Israéliens qui, sur le terrain, montrent la voie. Durant Sukkot, la fête que nous célébrons dans des abris temporaires, mes pensées vont vers ceux parmi nous qui ont besoin d’un abri temporaire car leurs maisons natales ne sont pas sûres en raison du génocide, de la torture et d’autres formes de violence et de persécutions religieuses.
Chaque jour, je vérifie sur mon téléphone qu’une nouvelle famille a été relogée . Et, oui, je pleure encore de joie chaque fois que je lis qu’une nouvelle famille a été soustraite à une vie de chagrin et de misère et a été adoptée par le cercle chaleureux de la communauté d’un kibboutz. Si vous voulez en savoir plus sur le projet de relogement du kibboutz qui transforme la vie des réfugiés et la rend meilleure, contactez-moi : julie@israelandasasylumseekeers.org.

Traduction : Armande Kaplanski

A propos de l’auteur de l’article

Educatrice et militante, Julie Fisher s’emploie à renforcer les liens entre les Etats-Unis et Israël, particulièrement dans le domaine de l’éducation, de la culture et de la philanthropie. Fondatrice du Consortium pour Israël et les demandeurs d’asile, elle coordonne les actions des volontaires, des donateurs et l’aide humanitaire en faveur de la communauté africaine de demandeurs d’asile.