Selon l’auteur de l’article,  “Netanyahu n’a rien fait pour modifier le terrible équilibre stratégique qui s’est instauré entre nous et Gaza.” Et si l’on changeait de logiciel, plutôt que d’obtenir la tranquillité au seul moyen d’opérations militaires? Encore faudrait-il de nouvelles idées et de la créativité. Elles semblent faire cruellement défaut tant à droite qu’à gauche …


Traduction : Bernard Bohbot pour LPM

SAMAR ABO ELOUF/ REUTERS

Ha’Aretz, 6 mai 2019

Auteur : Raviv Drucker

https://www.haaretz.com/opinion/.premium-what-if-israel-let-gaza-have-an-airport-gas-field-and-desalination-plant-1.7208012

What if Israel Let Gaza Have an Airport, Gas Field and Desalination Plant?


Et si l’on avait fait l’inverse ? Imaginons qu’Israël ait permis la construction d’un port en eau profonde pour Gaza, la reconstruction de l’aéroport de la bande de Gaza et même la construction d’une usine de dessalement pour que les Gazaouis jouissent d’un approvisionnement fiable en eau potable.

Imaginons un instant qu’Israël ait permis le développement du champ de gaz naturel au large de Gaza. En 2000, le Premier Ministre Ehoud Barak avait transféré les droits sur ces réserves à l’Autorité palestinienne. La Deuxième Intifada a éclaté par la suite.

Le successeur de Barak, Ariel Sharon, s’est opposé à tout développement du gaz palestinien en affirmant que les revenus seraient utilisés pour financer le terrorisme et qu’il serait préférable d’importer du gaz d’Égypte. British Gas, qui détenait les droits de développement des réserves gazières palestiniennes, a renoncé ; le permis d’exploration a expiré. Depuis lors, un trésor s’est accumulé au large de la côte de Gaza, qui pourrait transformer le territoire en lui fournissant toute l’électricité dont il a besoin et en améliorant son niveau de vie. Mais il n’en est même pas question. Après tout, il est inconcevable pour Israël d’autoriser le développement du gaz palestinien.

Aujourd’hui encore, malgré toutes les déceptions, des États et des entreprises pourraient sans doute se lancer dans des projets aussi ambitieux, rendant possible la transformation de la bande de Gaza. Des projets de cette envergure emploieraient des dizaines de milliers de personnes, ce qui réduirait son horrible taux de chômage. Cela offrirait de l’espoir à 1,5 million de personnes désespérées et réduirait la dépendance directe de Gaza vis-à-vis d’Israël et de l’Égypte.

Mais l’establishment de la défense s’y oppose, donc pas question que le Premier Ministre Benjamin Netanyahu aille à l’encontre de ses recommandations (sauf en cas de l’achat de sous-marins). Certes,  ce n’est pas tout l’establishment de la défense qui s’y oppose, mais les chefs ont toujours intérêt à s’opposer à de telles démarches : si elles réussissent, ils n’en tireront aucun mérite ; si elles échouent, il y aura une commission d’enquête.

En outre, il est malséant, gauchiste et naïf de considérer le développement économique comme susceptible d’empêcher que la situation sécuritaire empire? Les mêmes généraux qui nous ont amenés à la situation actuelle nous expliqueraient immédiatement qu’un port serait utilisé pour faire entrer clandestinement des armes qui changeront le rapport de force sur le terrain, que les avions s’écraseraient sur nos maisons et que les recettes du gaz serviraient à renforcer le Hamas.

Combien de temps a-t-il fallu à Israël pour paralyser l’aéroport palestinien de Dahaniyeh au début de la seconde Intifada ? Une minute et demie ? Quel mal pourrait-il résulter d’essayer de le reconstruire ? De toute façon, cela prendrait des années. Peut-être en sortirait-il quelque chose de bon, comme un changement d’orientation. Le Hamas ne changera pas de position, mais il n’a en outre aucun intérêt à se confronter à une population qui entrevoit un horizon positif.

De plus, de tels projets seraient un excellent moyen de réintroduire l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza sous une forme ou une autre. On suppose qu’Israël conditionnerait une telle entreprise à la non-intervention du Hamas. De toute évidence, rien ne se passe dans la bande de Gaza sans le Hamas, le Hamas serait donc impliqué, mais l’Autorité palestinienne aussi.

Les grandes lignes du débat israélien sur Gaza sont déprimantes. Benny Gantz reproche à la droite de manquer de moyen de dissuasion, tandis que la droite reproche à Netanyahu de manquer d’esprit de décision. Le premier ministre semble maintenir la position la plus modérée et la plus conciliante, évitant ainsi à plusieurs reprises une confrontation totale.

Mais en même temps, Netanyahu n’a rien fait depuis une décennie pour changer l’équilibre stratégique terrible qui s’est instauré entre nous et Gaza. Sa marge de manœuvre allait de l’augmentation de la quantité de marchandises entrant par Kerem Shalom les bons jours, à la réduction de la zone de pêche les mauvais jours. Il n’y a pas de nouvelles idées, aucune créativité, seulement l’espoir que les Égyptiens réussiront à nous acheter un peu plus de tranquillité, sinon nous lancerons l’Opération Bordure protectrice II ou l’Opération Plomb durci III, ou autre – afin de ne pas être présentés comme des naïfs qui croient que les carottes pourraient aussi être importantes.

AUTEUR : Raviv Drucker, collaborateur au Ha’Aretz