Le vide politique et ses dangers


Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Le discours du president Georges Bush sur la politique americaine au Proche-Orient, la semaine passee, a represente un succes majeur pour le
premier ministre Ariel Sharon. Devenu un jouet entre ses mains, Yasser Arafat a perdu la bataille strategique. Arafat reclamait une ingerence americaine dans la crise et l’a obtenue – sous la forme d’un appel du president des Etats-Unis a le remplacer. Il prevoyait l’intervention militaire des Etats arabes et il a eu, a la
place, l’initiative de paix saoudienne disant, en fait, qu’on ne pouvait lui faire confiance et que les Etats arabes moderes prendraient sur eux d’elaborer un plan pour sortir de l’impasse.

Israel a egalement marque des succes militaires sur le terrain. Un large consensus existe quant a l’impossibilite d’une solution militaire au conflit, c’est vrai, mais les deux operations d’envergure, Rempart et la Voie de la Fermete, encore en cours, ont amene un repit dans le cycle des attentats.

Si le gouvernement israelien, ou l’un quelconque de ses ministres, a une vision politique et une perspective strategique a long terme, le moment est bien choisi pour les faire connaitre – non comme un vague coup mediatique, mais comme un appel au monde arabe et a l’opinion palestinienne assorti de propositions genereuses d’accords interimaires immediats et de negociations pour une solution definitive.

Les membres de l’etat-major prennent garde de ne pas intervenir publiquement dans le debat, mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas d’opinion sur la question. Nous devrions leur preter attention. On s’est plaint, par le passe, de ce que l’armee ne donnait pas aux politiques les elements les aidant a prendre des decisions essentielles. La situation s’est maintenant inversee : Tsahal a ete envoye dans les Territoires pour y conduire deux vastes operations contre le terrorisme palestinien et, dans les deux cas, a ramene un calme relatif permettant
a l’echelon politique de reprendre l’initiative. Or, non seulement aucune initiative n’est venue, mais plusieurs idees quant a la facon de proceder ont ete bloquees.

Cet etat de faits tire une sonnette d’alarme pour la suite. L’experience montre, a ce qu’on dit, qu’une vague de terreur plus grave survient chaque fois que de telles occasions ne sont pas saisies, entrainant une intervention militaire israelienne plus vigoureuse et plus etendue. Cela pourrait se passer une fois de plus, si l’operation La Voix de la Fermete devait se conclure sans initiative politique.

Si nous examinons l’affrontement militaire en cours, nous constatons qu’il a debute par des manifestations de masse et des attaques contre des postes de l’armee. L’etape suivante a pris la forme de tirs contre des vehicules, auxquelles Israel a riposte avec des tanks. De la, nous sommes passes a l’utilisation de nos forces aeriennes contre les Palestiniens ; ceux-ci ont reagi par des infiltrations dans les colonies et des fusillades contre les residents israeliens dans les
Territoires. Vint alors l’etape des incessants attentats suicide a la bombe, des incursions de Tsahal dans les camps de refugies et de la prise temporaire de villes palestiniennes – laquelle pourrait durer des mois.

Israel se refusant a endosser les responsabilites d’une armee d’occupation, nous ne prononcons pas le mot d’ “occupation”. Mais il s’agit d’une occupation militaire a tous les points de vue. Si aucune initiative politique veritable n’est maintenant prise, la prochaine etape militaire sera plus dure encore – et l’on a peine a imaginer les divers scenarios possibles.

Les presages ne sont pas bons. Nous nous delectons du discours de Bush
et attendons que quelque chose se passe, que d’autres agissent et
determinent notre propre agenda. Israel a pris comme un encouragement
les manifestations de Palestiniens affames dans la bande de Gaza cette
semaine, sans comprendre que, meme si elles visaient l’Autorite palestinienne, elles montraient surtout l’existence d’une situation extrement volatile qui affectera, en explosant, aussi bien Israel qu’Arafat. Le gouvernement n’a aucun plan serieux permettant de gerer une situation ou Arafat serait vraiment mis au placard, voire remplace.

En pareil cas, les Travaillistes continueront-ils a agiter leur plan politique comme un jouet, ou demanderont-ils au gouvernement de l’adopter ? Ce n’est pas clair. Les consequences d’un tel ecrasement iraient tres au-dela de la continuation de la spirale militaire. D’autres, peut-etre Bush lui-meme, pourraient bien presenter a Israel une lourde facture. La derniere fois que cela s’est produit, c’etait dans le sillage de la guerre du Golfe. Cela pourrait bien survenir, cette fois, apres une intervention militaire americaine contre l’Irak.