Vers une reconfiguration géopolitique du Moyen-Orient ?

Le 19 décembre 2017 une conférence sur la possibilité d’une reconfiguration géopolitique du Moyen-Orient organisée par le groupe étudiant des Jeunes internationalistes à l’université de droit et sciences politiques de Paris II réunissait quelque 150 participants dans l’un de leurs amphis familiers.

Trois intervenants étaient invités à s’exprimer : le doctorant Rachid Chaker sur les rivalités d’influence dans le Golfe persique ; l’éminent géographe Bernard Hourcade sur l’Iran et le sous-continent indien ; Marc Lefèvre, porte-parole de LPM, sur les chances d’une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien. Nous vous livrons ici le compte-rendu de ses propos.


Par Clémence Chevalier, secrétaire générale des Jeunes internationalistes.

Chapô & édition : Tal Aronzon pour LPM.

Illus. de couverture : Affiche de la conférence ©Facebook Jeunes internationalistes [DR].

Photos : Marc Lefèvre au micro ; Vue d’ensemble de la salle et de La Tribune ; Clémence Chevalier. ©Site & Facebook Jeunes internationalistes [DR].

Compte-rendu de la conférence du 19 décembre 2017 à l’Université Paris II Panthéon-Assas  >

http://vision-internationale.com/index.php/2018/01/30/compte-rendu-de-la-conference-n1/ 

 


Compte-rendu de l’intervention de Marc Lefèvre

Marc Lefèvre est intervenu dans le cadre de la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien. Il considère Israël comme une puissance humaniste lors de sa création, puis ayant réussi son inscription dans la mondialisation en développant à la fois sa force militaire et son économie : avec une croissance dynamique, un très faible taux de chômage et une balance commerciale excédentaire, Israël semble être la puissance de référence au Moyen-Orient. Malgré cela, le pays est touché par un sentiment d’insécurité, et les conséquences des guerres – choisies ou non – qui l’ont opposé à différents pays se font toujours ressentir aujourd’hui.

Parmi les Israéliens, les plus désireux de trouver une solution pacifique sont, contre toute attente, les militaires au contact de l’extérieur, car ils perçoivent davantage l’intérêt de négocier afin d’éviter qu’une guerre incontrôlée ne se retourne contre Israël. Actuellement, si le conflit israélo-palestinien est mineur d’un point de vue sécuritaire par rapport à ce qu’a connu l’État hébreu par le passé, sa véritable dangerosité réside dans la manière dont il marque les esprits dans toutes les sociétés au-delà même de la région du Moyen-Orient.

Les dirigeants israéliens cherchent à affaiblir les Palestiniens jusqu’à obtenir leur reddition, ce qui selon Marc Lefèvre ne se produira pas. La résolution du conflit les opposant à Israël leur serait pourtant extrêmement favorable du fait du mépris dont les Palestiniens font l’objet dans les pays arabes – la solidarité de façade de l’Iran ne serait d’ailleurs qu’une manœuvre destinée à défendre ses propres intérêts.

Cependant, les déclarations récentes de Donald Trump sur la ville de Jérusalem, qui alimentent l’idée d’un conflit religieux, ont provoqué un dangereux embrasement du conflit et pourraient mettre à mal la recherche d’une solution pacifique entre les deux parties. De plus, la communauté européenne, qui finance de grands projets de recherche et développement dans la région, ne se donne pas les moyens d’utiliser son positionnement comme un contre-pouvoir pour pacifier le conflit.

Reste donc la Chine, avec laquelle Israël entretient des relations diplomatiques plus prudentes : les rapports de force fondés sur la culpabilisation ne fonctionnent pas comme avec les pays occidentaux et l’État hébreu aimerait pouvoir bénéficier de l’ouverture de ses marchés. La Chine est donc en mesure de se positionner plus fermement pour prendre part à la résolution du conflit : elle a par ailleurs exprimé cette volonté en conviant à Pékin dès la semaine prochaine une délégation palestinienne ainsi qu’une délégation israélienne composée de députés de l’opposition et de soutiens à l’Initiative de Genève.

Enfin, la Russie, qui a plusieurs intérêts communs avec Israël, pourrait constituer un facteur de paix, comme en témoigne la condamnation de la part de Moscou des propos tenus par le président américain.

 

Si la plupart des Israéliens sont favorables à un règlement pacifique du conflit, ils ont cependant beaucoup à craindre :

 

L’irresponsabilité de Donald Trump, la maladresse de l’Arabie saoudite qui peine à se positionner et la folie messianique des dirigeants israéliens ne semblent pas aller dans le sens d’une paix immédiate.


L’Auteur

Clémence Chevalier est secrétaire générale des Jeunes internationalistes.

Clémence Chevalier

Clémence Chevalier est secrétaire générale des Jeunes internationalistes.