Kahol Lavan de Benny Gantz se concentre sur l’affaire des sous-marins, mais il devrait plutôt se concentrer sur les autres échecs et fiascos de la décennie Netanyahu.


Traduction : Bernard Bohbot pour LPM

AFP

Auteur : Zehava Gal-On* pour Haaretz, 20 mars 2019

https://www.haaretz.com/opinion/.premium-a-lost-decade-under-netanyahu-1.7043307


Kahol Lavan, de Benny Gantz, a remis en lumière l’affaire des sous-marins – en mettant l’accent sur le transfert d’armes stratégiques aux mains de l’Égypte – à la suite des 16 millions de shekels, soit près de 4,5 millions de dollars, qui sont arrivés sur le compte bancaire de Netanyahu. kahol  en parle avec passion et à maintes reprises. Le retour de cette affaire sur le devant de la scène, ainsi que la rétractation du témoignage du témoin officiel Miki Ganor, n’aident certainement pas la tension artérielle de Netanyahu. Mais l’accent mis sur cette seule affaire ne rend pas justice à tous les autres échecs et fiascos de la décennie Netanyahu, qui méritent aussi un peu d’attention.

Sur le plan de la sécurité, Netanyahu a acquis la réputation d’un premier ministre prudent et réfléchi. C’est en partie vrai, mais en même temps, il n’a rien fait pour améliorer concrètement notre situation sécuritaire. Aujourd’hui, après trois rounds de combats, le type qui commençait à évoquer l’anéantissement du Hamas se contente de servir d’entremetteur pour assurer le financement de cette organisation. Il a hérité de la coopération en matière de sécurité avec l’Autorité palestinienne et la met continuellement en danger au nom de ses besoins politiques. Netanyahu est un manœuvre habile dans une situation de sécurité complexe à laquelle un accord diplomatique et la fin de l’occupation sont la seule solution. Il a gaspillé une décennie entière en manœuvres habiles qui nous ont laissés au même point.

Dans le domaine des relations extérieures, cependant, Netanyahu a fait œuvre de pionnier. Il a forgé une alliance avec l’un des présidents les plus méprisés de l’histoire américaine. À cette fin, il a perdu le soutien bipartite (des Démocrates et des Républicains) envers Israël et a également réussi le rare (quoique susceptible de se répéter) exploit de se faire condamner tant par l’AIPAC que par la Ligue contre la Diffamation. Il a généré des querelles très médiatisées avec des “ennemis” traditionnels comme l’Allemagne et la Suède, tout en réchauffant les liens avec de vieux “alliés” comme la Hongrie et la Pologne. L’antisémitisme n’était pas un obstacle pour lui. Notre position dans le monde s’est tellement améliorée que le Premier ministre s’est vanté sans vergogne d’améliorer les relations avec le Tchad. Les tyrans disent à peu près n’importe quoi pour conclure une vente d’armes.

Netanyahu a également apporté quelques innovations en matière de gouvernance. Nous avons vu des ministres protester contre le gouvernement, un ministre des finances qui essaie de cacher un déficit de plusieurs milliards de dollars et un sous-ministre de la Santé qui protège les pédophiles. Netanyahu n’est nullement contrarié si ses ministres formulent des attaques grossières contre la communauté LGBT, appellent à la violence et au meurtre des Arabes. Il n’est réveillé de son sommeil que si un présentateur de télévision a le culot de laisser entendre que les Arabes ont aussi des droits. Selon lui, les personnalités publiques n’assument aucune responsabilité pour ce qui sort de leur bouche ; seules les célébrités mineures le font.

Netanyahu a un jour décrit le gouvernement comme une garderie et lui-même comme le “Bibi-sitter”. Il ne s’est pas rendu compte que le fonctionnement de la garderie dépend de la gardienne. Dans les gouvernements Netanyahu, il n’y a pas de prise de responsabilité, car le concept est totalement étranger au chef de ces gouvernements.

Netanyahu a consacré la majeure partie de son énergie et de sa créativité à la corruption. Aucun détail n’était trop grand ou trop petit pour lui, même engueuler un électricien pratiquant le jour de Kippour. Il était prêt à veiller des nuits entières pour passer en revue chaque virgule dans les articles en ligne de Walla, tout comme à travailler pour effectuer l’achat de sous-marins que seuls ses proches voulaient. Et, à en croire ses dires, il a réussi à réaliser tout cela sans sans rien savoir à ce sujet.

Nous pourrions simplement parler des sous-marins, mais cet épisode n’est que le pus qui couvre une blessure beaucoup plus profonde. Netanyahu a perdu la capacité de faire la distinction entre ses propres intérêts et ceux du pays. Et il est prêt à saper toute institution qui menace ce fantasme féodal. Il était prêt à laisser le public payer des milliards pour qu’il puisse profiter d’une couverture flatteuse. Il était prêt à exploiter les services de renseignements pour gagner une élection. Ne demandez pas ce que vous pouvez faire pour votre pays, demandez ce que votre pays peut faire pour vous. Tel est l’homme, et telle  a été notre décennie avec lui. Une décennie perdue.

* Zehava Gal-On a été  élue députée à la Knesset en 1999. Elle  perd son siège en 2009 (elle a renoncé à sa 3ème place sur la liste du Meretz, position éligible, au profit de Nitsan Horowitz. Or le parti n’a obtenu que 3 sièges). Devenue présidente du Meretz en 2012, elle retrouve son siège de député en 2013. Elle démissionne de la Knesset en octobre 2017 (Mossi Raz lui succède) mais conserve la présidence du parti dans le cadre de sa campagne pour renouveler le Meretz et instaurer des primaires ouvertes. Elle y parvient, ce qui amène entre autres Avi Buskila et Yariv Oppenheimer, anciens dirigeants de Shalom Akhshav, à rejoindre le parti. Elle décide de ne pas se représenter à la présidence , à laquelle Tamar Zandberg est élue en mai 2018.