Le lexique de l’occupation : décryptage


[article en anglais sur le site d’Haaretz->
http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=302161&contrassID=2&subContrassID=4&sbSubContrassID=0&listSrc=Y]


Le discours politique israelien s’appuie sur des termes dont le sens est
devenu si distordu que la comprehension de la realite qui se cache derriere
ces termes s’est distordue, elle aussi. En voici quelques exemples :

1/ “Bouclage”
A la veille du sommet d’Akaba, Tsahal annonca que “le bouclage etait leve”.
Les journalistes de la radio s’empresserent d’annoncer : “le bouclage est
leve”. Puis tout le monde s’etonna que les Palestiniens ne se montrent pas
reconnaissants. Repetons-le pour la millionieme fois : le bouclage impose
aux Palestiniens n’est jamais leve ; il est un peu allege, parfois. Le
regime du bouclage en Cisjordanie et a Gaza a ete instaure en janvier 1991
et se poursuit depuis sans interruption. Avant Oslo, avant la creation de
l’Autorite palestinienne, et avant les attentats suicides dans les villes
israeliennes. Depuis lors, Israel mene une politique a l’emporte-piece qui
empeche les Palestiniens de se deplacer. Les autorites militaires accordent
des laissez-passer a une minorite de Palestiniens. Quand elles le veulent,
il s’agira d’une grosse minorite, et sinon, d’une petite minorite.
Il y a des bouclages “ordinaires qui ont trait aux deplacements depuis les
territoires jusqu’en Israel, et depuis Gaza jusqu’en Cisjordanie. Et il y a
des bouclages “interieurs” qui, ces deux dernieres annees, sont tres serres.
Des centaines de checkpoints et de barrages empechent les deplacements d’une
ville a l’autre, d’un village a l’autre. Il y a des endroits ou les gens
sont autorises a traverser a pied, a marcher un ou deux kilometres d’un
vehicule a l’autre. Quelquefois, en certains endroits, on interdit aux gens
de sortir de leur ville ou de leur village. Certains passent outre en
empruntant des chemins de traverse. Souvent, ils sont pris par les soldats
et, en guise de punition, sont retenus pendant des heures au sommet d’une
colline ou a un carrefour, sous le soleil ou dans le froid, et ce partout en
Cisjordanie. Les Palestiniens n’ont pas le droit d’emprunter les grandes
autoroutes de Cisjordanie, reservees aux colons.

2/ “Checkpoints” :
Les Israeliens sont convaincus qu’ils servent a empecher les terroristes de
parvenir en Israel. Personne ne se demande de quelle maniere les checkpoints
entre villes et villages remplissent cette fonction, meme quand lesdits
villes ou villages sont eloignes de la Ligne verte ou d’une colonie. Un
checkpoint fait du mal, et pas seulement economiquement. Son objectif est de
harceler et d’humilier, tous les jours. Il implique des conflits constants
avec les soldats, comme lundi dernier, au checkpoint de Sudra, au nord de
Ramallah. Ceux qui veulent passer doivent marcher environ deux kilometres,
d’un taxi a l’autre. Les ambulances n’ont pas le droit de passer. Les vieux
et les malades sont pousses sur des chaises roulantes fournies par les
services de secours palestiniens. parfois, quand il n’y a pas d’autre choix,
les malades sont poses sur de petites charrettes qui habituellement servent
a transporter du materiel lourd.
Lundi apres-midi, une unite de Tsahal fit mettre en rangs des hommes qui
rentraient chez eux, de chaque cote du checkpoint. Ceux qui venaient de
Ramallah furent controles, puis autorises a passer, tres lentement. Ceux qui
venaient du nord, principalement des etudiants, durent rester en rangs
pendant une heure, sans personne pour les controler. Selon un temoin,
professeur d’universite, l’un des soldats allait et venait constamment le
long de la rangee pour “maintenir l’ordre”. L’atmosphere etait relativement
detendue, il ne faisait pas trop chaud et les etudiants bavardaient. L’un
d’entre eux gloussa. Pour une raison inconnue, le soldat se mit en colere,
se rua sur l’etudiant et lui frappa l’estomac avec la crosse de son fusil.
L’etudiant le regarda droit dans les yeux. Le soldat serra le poing et le
frappa au visage. (Tshal n’a pas reagi a l’heure ou nous mettons sous
presse).

3/ “Avant-postes illegaux” :
A l’origine, l’intention etait d’agrandir les colonies, pendant le processus
d’Oslo, sans entraves. Entre temps, la plupart ont ete legalises, de jure ou
de facto. On a tendance a l’oublier. Utiliser le terme “illegal” fait
oublier le fait que la loi internationale interdit toute colonisation de la
Cisjordanie et de Gaza, car elle interdit au pouvoir occupant de deplacer sa
population dans le territoire occupe. Mais foin de la loi internationale!
S’il est si naturel pour des Juifs de Tel-Aviv ou de Ra’anana de s’installer
dans de nouvelles colonies pres de Ramallah ou de Hebron, pourquoi des
Palestiniens de Gaza ou de Ramallah ne pourraient-ils pas s’installer dans
des quartiers proches de Tel-Aviv (et finances par le gouvernement)?
Pourquoi les droits supplementaires dont jouissent les Juifs entre la
Mediterranee et le Jourdain sont-ils si evidents?

4/ “Nous ne voulons pas controler la population palestinienne” :
Ariel Sharon a dit cela pour corriger l’impression laissee par sa
declaration selon laquelle il fallait en finir avec l’occupation. Rien de
nouveau la-dedans. Deja, au debut du processus d’Oslo, il etait clair
qu’Israel ne desirait pas s’encombrer de la responsabilite de controler une
population civile sans droits civiques et qui ne voulait pas etre controlee.
Israel a donc transfere a l’Autorite palestinienne toutes les
responsabilites civiles, sans pour autant lui accorder la moindre autorite
sur la terre de Cisjordanie. Des Juifs accepteraient-ils de vivre sous des
“Conseils juifs” autonomes, dans des enclaves fermees, et sans reserves de
terres? Pourquoi les Palestiniens l’accepteraient-ils, sans terre, ni eau,
ni liberte de mouvement, soit les ingredients necessaires au developpement
de n’importe quelle communaute humaine? Alors, pourquoi considerer la
declaration de Sharon comme un grand pas sur le chemin de la paix?