Israël essaie de séparer Jérusalem-Est de la Cisjordanie, d’après les correspondants de l’UE

Thème : Jérusalem Archéologie

Ha’aretz
mis en ligne le 2 décembre 2009
par Barak Ravid

Traduction : Muriel Chemla pour LPM

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Les inspecteurs venus contrôler l’application de la décision de geler la construction en Cisjordanie se sont heurtés mardi à des manifestations et à une forte résistance de la part des colons qui ont bloqué l’accès aux colonies aux forces de l’ordre. Barak, qui vient de faire nommer 40 inspecteurs supplémentaires pour assurer cette mission de contrôle, a rappelé que l’armée et l’administration civile sont prêtes à faire respecter les décisions du gouvernement. Mercredi un des leaders qui avaient organisé ces manifestations a été arrêté par l’armée.

Netanyahu a déclaré mardi soir, pour calmer les colons, que dans 10 mois la construction reprendrait et mercredi soir Barak a annoncé la décision de construire 84 nouveaux bâtiments dans les colonies, représentant 492 unités de logement. Ces récents développements témoignent du poids du lobby des colons et de la difficulté du gouvernement à faire appliquer ses décisions.

Parallèlement le projet émis par la Suède, pays assurant en ce moment la direction de l’UE, de reconnaître Jérusalem comme la capitale du futur État palestinien a été vivement critiqué par le gouvernement et par la leader de l’opposition, Tsipi Livni, qui a déclaré qu’une telle décision invaliderait la possibilité pour les Européens de jouer un rôle d’intermédiaire. Cette même semaine, on apprend qu’en 2008, le ministère de l’Intérieur a révoqué le droit de résider à Jérusalem-Est à 4 577 Palestiniens, alors qu’en 40 ans, de 1967 à 2007, 8 558 Palestiniens avaient perdu ce droit. Cette politique mise en place par Meïr Sheetrit (Kadima), l’ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement Olmert, permettant de retirer ce droit à des habitants ne résidant pas sur place depuis plus de 7 ans, a pour but d’après Hamoked, une association israélienne de défense des droits des personnes, de maintenir une majorité juive à Jérusalem. Meïr Sheetrit a répondu que cette action était nécessaire et qu’elle a révélé que l’État payait depuis des années des subventions à des gens qui ne résidaient plus à Jérusalem. Par ailleurs, on apprend que la municipalité de Jérusalem prépare actuellement la construction de 5 000 nouvelles unités de logement pour la population arabe de Jérusalem, à l’est de la ville. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser le projet de rapport secret, rédigé par les consuls européens à Jérusalem-Est, et rendu public pour la première fois.

Un projet de rapport secret des consuls européens à Jérusalem Est et à Ramallah condamne la politique israélienne et préconise l’engagement de l’Union Européenne (UE) dans le renforcement du statut de l’Autorité Palestinienne (AP) dans cette ville. Il conseille en outre de prendre diverses mesures pour protester contre la politique israélienne dans la ville ainsi que des sanctions contre les individus et les groupes impliqués dans « les activités d’implantations » à l’intérieur et autour de la cité.

Le rapport dont Ha’aretz a obtenu une copie, est actualisé chaque année par les délégués de l’UE auprès de l’AP. Le rapport de cette année a été complété le 23 novembre et présenté il y a quelques jours aux institutions européennes à Bruxelles.

Étant donné la sensibilité du document, l’UE ne l’a jamais publié auparavant. Les années précédentes Israël avait exercé d’intenses pressions en ce sens, de peur que cette publication n’aggrave encore plus la vision déjà négative du public européen à l’égard d’Israël.

Des hauts fonctionnaires des ministères des Affaires Étrangères ont déclaré que le rapport de cette année « laissait une impression très dure  » à Bruxelles et aidait la Suède à promouvoir son projet de reconnaître formellement Jérusalem-Est comme la capitale de l’Etat palestinien.

Le rapport accuse à la fois le gouvernement israélien et la mairie de Jérusalem de travailler délibérément à modifier l’équilibre démographique de la ville et à séparer Jérusalem-Est de la Cisjordanie. Il affirme que ces deux autorités aident les organisations de droite, telles Ateret Cohanim et Elad, dans leur effort pour réaliser cette « vision stratégique  » spécialement dans les quartiers situés autour du Mont du Temple. Ces organisations achètent des maisons dans les quartiers arabes et réalisent des « tentatives d’implanter de nouvelles colonies au cœur du quartier musulman. »

La mairie, poursuit le rapport, exerce une discrimination à l’égard des résidents arabes voulant obtenir des permis de construire, et dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’hygiène et autres.

« Durant les dernières années, les Palestiniens ont reçu moins de 200 permis de construire par an » est-il rapporté. « En se fondant sur la croissance de la population, il faudrait des permis pour 1 500 unités de logements de plus par an ». Ainsi le rapport de l’EU note que le village de Silwan n’a reçu que 20 permis de construire depuis 1967.

Bien que 35 pour cent des résidents de Jérusalem soient arabes, seul 5 à 10 % du budget de la ville sont affectés aux quartiers arabes. En conséquence ces zones présentent un « contraste aigu » avec les «  quartiers ouest de Jérusalem et les implantations de Jérusalem-Est où vivent des Israéliens. »

Une partie significative du rapport traite des fouilles archéologiques à Jérusalem, spécialement de celles à côté du Mont du Temple. Ces fouilles, accuse-t-il, se concentrent principalement sur l’histoire juive. « L’archéologie dans ce cas est devenue un outil idéologique de lutte nationale et religieuse menée de manière à modifier l’identité et le caractère de la ville et à menacer d’ébranler sa stabilité » remarque le rapport.

À propos d’un autre problème, il expose : « L’expansion des colonies a provoqué une tendance à la violence des colons à l’égard de la population palestinienne de Jérusalem-Est. La police israélienne a été témoin de telles actions criminelles mais n’est pas intervenue de façon adéquate. »

La fermeture par Israël des institutions de l’Organisation de Libération de la Palestine et de l’AP de Jérusalem est aussi soulignée avec force : «  Le sentiment général d’être abandonnés, ressenti par nombre de jérusalémites de l’est, l’absence d’institutions palestiniennes patronnées par l’État et par des organisations laïques ouvrent la voie à l’expansion de l’influence des organisations religieuses islamiques ».

Les consuls européens ont proposé différentes mesures pour renforcer la présence de l’AP dans la partie est de la ville et faire pression sur Israël pour qu’elle cesse de léser la population arabe, parmi lesquelles :

« Assurer la présence de UE dans les cas juridiques concernant les démolitions de maisons ou les expulsions de familles palestiniennes » ou «  lorsqu’il y a un risque de démolition ou d’expulsion de familles palestiniennes ».

Permettre « la tenue de cérémonies, commémorations et évènements européens ou nationaux à Jérusalem-Est ».

Permettre « aux missions de UE ayant des bureaux ou résidant à Jérusalem-Est de recevoir régulièrement des officiels palestiniens à dîner avec des visiteurs de l’UE de haut rang ».

« Éviter que les officiels de haut rang des pays membres soient accompagnés par des agents de sécurité israéliens lors de leur visite de la Vieille Ville ou de Jérusalem-Est ».

« Éviter de rencontrer des officiels israéliens dans leurs bureaux de Jérusalem-Est ».

« Partager l’information sur les colons violents de Jérusalem-Est de manière à contrôler leur droit d’entrée en Europe ».