Nous sommes le loup, et eux l’agneau


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Haaretz, 26 novembre 2003


par Gadi Baltiansky[[
Gadi Baltiansky a ete le porte-parole du premier ministre Ehoud Barak, et
dirige aujourd’hui Peace Through Education, pour la promotion du pacte de
Geneve.
]]

La semaine derniere, des milliers de partisans du Hamas et du Jihad
islamique manifestaient contre les leaders palestiniens initiateurs du pacte
de Geneve. La plupart des medias israeliens, qui ne se distinguent pas
particulierement pour leur couverture de la societe palestinienne, ont
choisi d’ignorer ces manifestations. Pourtant, la question de savoir
pourquoi le pacte de Geneve fait tellement peur aux extremistes palestiniens
des territoires merite d’etre examinee. Et les reponses meritent elles aussi
d’etre soumises a ceux qui, du cote israelien, critiquent ce projet
d’accord.

Aujourd’hui, un examen des faits permet de conclure de facon categorique qu’il existe un partenaire sincere au sein de la direction palestinienne pour conclure avec lui un accord de paix definitif. En realite, ce sont ces Palestiniens qui attendent qu’Israel produise un partenaire.

Un coup d’oeil a la liste des personnalites palestiniennes qui font campagne
pour l’initiative de Geneve (Yasser Abed Rabbo, Hisham Abd al-Raziq,
Mohammed
Hourani, Qadura Fares) suffit a repondre aux questions qui ont ete posees
concernant le statut et le poids des delegues du cote palestinien. Il faut
noter que ces Palestiniens essuient continuellement de dures critiques. A
travers des lettres de menaces et des discours incendiaires, on accuse ces
negociateurs palestiniens d’avoir “trahi les refugies et brade le droit au
retour”.

Chacun d’entre nous a des critiques et des revendications envers la
direction palestinienne. Et il est vrai que ceux crient au manque de
credibilite de ces dirigeants et a leur incapacite d’honorer leurs
engagements, ainsi qu’a une possible reprise du terrorisme, meritent
reponse.

A ce propos, lil faut rappeler les paroles de feu Yitzhak Rabin : “la paix
se fait entre ennemis”. La verite, c’est que personne ne pourrait fournir
une liste de partenaires palestiniens plus valables et plus efficaces.

Neanmoins, cette reponse n’est pas complete. La reponse la plus
satisfaisante a la question de la credibilite de la direction palestinienne
est la suivante : nous avons confiance en nous-memes.

D’un cote, Israel conserve l’armee la plus forte de la region. D’apres cet
accord, ses avions pourront voler dans l’espace aerien du voisin, et
operera des stations de surveillance au coeur de ce pays voisin. Pendant
plusieurs annees apres la signature de l’accord, Israel deploiera ses
soldats le long de la vallee du Jourdain, et une force internationale de
maintien de la paix surveillera l’application de l’accord au sein de l’Etat
de palestine.

D’un autre cote, le nouvel Etat de Palestine sera demilitarise, divise en
deux regions, faible sur le plan economique, et dependra de la bonne volonte
de ses voisins. Alors, avec ce scenario, qui doit avoir peur de qui?

Neanmoins, pour la rhetorique, imaginons le scenario du pire. Avant tout,
selon l’accord, le retrait israelien s’etendra sur deux ans et demi ; durant
cette periode, les Palestiniens seront surveilles, essentiellement dans leur
action contre le terrorisme. S’ils ne partent pas en guerre, ils perdront
tout ce que l’accord leur promet. Et si le terrorisme reprend apres
l’application de l’accord, la position d’Israel sera solide : nous aurons
effectue un retrait unilateral, en application d’un accord, et avec le
soutien de la commuanute internationale. Dans de telles circonstances, ceux
qui regretteront encore les marches de la casbah de Naplouse pourront y
retourner.

Le pacte de Geneve integre la lecon la plus importante qui ait ete apprise
au cours du processus d’Oslo. Oslo etait un processus mesure et graduel.
Aujourd’hui, il est clair qu’il est impossible de plonger dans l’eau par
etapes. Seul un accord definitif, apres lequel aucune partie ne pourra
legitimement revendiquer quoi que ce soit envers l’autre, peut batir la
confiance, et conduire vers une realite nouvelle.

Les artisans du processus d’Oslo ont eu peur de parler des colonies, de
Jerusalem, des refugies, et meme d’un Etat palestinien. La lecon a ete
retenue. Le document de Geneve qui a ete presente au public est un modele
qui prouve qu’il existe un partenaire avec lequel il est possible de regler
tous les problemes, et que, en realite, tous les problemes sont solubles
d’une maniere qui garantisse l’existence d’Israel en tant qu’Etat fort, juif
et democratique.

La plupart d’entre nous, a droite comme a gauche, comprennent qu’un
veritable accord definitif ressemblera de pres au modele de Geneve. C’est
Ehoud Barak, l’un des opposants les plus vehements au pacte de Geneve, qui a
dit que les contours principaux du futur accord de paix sont connus, et que
la seule question qui demeure est de savoir combien de gens devront mourir
avant qu’il soit finalise.

En reponse aux Cassandre, les negociateurs du pacte de Geneve ne peuvent
promettre la lune. Il n’est pas certain qu’il y aura un nouveau
Moyen-Orient. Mais ce qui est certain, c’est qu’il y aura un nouvel Israel.

Personne n’a la certitude que c’est la la meilleure maniere d’obtenir la
paix. Mais ce que le public et ses dirigeants oublient trop souvent, c’est
que nous sommes lies par ce commandement biblique : “recherche et poursuis
la paix”.