Après l’accord sur les passages frontaliers de Gaza

Thème : Après le retrait de Gaza ?

Ha’aretz
mis en ligne le 26 novembre 2005
par La Paix Maintenant, éditorial de la rédaction

Alors que le parti travailliste emmené par Amir Peretz s’apprête a quitter le gouvernement, entraînant ainsi en Israël des élections anticipées qui pourraient selon les dernières dépêches, avoir lieu le 28 mars prochain, Mahmoud Abbas et Ariel Sharon signaient avant hier un accord sur le contrôle des terminaux frontaliers de Gaza. Haaretz consacre aujourd’hui son éditorial à cet évènement d’une grande importance puisqu’il confère, a court et moyen terme, à l’Autorite palestinienne, un début de souveraineté que celle-ci n’a jamais pu réellement exercer. Le quotidien israelien insiste sur le rôle prépondérant des pressions exercées par des Etats tiers extérieurs au conflit : l’UE pour une part mais surtout les Etats Unis, les exhortant à poursuivre dans cette voie afin que l’année électorale qui s’annonce des deux côtés , ne soit pas placée sous le signe de l’immobilisme diplomatique. La lueur d’espoir que cet accord a fait naître au sein des deux peuples pourrait bien dans ce cas, s’éteindre pour laisser place à un regain de violence.

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Ha’aretz, 17 novembre 2005

Editorial de la rédaction d’Ha’aretz

L’accord qu’a arraché mardi la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice à Ariel Sharon et Mahmoud Abbas est d’une grande importance tant sur plan concret que symbolique. Cet accord va permettre aux Palestiniens de circuler plus librement , entre Gaza et l’Egypte - et donc à travers le monde - et entre Gaza et la Cisjordanie. Il leur accorde un contrôle sans précédent sur les passages de frontières, et leur confère par là même, en tant que nation, fierté et prestige. Au terminal de Rafah, et plus tard au port et à l’aéroport de Gaza, les Palestiniens pourront, pour la première fois, ressentir les effets de la souveraineté. Cet évènement marquant dans l’histoire du mouvement national palestinien s’est produit le 15 novembre 2005, 17 ans jour pour jour après la déclaration d’Alger prononcée par Yasser Arafat en 1988 . Cette déclaration considérée comme la reconnaissance d’Israël par l’OLP, a été le prélude à l’établissement du dialogue entre les Palestiniens et l’administration américaine.

Cet accord est censé équilibrer les demandes palestiniennes et israéliennes. Il s’agit d’une part , de répondre aux aspirations des Palestiniens qui souhaitent voir la situation de leur peuple s’améliorer et la fin du siège dont ils sont actuellement l’objet, et d’autre part de calmer les inquiétudes israéliennes face à des failles sécuritaires qui pourraient mener à des attentats terroristes. Il comprend des dispositions pratiques comme des contrôles de sécurité, et la circulation d’autobus et de camions en convois. Le souhait d’aider Mahmoud Abbas dans sa campagne électorale contre le Hamas (les élections auront lieu dans deux mois), ainsi que le rôle central qu’ont joué ceux qu’on appelle les "Tiers" caractérisent, entre autres, cet accord . Le terme "Tiers" fait référence à l’Union européenne, dont le représentant, Javier Solana, a été officiellement déclaré parrain de l’accord, et qui postera des superviseurs aux terminaux frontaliers et dans les salles de contrôle, ainsi qu’au médiateur économique de la communauté internationale, James Wolfensohn.Il se réfère en réalité surtout aux Etats-Unis. De fait, sans la pression exercée par Condoleezza Rice, clairement soutenue par le président Bush, l’accord n’aurait jamais été conclu. Les Israéliens et les Palestiniens ne sont pas parvenus à un compromis, pas plus que les ministres Shimon Peres et Shaoul Mofaz. Quand il a compris qu’il valait mieux ne pas s’opposer aux demandes insistantes de Rice, Sharon a imposé sa decision à son establishment militaire.

Cet accord sur les passages frontaliers reflète ainsi l’intervention grandissante d’éléments extérieurs dans la conduite des négociations au jour le jour entre Israël et l’Autorité palestinienne, ainsi que le rôle grandissant des Etats-Unis dans cette intervention, où l’Europe et l’Egypte ont également leur part. Le général Keith Dayton, nommé aujourd’hui coordinateur américain pour la sécurité dans la region en remplacement de William Ward, muté à un autre poste, ne supervisera plus le jeu interne palestinien (la fusion des différents services de sécurité) mais la compétition entre Israël et l’Autorité Palestinienne. L’organisation qu’il dirige déterminera ainsi si les exigences israéliennes concernant le refus de laisser entrer certains individus "constituant une menace" sont justifiées ou non selon les termes de l’accord. De même, elle décidera si le comportement des Palestiniens aux terminaux frontaliers est conforme à l’accord.

Les elections qui approchent des deux côtés pourraient entraîner une sorte de laisser-aller diplomatique. Il faut empêcher cela sous peine de revenir à une situation dans laquelle le soupçon, l’inimitié et la violence ne pourraient que se renforcer . Les Tiers, qui ont réussi cette semaine à maintenir la dynamique créée par le retrait de Gaza, et à donner aux deux côtés un peu espoir en un avenir meilleur, doivent maintenant s’atteler sans délai à la suite : faire pression à la fois sur les Palestiniens pour qu’ils désarment les organisations terroristes, et sur Israël afin qu’il démantèle des colonies sauvages de Cisjordanie.