Des habitants de Sderot et de Gaza dialoguent sur un blog

Thème : Comprendre l’Autre Initiatives de coopération et de coexistence Médias, Internet

Ha’aretz
mis en ligne le 22 février 2008

Un peu de douceur dans un monde de brutes

Ha’aretz, 19 février 2008

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Ils se rencontraient à Sderot. Il y a des siècles. Un groupe de Palestiniens de Gaza et d’Israéliens, la plupart de Sderot. Une sirène pouvait hurler à n’importe quel moment, mais ils persistaient à essayer d’imaginer comment ramener un peu de bon sens dans la région. Ils ont pensé à des colonies de vacances d’été pour les enfants de Gaza et de Sderot. Surtout, à créer un dialogue sans idées préconçues. La dernière fois qu’ils se sont rencontrés à Sderot de visu, c’était il y a six mois.

"Nous avons renoncé à persuader les autorités de les laisser sortir de Gaza", dit Danny Gal, l’un des organisateurs de ce dialogue. "Ces gens ne constituent pas une menace pour la sécurité, au contraire, ils sont positifs et peuvent aider à rétablir une accalmie, mais le bouclage de Gaza est total. Donc, nous avons décidé de nous rencontrer sur le Net, pour que le monde entende une autre voix de Gaza et de Sderot."

Résultat : un blog commun en anglais [1] lancé en janvier, qui repose sur deux personnes en particulier : « Peace Man » de Gaza et « Hope Man » de Sderot. Ni l’un ni l’autre ne veulent révéler leur identité ou accorder des interviews, et Danny Gal parle en leur nom.

"Révéler leur identité, ce serait vraiment mettre la vie du gars de Gaza en danger. A cause de ce blog, il serait soupçonné de collaboration. Quant à celui de Sderot, c’est lui qui l’a décidé. Il pense qu’en s’exposant aux médias, comme cela, si tôt, il deviendrait un stéréotype dans sa ville. Il veut d’abord voir si une dynamique peut s’enclencher."

Le 6 février, le Palestinien écrit : "La semaine dernière a été la pire de toutes. Depuis deux jours, la situation empire encore à Gaza, comme à Sderot. Ca a commencé par des tirs entre des Egyptiens et des Palestiniens qui voulaient laisser la frontière ouverte, et maintenant, c’est un hélicoptère israélien et des F-16, et on dit aux infos qu’Israël va attaquer Gaza. Beaucoup de Palestiniens ont été tués et blessés."

Dans d’autres messages, il décrit de fréquentes visites à Rafah [du côté égyptien, ndt] après la brèche dans la clôture le long de la frontière égyptienne. Le 28 janvier, il écrit : "C’est la troisième fois que je vais en Egypte avec des amis. Même si cela a été difficile, c’était bien. Cela faisait si longtemps que nous ne pouvions sortir de Gaza, alors, on a eu l’occasion de sentir qu’on était libres d’aller et venir, même si ce n’est pas ce dont nous rêvons, cela nous a donné de l’espoir dans l’avenir."

Danny Gal parle du blogueur de Gaza : "Il a une trentaine d’années, il a une licence et a été enseignant jusqu’à ce qu’on ait fermé son école. S’il était israélien, on serait potes. Il est drôle, il s’intéresse aux femmes, à sa carrière, il voudrait acheter une maison s’il peut obtenir un prêt. Ce qui lui fait le plus mal, c’est de ne pas pouvoir sortir de Gaza. Il avait entamé un master à l’étranger, mais il a dû rentrer à Gaza et depuis, il y est coincé. Du coup, il ne peut plus poursuivre ses études."

Le blogueur de Sderot décrit la reprise des tirs de Qassam. Le 3 février, pendant une accalmie : "Ma femme et moi nous sommes promenés hier après-midi dans les champs près de Sderot. Il faisait très beau, et je pensais à cette vie qui pourrait être si belle si l’on pouvait avoir une semaine sans roquette. Il est si facile de reprendre goût à une vie à peu près normale. Sur le chemin du retour, cette saloperie de sirène d’alarme s’est mise à retentir. Nous nous sommes aplatis sur le sol. Au bout de quelques minutes, nous nous sommes relevés et avons couru vers chez nous, car nous avions laissé les enfants seuls."

Gal : "Le blogueur de Sderot a la quarantaine, il travaille dans le hi-tech. Il adore la région, il est très attaché à sa ville. Et il y a son bureau."

Quelques jours après ce dernier message, deux enfants de Sderot ont été blessés lors de l’un des pires bombardements de ces derniers mois. L’un des enfants a perdu une jambe, et les habitants de Sderot ont organisé une manifestation. Le blogueur de Sderot écrit alors : "Ne vous laissez pas tromper par vos dirigeants qui vous font croire que seule la violence vous rendra la vie plus facile."

Le blogueur de Sderot est tout aussi éloigné des stéréotypes que celui de Gaza. "Contrairement aux apparences, il y a à Sderot des gens qui ne pensent pas pareil, qui comprennent que davantage de violence ne stoppera pas les tirs de Qassam", dit Gal. "Cela fait sept ans qu’ils vivent sous les Qassam. Dans les médias, on n’entend parler que d’un côté. Mais, sans pouvoir garantir un nombre, le blog représente un camp important à Sderot." [2]

Les deux blogueurs se sont rencontrés la première fois par l’intermédiaire de l’association Center for Emerging Futures (CEF), dont Gal est l’un des dirigeants. Cette association a été fondée par Whit Jones, psychologue et homme d’affaires de l’Idaho, qui a amené deux partenaires : Ibrahim Issa, principal d’un collège de Bethléem, et Danny Gal, 38 ans, de Petakh Tikva, psychologue des organisations et colonel de réserve. Gal a apporté son expérience de modérateur de groupes au sein de sociétés privées au service de la création d’une rencontre entre Israéliens, Palestiniens et étrangers.

Gal : "Nous n’essayons pas de faire la paix. Mais les gens ont peur les uns des autres à cause de tout un ensemble d’idées préconçues et de stéréotypes, et quand ils se rencontrent, toutes ces idées préconçues se modifient. Nous organisons des rencontres à Beit Jala (Cisjordanie, près de Jérusalem) entre des Israéliens, des Palestiniens et des gens d’autres pays, qui ont une influence apaisante. Mais il y a aussi des rencontres à plus petite échelle, de vraies réunions de travail, comme celles qui se tenaient dans le salon du gars de Sderot, qui pourraient reprendre à l’avenir."