Les Palestiniens ont-ils une stratégie ?

Thème : Politique et société palestiniennes Stratégie, défense, armée

Jordan Times
mis en ligne le 15 octobre 2003
par Daoud Kuttab

Daoud Kuttab demande à l’Autorité palestinienne de choisir une bonne fois pour toutes entre la stratégie de la négociation et celle de la guerre pour la destruction d’Israël

Jordan Times

http://www.jordantimes.com

(diffusé par Common Ground News Service)

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

par Daoud Kuttab [1]

Une fois de plus, des représentants palestiniens ont condamné les Etats-Unis pour avoir opposé leur veto à une résolution des Nations Unies condamnant la politique israélienne de construction d’un mur qui s’enfonce profondément en territoire palestinien. En apparence, cette condamnation de la position américaine a du mérite. Apres tout, les Etats-Unis s’opposent officiellement à la construction de ce mur. Les officiels palestiniens ont également raison dans leur analyse selon laquelle l’utilisation répétée de l’arme du veto par les Etats-Unis affaiblit leur credibilité en tant que médiateur impartial dans le conflit du Moyen-Orient. Malheureusement, dans le monde politique d’aujourd’hui, il ne suffit pas d’avoir raison. Parfois, il est plus prudent d’être sage.

La sagesse requiert de la part des Palestiniens et des Arabes de serrer les dents et d’accepter des compromis pour la bonne cause. Il est quelquefois nécessaire de conclure des marchés pour obtenir les résultats qu’on désire de la part d’institutions comme le Conseil de sécurite, dont les décisions sont légalement contraignantes, même pour Israël, même si celui-ci choisit d’en ignorer certaines. A cet égard, le représentant americain aux Nations Unies a dit que son gouvernement n’aurait pas opposé son veto si la résolution avait contenu une condamnation explicite du Hamas et du Jihad islamique pour leurs actes de violence commis contre des civils israéliens. On peut évidemment rétorquer que cela n’a rien a voir avec la confiscation de terres palestiniennes, mais il faudrait peut-être réfléchir et savoir s’il vaut mieux prendre une posture, ou amener la communauté internationale à soutenir une résolution, même un peu plus tiède. Ironie de la chose, l’Autorité palestinienne et la plupart des Etats arabes ont déjà condamné publiquement le récent attentat à Haïfa, ainsi que tous les précédents attentats suicides contre des civils isréliens, mais ne veulent pas le faire explicitement aux Nations Unies.

Au-delà de cet exemple, la question plus importante qui se pose est de savoir quelle est la stratégie palestinienne pour obtenir l’independance. On a parfois l’impression que la direction palestinienne pense qu’il n’y a pas d’autre choix que la voie diplomatique. Conformes à ce choix stratégique, Yasser Arafat et les dirigeants palestiniens importants répètent à l’envi que les Etats-Unis sont la clé de toute percée diplomatique. Les Palestiniens ont accueilli avec satisfaction toutes les initiatives américaines, les plus récentes étant la feuille de route et leur opposition au mur. De meme, nombreux sont ceux au sein de la direction palestinienne à dire qu’il est tout aussi important de renforcer le camp de la paix en Israël et de faire des gestes envers les Israéliens, afin de susciter un mouvement d’opinion qui forcerait le gouvernement à accepter les aspirations palestiniennes.

Si c’est le cas, alors la direction palestinienne et ses représentants aux Nations Unies et dans les forums internationaux ont une mauvaise approche. Au lieu de placer les Américains dans l’embarras et de les forcer à opposer leur veto à des resolutions contre Israël, les Palestiniens feraient mieux de travailler avec eux pour avancer. Si cela implique d’adoucir une résolution, c’est ce qu’ils devraient faire. Si cela signifie qu’une résolution ne sera même pas soumise au vote, il faut le faire aussi.

En ce qui concerne Israël, il y a beaucoup à faire pour encourager le camp de la paix israélien. Naturellement, trouver un moyen de convaincre les activistes islamistes d’éviter de s’en prendre à des civils en Israël serait un stimulant majeur. Mais il y a encore bien davantage à faire. Par exemple, le récent pacte de Genève aurait dû susciter plus de réactions favorables de la part des représentants palestiniens. Des dirigeants à Ramallah, et Farouk Kaddoumi, responsable des Affaires étrangères pour l’OLP, ont minimisé son importance et n’ont pas voulu s’engager clairement. Bien sur, il est clair que l’Autorité palestinienne n’est pas officiellement partie de l’accord, et qu’elle n’est donc pas engagée juridiquement, mais si le but est de renforcer le camp de la paix israélien, les Palestiniens auraient dû accueillir le pacte bien plus chaleureusement.

Certains, au sein de l’Autorité palestinienne, disent qu’ils ne veulent pas faire de concessions gratuites avant le début des négociations. Le problème du droit au retour, par exemple, est souvent présenté comme un problème auquel la direction palestinienne ne veut pas toucher jusqu’au dernier moment des négociations. Cela aurait pu être bon il y a quelque temps, mais à présent, le gouvernement israélien, la communauté internationale et la plupart des Palestiniens savent parfaitement que le droit au retour des Palestiniens sera sacrifié dans le cadre de n’importe quel accord avec les Israéliens. De récents sondages ont confirmé ce que l’opinion savait deja depuis un bon moment : la plupart des réfugiés palestiniens ne désirent pas retourner vivre dans l’Etat d’Israël.

Quelles que soient ses motivations, la direction palestinienne ne peut pas continuer à garder deux fers au feu. Si elle conserve une conception romantique de la lutte armée, elle doit s’en expliquer devant son peuple et le préparer à un avenir long et sanglant. Mais si elle pense que l’option diplomatique est la meilleure voie pour obtenir un Etat palestinien indépendant, alors tous les efforts doivent être faits pour réunir toutes le forces qui rendront cela possible.