SYLVIE ANNE GOLDBERG : « L’antisémitisme mute à chaque époque, aujourd’hui il se construit autour du conflit Israël-Palestine, mais les stéréotypes demeurent. »

La manifestation contre l’antisémitisme en France du dimanche 12 novembre n’est-elle qu’un petit moment dans le torrent des siècles ? La haine des Juifs est-elle née pour ne jamais mourir parce qu’elle se réincarne dans de nouvelles figures, comme celles qui prennent, aujourd’hui, la défense du Hamas qui vient de commettre un massacre de masse dans les populations civiles du sud d’Israël ?

SYLVIE ANNE GOLDBERG, Directrice d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris (EHESS), versée dans les études juives, a été professeure invitée à Jérusalem et aux États-Unis. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur le judaïsme et vient de diriger une encyclopédique « Histoire juive de la France » publiée chez Albin Michel. Elle répond aux questions de PAUL OUZI MEYERSON.


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Vous avez certainement participé à la manifestation contre l’antisémitisme ce dimanche 12 novembre 2023, du moins vous l’avez suivi de très près. Nous avons tous ressenti que c’était un moment important.

Important, parce que l’initiative de ce rassemblement contre la haine des Juifs a été prise par les deux principaux représentants de la Nation française après le Président de la République : les Présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale. Important, car il s’agissait de dépasser les clivages politique pour s’unir autour d’une grande cause nationale. Important, car nous fûmes nombreux à défiler à Paris et dans toute la France : 185 000 selon les dernières estimations officielles. Important, car aujourd’hui en France « le nombre d’actes antisémites a explosé » selon le Ministère de l’intérieur qui en recense plus de 1700 au cours de ces derniers mois, encore que l’aridité des chiffres ne dévoile pas entièrement le danger social, culturel et politique que le phénomène fait courir à la République française.

Et pourtant, des chicanes politiciennes il y en eu de nombreuses au cours de cet événement qui devait rassembler les citoyens. Malgré l’appel à l’union, plusieurs groupements politiques et syndicaux ont choisi de défiler seuls, de s’abstenir ou de marcher loin du Rassemblement National de Marine Lepen. Enfin, il y a la lassitude, depuis si longtemps que l’on ressasse ce mantra : «Plus jamais cela !». Et, cependant, on se retrouve dans la rue pour appeler au respect des Juifs et à la fraternité… Alors, cette dernière manifestation n’est-elle qu’un petit moment dans le torrent des siècles ? L’antisémitisme est-il né pour ne jamais mourir parce qu’il se réincarne dans de nouvelles figures ?