Ils ont peur de la paix


article en anglais sur le site d’Haaretz

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Si le chef du gouvernement choisit d’appliquer l’initiative de Geneve, il entrera dans les annales de l’Histoire comme celui qui a fonde Israel en tant qu’Etat juif et democratique dans le cadre d’un accord. Cet evenement sera encore plus important que la Declaration d’Independance de 1948, car il s’agissait alors d’un geste unilateral, qui n’avait ete reconnu que par quelques Etats dans le monde.

L’initiative de Geneve prouve qu’il existe bel et bien un partenaire de l’autre cote, et qu’il y a une alternative au bain de sang. L’attaque paniquee du chef du gouvernement et de ses ministres contre le Parti travailliste, l’opposition et les initiateurs de ce document ne peut, par consequent, etre interpretee que d’une seul maniere : ils ont peur.

Ils craignent la paix, car l’essence meme de ces gens du refus, c’est la provocation, l’intimidation et le combat. Et ils ont peur. Car desormais nombreux sont ceux qui sont susceptibles de comprendre que durant trois ans, on les a trompes. Durant trois ans, le chef du gouvernement s’est livre a un lavage de cerveau, en faisant croire a l’opinion que seule la force pouvait apporter la victoire.

Lui et ses amis ont fait croire qu’ “il n’y avait vraiment personne a qui parler “, que “Tsahal etait en mesure de vaincre “, et que si l’on persistait a employer la force, les Palestiniens finiraient par se briser.

Ils ont dit aux citoyens que s’ils etaient forts, le terrorisme cesserait. Mais la situation n’a fait qu’empirer. Les liquidations (qui sont devenues l’unique politique du gouvernement), non seulement n’ont pas liquide le terrorisme, mais menacent de liquider ce qui reste encore debout dans notre Etat. Les actes de terreur se multiplient, l’economie continue de sombrer et la societe de se desagreger. La realite demographique menace l’existence d’Israel comme Etat juif. Mais tout cela n’a pas pousse le gouvernement a explorer une autre voie.

Nous avons abouti a cette initiative de Geneve apres de longs mois de dur labeur. Bien que nul d’entre nous n’ait pense que des le lendemain matin nous commencerions a appliquer cet accord, nous avons mene une guerre sur chaque detail, chaque centimetre, comme s’il s’agissait d’un accord reel. C’etait une guerre, mais sans morts. Nous avons transpire, mais sans uniformes. Nous avons mene un combat pour Jerusalem, pour le Mont du Temple et pour le Goush Etzion (groupe d’implantations au-dela de la Ligne verte, construit par les descendants et les survivants d’un groupe de kibboutzim conquis et detruits lors de la guerre d’independance par la Legion jordanienne, ndt). Nous avons combattu pour les frontieres definitives de l’Etat d’Israel, pour son existence et son identite, et nous avons obtenu de nombreux succes.

Pour la premiere fois dans l’Histoire, les Palestiniens ont reconnu publiquement et officiellement qu’Israel etait l’Etat du peuple juif pour l’eternite. Ils ont renonce au droit au retour dans les frontieres de l’Etat d’Israel. Une majorite juive ferme et stable lui est ainsi garantie. Le Mur des lamentations, le quartier juif de Jerusalem et la tour de David resteront entre nos mains. Le noeud coulant qui enserre Jerusalem sera elimine, et la chaine d’implantations qui l’entoure, Givat Zeev, le vieux et le nouveau Giv’on, Maale Adoumim, Goush Etsion, Neve Yaakov, Pisgat Zeev, la Colline française, Ramot, Guilo et le Palais du gouverneur, feront partie du
grand Jerusalem pour toujours. Aucun habitant de ces quartiers ne quittera sa maison.

Il est tres facile de critiquer ces resultats, il est tres facile de faire de la provocation, mais tout cela n’est que l’expression de la panique. Il y a bel et bien avec qui parler, et il est possible de transformer la realite des demain matin, si seulement le gouvernement le desire. Le probleme, c’est qu’Ariel Sharon ne veut pas aboutir a un accord, et il n’a pas le courage qui est necessaire aux leaders pour regarder de l’avant. Sa prise de decision s’effectue selon des considerations politiciennes, et reflete la soumission aux extremistes. Le courage du chef du gouvernement et
de ses ministres s’exprime dans leur capacite a mentir et a pretendre qu’il n’y a pas d’autre choix. D’ou tirent-ils cette audace d’envoyer des soldats a la mort dans une guerre qui n’est nullement imposee par la realite?

L’initiative de Geneve est un petit enfant qui crie que le roi est nu et que le gouvernement nous conduit a la catastrophe. Ses reactions furieuses le prouvent. Il se panique, et a juste titre. Un leader qui consciemment et deliberement conduit son peuple a la guerre, et laisse couler pour rien le sang de ces citoyens, n’est plus un chef legitime. Et aujourd’hui, tout le monde le comprend. Au lieu de nous expliquer pourquoi il n’a pas agi lui-meme en vue d’obtenir un accord semblable, ce gouvernement fait de la provocation. Il excelle en provocation. Tout comme ce fut le cas place de Sion il y a 8 ans (a Jerusalem, manifestation au cours de laquelle furent tenus des propos haineux envers Yitzhak Rabin, alors chef du gouvernement, Ndt). Maintenant, le gouvernement fait cela depuis sa table de reunion, mais les mots restent les memes.

L’initiative de Geneve est un modele, non un document officiel entre gouvernements. C’est une proposition pour un accord definitif, agree par les deux parties. Elle a deux particularites : elle signe la fin du conflit, et ne laisse subsister aucun point d’interrogation ; les details, jusqu’au dernier, ont ete regles, et aucune partie n’a de revendication supplementaire a formuler. Un autre avantage est le fait que la partie palestinienne est representee par une direction authentique et large, qui beneficie de l’appui et du soutien de l’Autorite palestinienne et des militants de terrain.
Le gouvernement d’Israel peut se saisir de cette initiative telle quelle et l’appliquer demain matin, et il peut egalement en faire une base de nouvelle negociation. Le devoir du public est d’exiger du gouvernement qu’il fasse l’une de ces deux choses. J’espere vivement que les citoyens israeliens, qui recevront chacun le texte de l’accord et pourront en examiner tous les details, ne se laisseront pas entrainer par la folle provocation de ce gouvernement pris de panique, et de ceux a gauche qui soutiennent sa politique.

L’initiative de Geneve represente un tournant historique, car elle permet aux gouvernements, s’ils le veulent, de comprendre exactement ce que chaque partie est prete a conceder pour aboutir a la fin du conflit. S’ils n’adoptent pas cet accord et ne prennent aucune initiative alternative, nous continuerons a vivre par le glaive. La decision est entre nos mains.