Le point de vue du marteau


Haaretz

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


La reaction du gouvernement a la nouvelle initiative de paix, attribuee a Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, et au terrible attentat a la bombe au restaurant Maxim de Haifa, prouve la pertinence de l’expression qui dit que quiconque tient un marteau a tendance a voir tout probleme comme un clou.

Le plan propose, dont les details n’ont pas encore ete rendus publics, ont
provoque une reaction instinctive du Premier ministre Ariel Sharon : il l’a attaqué et accusé ses initiateurs du cote israelien de cooperation avec l’ennemi. En d’autres termes, Sharon rejette la tentative meme de presenter a l’opinion une alternative a sa politique a l’egard des Palestiniens. Il rejette de facon automatique une solution diplomatique et manifeste ainsi sa position : la seule maniere de mettre fin au conflit passe par une victoire militaire.

Depuis le debut de son mandat, Sharon met sa position en pratique. Il a
conduit une approche violente et par la force d’un terrorisme palestinien
meurtrier, par encore plus de violence et de force que son predecesseur,
Ehoud Barak. Sa politique jouit d’un large soutien populaire : elle est
percue comme au dessus de tout reproche, et comme une reaction appropriee
face a la violence palestinienne. Cette position a mene a la reoccupation
des villes de Cisjordanie, aux couvre-feu et aux bouclages, aux attaques
aeriennes et aux assassinats, dont la legalite est douteuse, et dont
l’application fait naitre des objections sur le plan ethique. L’armee a
utilise a peu pres toutes les formes de violence pour contenir le terrorisme
palestinien, mais la politique du Premier ministre a echoue si l’on en juge
par ses resultats : Sharon est au pouvoir depuis bientot trois ans, et la
situation du pays, de facon generale et dans la confrontation avec les
Palestiniens en particulier, est pire qu’au moment de son election.

Cet echec decoule de la tendance du gouvernement Sharon a considerer le
probleme palestinien comme un clou. Contre les Palestiniens (a la difference
des autres pays arabes limitrophes), Israel, a ses propres yeux, est un
marteau. Il en a la puissance militaire qui lui permet, pense-t-il, de pulveriser toute menace que les Palestiniens pourraient faire peser. Et donc, les mots-cles du vocabulaire des decisionnaires israeliens sont “avertissement”, “prix a payer” et “victoire”. Et donc, quand un attentat suicide aveugle est perpetre a Haifa, la reaction a chaud du gouvernement est d’aller bombarder loin a l’interieur du territoire syrien. Et donc, quand le minstre de la Defense se voit confronte a la vulnerabilite d’Israel au terrorisme, il donne l’ordre d’appeler quatre bataillons de reservistes, et parle avec rage et frustration de son refus de tolerer tout autre
attentat. Et donc, a l’etat major, on est en faveur de plans pour
assassiner/expulser/reduire au silence Arafat, arguant que c’est ainsi qu’on
detruira le centre nerveux qui dirige le terrorisme.

Il s’agit de l’approche a courte vue de quelqu’un qui dispose de la puissance militaire et qui pense que par elle, il est possible de regler tous les problemes. Cela est comprehensible, et peut-etre souhaitable, aux echelons moyens et inferieurs. On peut attendre d’un commandant de bataillon, de brigade et meme de division qu’il execute les ordres sans etat d’ame. Mais cela est inexcusable de la part de l’echelon decisionnaire, politique et militaire. Le Premier ministre, les ministres siegeant aux cabinet de securite, le chef d’etat major et les generaux sont supposes avoir une approche analytique complexe et des perspectives plus larges lorsqu’il s’agit d’evaluer la realite.

Dans cette tache, les dirigeants politiques et militaires du pays ont echoue depuis octobre 2000. Ils n’ont repondu que par des paroles au besoin d’equilibre dans le dialogue israelo-palestinien, et en pratique, ils ont contribue a interrompre les contacts diplomatiques (par exemple en poursuivant les assassinats de chefs d’organisations terroristes durant des periodes de calme relatif).

Le conflit israelo-palestinien reclame a grands cris une solution politique. Les efforts, actuellement deployes par des personnages publics des deux cotes pour proposer une formule nouvelle, vont dans le bon sens. Apres la deception justifiee a l’egard des accords d’Oslo, le traitement ne consiste pas seulement a utiliser la force militaire, comme cela s’est abondamment verifie depuis trois ans.