« Sans loyauté, pas de citoyenneté »

Thème : Politique intérieure israélienne

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 12 février 2009
par Leon Deouell

Le parti Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman a axé toute sa campagne sur le slogan « Pas de citoyenneté sans loyauté », visant spécifiquement les citoyens arabes auxquels il suggère de n’accorder la citoyenneté qu’en échange d’un serment de « loyauté ». Cet article cherche à démontrer que les Arabes ne sont pas seuls touchés par cet état d’esprit. Tout esprit libre devrait se sentir visé. Malheureusement, les élections sont passées avec le résultat qu’on sait. On peut se consoler en se disant qu’un Lieberman ministre de la police (par exemple) sera très occupé à se débarrasser de ses nombreuses casseroles judiciaires avant de mettre en oeuvre son programme

Yediot Aharonot, 5 février 2009

http://www.ynetnews.com/articles/0,...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Le slogan « Sans loyauté, pas de citoyenneté » appartient aux régimes les plus sombres de l’histoire. Sous ces régimes, les gens sont détenus, torturés, envoyés aux travaux forcés, ou, tout simplement, ils « disparaissent » parce que quelqu’un les a soupçonnés d’être déloyaux. Sous ces régimes, les citoyens vivent dans la peur et craignent de parler car on pourrait interpréter leurs propos comme une critique. Ils se racontent des blagues en secret (plus de programmes satiriques à la télévision, bien sûr) tout en ayant peur que les voisins ou les amis les entendent.

« Sans loyauté, pas de citoyenneté ». Apparemment, cela semble si logique, cela parle à notre sens de la justice naturelle. C’est la raison pour laquelle ce slogan paraît légitime. Pourquoi le pays devrait-il faire du bien à ceux qui lui sont déloyaux ou lui veulent du mal ? Mais c’est justement le piège qui mènera à une vie de peur. Après tout, qui va déterminer le degré de loyauté ? Et comment faire la distinction entre déloyauté et désaccord avec la position des autorités ? A partir du moment où la déloyauté est déterminée par les autorités, toute forme de critique sera interprétée comme de la déloyauté.

Lieberman ne parle pas de nous, disent la plupart des citoyens. Mais si. Lieberman parle de quiconque est en désaccord avec sa perception du pays et de son chemin. S’il vous plaît, prenez le temps de lire le programme d’Israel Beitenou : il ne cache rien. Dans la partie « Citoyenneté et Egalité », sous le titre « Une attitude plus ferme à l’égard de la subversion », il est écrit : "Nous ferons en sorte d’interdire les partis et organisations dont les paroles ou les actes constituent une subversion contre l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif sioniste et menacent son existence."

Puis, regardez les pubs télévisées de la campagne d’Israel Beitenou, qui montrent quelques exemples de déloyauté suivis d’une voix menaçante qu scande "Pas - de - citoyenneté - sans - loyauté". Et que montrent-ils ? Des manifestants contre l’opération à Gaza près de l’Université hébraïque de Jérusalem. Les manifestants contre les décisions du gouvernement sont déloyaux. Clair et net. Et où se situe le seuil de loyauté ? Balad ? Hadash ? Meretz ? Ou même peut-être Kadima, qui se permet de parler de rendre le Golan ?

Une note personnelle : avez-vous un jour donné de l’argent à Shalom Akhshav (La Paix Maintenant) ? Etiez-vous à la manifestation de masse qui a suivi le massacre de Sabra et Chatila (et donc diffamé le pays en public) ? Avez-vous exprimé une quelconque solidarité avec le mouvement des Quatre Mères (et donc affaibli le moral de nos troupes au Liban) ? Avez-vous soutenu les accords d’Oslo lors de la manifestation du 4 novembre 1995 ? Ou peut-être soutenu l’évacuation des colonies de Gaza (promouvant ainsi le retour de territoires à l’ennemi et contribuant au succès du terrorisme) ?

Cela vous semble exagéré ? Dans une interview à la radio en octobre 2007, Lieberman, alors « ministre chargé des menaces stratégiques » », fustigeait ces gens de gauche qui appelaient au boycott d’artistes qui soutenaient l’entreprise de colonisation : « Tous nos soucis, tous nos problèmes, toutes nos victimes sont causés par ces gens. De manière générale, nos problèmes ne viennent pas du monde extérieur ni de la communauté internationale, ce sont ces gens qui en sont la cause. » Et, d’après leurs pubs de campagne, Lieberman et Uzi Landai (n¨2) veulent dire exactement cela.

La pente est glissante, et la remonter fait mal. Au début, la loi sera utilisée contre les minorités arabes face des manifestations plus ou moins débonnaires. Mais le processus peut aller très vite, quand chaque citoyen se demandera s’il met en danger son emploi, son gagne-pain ou sa famille. A partir de là, seuls des gens exceptionnels continueront à protester.

Dans la plupart des cas, ils ne vivront pas longtemps (au moins pas en liberté) et le seuil montera. Souvent, nous ne saurons pas qui détermine le seuil de loyauté ni en quoi la loyauté consiste exactement. Puis, la question de la loyauté servira d’instrument contre ceux qui sapent l’autorité des puissants. Je n’invente rien. Cela s’est produit dans tant de pays, à tant de reprises : l’Argentine, la Chine, l’Iran, l’Union Soviétique et, oui, l’Allemagne aussi.

Lieberman ne gagnera pas les prochaines élections et ne sera pas premier ministre. Mais, si nous ne revenons pas à nous-mêmes, son parti sera l’un des piliers de la coalition. Et même s’il est chef de l’opposition avec près de 20 sièges (oui, tant qua ça - en fait, 15, mais cela change-t-il quelque chose au fond ? ndt), il sera en bonne position pour gagner le poste. Ses lois sur la loyauté seront promulguées d’une façon ou d’une autre. Si la Cour suprême l’en empêche, il visera à lui couper les ailes. Cela a déjà commencé lors de la mandature précédente.

Israel Beitenou appelle ouvertement à la destruction de toutes les lois qui fondent une société démocratique, à commencer par le droit de s’exprimer et de promouvoir ses opinions. Sans ces droits, il n’y a pas de démocratie. Aucun électeur ne peut l’ignorer.