Qui va s’occuper des destructeurs d’oliviers ?

Thème : Colonisation, yesha

Ha’aretz
mis en ligne le 9 décembre 2005
par La Paix Maintenant, éditorial de la rédaction

"La destruction des oliviers ne constitue pas seulement un coup fatal porté au gagne-pain de Palestiniens ruraux, il s’agit surtout d’un acte nauséabond qui reflète une volonté de s’en prendre à l’un des symboles les plus forts du rapport des Palestiniens à leur terre, et d’une tentative de prouver que les colons ont bien l’intention d’hériter de ces terres et d’en chasser leurs habitants"

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Ha’aretz, 30 novembre 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les avant-postes illégaux, que le gouvernement s’est abstenu de démanteler, abritent des hors-la-loi qui, outre le fait de s’emparer de terres qui ne leur appartiennent pas, ont l’habitude de s’attaquer à leurs voisins palestiniens, à leurs plantations et à leurs biens. Ils partent du principe que le bras armé de la loi ne les atteindra pas.

Ces dernières années, la saison de la récolte des olives est devenue une période très agréable pour quelques-uns des habitants des avant-postes, et les destructions qu’ils arrivent à infliger -sans interférence aucune- aux oliveraies palestiniennes laissent rêveur. Dans le seul village de Salem, quelque 180 oliviers ont été incendiés en mai, 250 sciés en juillet, et encore 200 en octobre. Lundi denier, les habitants du village ont découvert un groupe d’Israéliens, qu’ils ont identifiés comme habitants d’un avant-poste proche de la colonie d’Elon Moreh, occupés à scier à la tronçonneuse une dizaine d’arbres supplémentaires. [1] Au total, quelque 900 oliviers ont été détruits à Salem depuis six mois.

La destruction de ces oliviers symbolise aussi l’apathie, pour ne pas dire la cruauté, de l’occupation israélienne, et le dédain criminel dont font preuve les autorités chargées de faire respecter la loi à l’égard des actes des colons. Le mal fait aux arbres n’est que la partie émergée de l’iceberg des mauvais traitements infligés par les habitants des avant-postes à leurs voisins. Depuis avril, l’ONG Yesh Din (littéralement "il y a une justice") a déposé 84 plaintes à la police de Judée et de Samarie, relatives à des meurtres, agressions physiques et autres formes de mauvais traitements à l’égard des Palestiniens. Cinq dossiers ont été clos. Pas un seul ne passe au tribunal, et il n’a été procédé à aucune arrestation.

Un porte-parole de la police affirme que 672 dossiers ont été ouverts relatifs à des troubles causés par des Israéliens contre des Palestiniens, mais ce chiffre considérable ne dit rien des suites données aux affaires. La plupart des dossiers ont fini par être clos. Les enquêtes ne sont pas conduites de manière sérieuse, la police n’investit pas de ressources dans ce district, les commissariats sont situés dans les colonies, de sorte que les Palestiniens craignent de s’y rendre, et la plupart des policiers sont eux-mêmes des colons. Il va sans dire qu’aucune instance gouvernementale ne fait d’efforts pour changer cette situation.

Si le gouvernement avait été intéressé à juger les coupables, si le Premier ministre s’était exprimé publiquement contre les violences criminelles commises par des citoyens israéliens, il est probable que les habitants des avant-postes n’auraient pas pu poursuivre leurs agressions, ne serait-ce qu’une semaine de plus. Les services de sécurité du Shin Bet, capables de capturer un homme recherché qui se cache au cœur d’une ville palestinienne très peuplée, n’auraient probablement pas de grandes difficultés à repérer quelques dizaines d’Israéliens qui abattent 200 oliviers en plein jour, sans interférence, puis rangent leurs outils et s’en retournent dans leurs foyers illégaux, au sein d’un avant-poste illégal. Il est évident que personne n’a intérêt à mettre fin à ces actes, comme d’ailleurs personne ne s’émeut de la création d’avant-postes illégaux. Le crime pousse au crime, et la violence à la violence. C’est ne pas prendre tout cela en considération qui fait la toute-puissance des habitants des avant-postes dans les territoires.