Les Etats-Unis, Israël et le processus de paix après l’élection d’Obama

Thème : États-Unis

Ha’aretz
mis en ligne le 7 novembre 2008
par Akiva Eldar

"Ceux qui s’inquiètent de ce qu’Israël ne devienne un Etat d’apartheid vivant à jamais par le glaive ont, depuis hier, un nouvel espoir. Pour le moment, il ne s’agit que d’espoir"

Ha’aretz, 6 novembre 2008

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Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Alors que la plus grande démocratie du monde vient de choisir un Noir, pour la première fois dans son histoire, le petit Israël marque 13 années écoulées depuis l’assassinat de Rabin par un fanatique bien de chez nous.

Lorsque les clairons de la victoire se seront tus, la voix exaspérante des extrémistes se fera entendre, ceux qui n’accepteront pas la "dictature" du suffrage populaire. L’Amérique a, elle aussi, la "chance" d’avoir ses mouvements messianistes-racistes, dont les militants sont prêts à mourir pour des causes sacrées comme le refus d’accorder à la femme le droit de disposer de son corps, ou celui des gens d’acheter une arme mortelle à l’épicerie du coin.

L’Amérique a connu, elle aussi, des assassinats de dirigeants. Pas plus que le Shin Bet israélien, les services secrets américains ne sont à l’abri d’un kamikaze.

Israël devrait tenir tout particulièrement à la sécurité d’Obama, et pas seulement à cause de la spécificité de ses relations avec les Etats-Unis. Car on peut imaginer que ses conseillers veilleront à ce qu’il n’abandonne pas Israël.

J’ai eu la chance de connaître deux des conseillers que le nouveau président a choisis pour le Moyen-Orient : l’ancien ambassadeur en Israël Dan Kurtzer, et le spécialiste en stratégie Dan Shapiro. Tous deux sont juifs, aiment à la fois Israël et la paix. Tous deux pensent que l’existence d’Israël dépend de l’existence d’un Etat palestinien. Et, de manière naturelle, un président qui a été si largement soutenu par les juifs [1] et qui pensera à son second mandat n’aura pas envie de se les mettre à dos.

L’ombre de la branche musulmane de la famille de Barack Hussein l’obligera à se montrer particulièrement prudent s’agissant du triangle Etats-Unis - Israël - monde arabe. D’autre part, durant ces huit dernières années, Israël s’est habitué au doux parfum de la Maison-Blanche et du Congrès, qui lui ont permis de faire tout ce qu’il a voulu dans les territoires occupés.

Sauf que George W. Bush a déjà accompli pour lui une partie du travail. Au Bureau Ovale, Obama trouvera la "vision" de Bush de deux Etats, de la Feuille de Route qui promettait la paix avec tous les pays arabes en 2005, et d’un gel total de la colonisation. Il trouvera aussi une copie de la lettre adressée par Bush à Ariel Sharon, où il promettait que les Etats-Unis soutiendraient un accord fondé sur un retrait de tous les territoires occupés à l’exception des principaux blocs de colonies, et le retour des réfugiés dans un Etat palestinien. [2] et qui pensera à son second mandat n’aura pas envie de se les mettre à dos.

Obama devra décider quand il voudra tenir ces promesses. Le résultat des élections israéliennes aura sans doute une influence : si la coalition Kadima-travaillistes demeure, Obama n’aura pas trop de mal à faire en sorte qu’Israël aille dans la direction souhaitée par les Etats-Unis. En outre, sa première année de mandat étant également la dernière de celui de Mahmoud Abbas, le président américain ne voudra pas porter la responsabilité d’une éventuelle chute de la Cisjordanie entre les mains du Hamas.

En mars prochain, la Ligue arabe rouvrira le débat sur son initiative de paix. Si l’attitude américaine à l’égard du canal israélo-syrien ne change pas, Damas cherchera à rallier du soutien pour cet important document. Si les sondages qui prédisent une victoire de la droite en Israël se révèlent justifiés, il est évident qu’Obama devra faire preuve de davantage de persuasion pour obtenir du gouvernement israélien qu’il le suive dans sa voie du dialogue et du compromis. La décision de risquer à nouveau une confrontation comme celle entre Bill Clinton et Benjamin Nenatanyahou et un ébranlement des relations avec Israël et la communauté juive dépendra de deux facteurs : l’un est l’importance qu’Obama donnera à un accord de paix israélo-arabe pour calmer la crise en Irak et isoler l’Iran ; le second est la sa détermination à forcer Israël à transformer ses chansons de paix en actes.

Le premier signe montrant que la droite s’habituait au changement de direction aux Etats-Unis a pu être vu sur la chaîne 2 (de TV israélienne) qui interviewait Danny Ayalon, ancien ambassadeur d’Israël à Washington. Cette nouvelle recrue du parti (d’extrême droite, ndt) Israël Beitenou y a dit qu’il n’y avait rien à craindre d’Obama, et qu’il pensait qu’Obama était "bon pour Israël parce qu’il lui sera plus facile de mettre sur pied une coalition contre l’Iran." Le même Ayalon écrivait en janvier dans un éditorial pour le Jerusalem Post : "Nous devrions considérer la candidature d’Obama avec une certaine inquiétude."

Il semble que ceux qui appelaient Bush "le meilleur ami d’Israël" ont en réalité du souci à se faire. Au contraire, ceux qui s’inquiètent de ce qu’Israël ne devienne un Etat d’apartheid vivant à jamais par le glaive ont, depuis hier, un nouvel espoir. Pour le moment, il ne s’agit que d’espoir.