Quelques conclusions à tirer de la guerre

Thème : Révoltes et questionnements dans la société civile israélienne Humour, humeur, ironie

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 26 août 2006
par Meir Shalev

la crise morale en Israël est aussi sociale. L’impression est que, pendant la guerre, le gouvernement a abandonné à leur sort les plus faibles. Soldats, kibboutzniks, Arabes israéliens, personnes âgées, malades et pauvres, etc. : tout le tissu social qui constitue le peuple d’Israël a souffert de cette guerre et en veut aux responsables. Sur le ton de l’ironie amère, l’écrivain Meir Shalev en tire des conclusions apocalyptiques, reconnaît-il lui-même

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Yediot Aharonot, 25 août 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Tout le monde parle, avec raison d’ailleurs, des péchés d’arrogance et d’euphorie commis par nos dirigeants. Mais il est un autre péché : celui de gaspillage. Je ne parle pas du gaspillage d’argent, pas plus que du gaspillage de notre pouvoir de dissuasion, ni même (mes doigts tremblent sur mon clavier) de gaspillage de vies humaines. Je parle du gaspillage de ressources. Pour être plus précis, d’une ressource unique et inestimable : l’aptitude de nos citoyens à souffrir, à se mordre les lèvres et à attendre. De l’aptitude de nos réservistes à quitter leur domicile, leur famille et leur travail pour aller à la bataille. Tous ont cru que la guerre serait correctement menée. Tous ont cru que les conditions étaient réunies pour qu’ils investissent leurs "ressources de volonté".

Pendant la guerre d’Indépendance, Natan Alterman, le célèbre poète, journaliste et traducteur, a écrit dans son poème "Le Plateau d’argent" ("magash hakessef") : "Nous sommes le plateau d’argent sur lequel l’Etat juif vous a été servi", en parlant de notre aptitude à mourir pour lui.

Or, un petit changement est intervenu dans cette guerre : l’aptitude et l’esprit de cette même nation ont été servis au gouvernement du même Etat juif, mais le gouvernement a renversé par terre le contenu du plateau d’argent.

Mais qui sommes-nous pour nous plaindre ? Comme l’armée, les citoyens israéliens ont été surpris en état d’impréparation. Nous aurions dû savoir que, ces six dernières années, le gouvernement s’était barricadé, et que son idéologie s’appliquerait avec encore plus de force pendant la guerre. Si d’ordinaire, le gouvernement est indécis, cela s’aggrave en temps de guerre. Si d’ordinaire il néglige les pauvres, les vieux et les malades (qui n’ont de recours qu’auprès des organisations charitables), alors, pourquoi cela changerait-il en temps de guerre ?

Entre tous, Benjamin Netanyahou nous a donné une raison de sourire cette semaine, quand il s’est joint aux critiques adressées au gouvernement. Car ce pouvoir a émergé à partir de sa politique économique à lui. Les personnes jeunes, en bonne santé ou qui avaient les moyens ont pu être évacuées pendant la guerre. Les malades, les vieux et les pauvres sont restés dans leurs abris bombardés. Et les unités de combat ? Elles aussi ont dû chercher des fonds pour acheter de la nourriture, de l’essence et des équipements de base.

S’occuper de son cas personnel avant la prochaine guerre

Nous tous tirons nos leçons. Nous nous expliquons mutuellement qui et quoi s’est passé de travers, ce qui va encore et ce qui ne va plus. Qui doit être renvoyé et qui doit rester. Ce qui est arrivé, et ce qui reste encore en magasin. Mais ces questions sont débattues au sein de nos directions politiques et militaires. Moi, je suggère aux lecteurs de tirer aussi des leçons plus personnelles en prévision de la prochaine guerre.

Ce ne sont pas des leçons d’une grande profondeur. La majorité des lecteurs ne mobilise pas de troupes, n’appelle pas de réservistes, n’envoie pas d’unités spéciales opérer derrière les lignes de l’ennemi et ne parle pas avec Condoleezza Rice. Mais nous avons tous notre cachette secrète, et inutile de dire que nous avons intérêt à la protéger. Puisque le gouvernement a prouvé de toutes les manières imaginables qu’il n’est pas intéressé par notre bien-être personnel - et cela vaut aussi bien pour le temps de paix que pour le temps de guerre - il est essentiel que nous pensions un peu à nos familles et à notre sort personnel. Nous nous le devons à nous-mêmes.

Je n’écrirai pas ici sur les évidences, à savoir que tout citoyen doit s’assurer qu’il dispose d’un masque à gaz et un abri anti-bombe bien équipé. Mais j’oserai proposer d’autres idées, comme celle de planter des graines de tomates et de poivrons dans des boîtes de verre ou sur le balcon, et si le lecteur a un jardin, il ou elle devrait avoir une chèvre, quelques arbres fruitiers et un petit poulailler, et si vous ne mangez pas casher, je vous conseille aussi une cage à lapins au milieu de votre salon.

A part des lapins et des poulets, je propose aussi d’avoir chez vous des armes, comme des mines et des missiles, parce qu’il n’y a aucune raison de supposer que la police nous protégera en temps de guerre davantage qu’elle ne le fait en temps de paix, et que quelqu’un pourrait très bien avoir envie de vous voler votre chèvre.

Il est temps aussi d’acheter un petit générateur et un véhicule tout-terrain. Cela vous demandera bien sûr de stocker une modeste quantité d’essence, et tant que nous y sommes, je vous conseille également de mémoriser un trajet pour vous échapper, et de préparer des cachettes sur et sous terre tout le long du trajet.

Toutefois, avant de plonger trop profondément dans cette vision d’apocalypse, je conseille de se rappeler aussi quelques trucs faciles : dresser la liste de toutes les organisations charitables en Israël, et parallèlement, se souvenir de tous ces amis et parents perdus de vue qui habitent Jérusalem, et commencer à leur envoyer régulièrement des petits cadeaux.