L’homme qui a réveillé Netanyahu à 6h29 rompt trois ans de silence : « Un schéma de comportement criminel » – Falsification des comptes-rendus du 7 octobre, tentatives de présenter Netanyahu comme le seul responsable ayant agi efficacement tout en alimentant des accusations de trahison, avertissements ignorés avant le massacre et une visite d’un Égyptien « toujours dissimulée » : le général de division (réserve) Avi Gil, ancien secrétaire militaire de Netanyahu, sort de son silence.

Vidéo sous titrée français de l’entretien : https://www.youtube.com/watch?v=A6BZV7a–4U


Auteur : Yoav Limor, Israel Hayom, 8 octobre 2026

Traduction : Dory, groupe WhatsApp « Je suis Israël »


« J’ai décidé de m’exprimer car trop de mensonges circulent et le public mérite de connaître la vérité. Trois ans se sont écoulés depuis le 7 octobre, et deux ans depuis que j’ai quitté Tsahal. J’espérais qu’une commission d’enquête d’État serait mise en place pour faire toute la lumière sur les événements. Malheureusement, cela ne s’est pas produit, et je doute que cela arrive un jour. Je n’ai aucun intérêt personnel dans cette affaire, seul le bien du pays compte pour moi. J’ai été sollicité par des dizaines de familles endeuillées et d’anciens otages qui m’ont demandé de parler, de raconter mon histoire, de témoigner de ce qui s’est passé sous ma responsabilité. De dire la vérité, sans interprétations ni ragots. Juste la vérité, telle que je l’ai vue et consignée en temps réel. »

Le major-général (res.) Avi Gil se torturait pour décider s’il devait accorder une interview. Pendant de nombreux mois, il a refusé des dizaines de demandes émanant de pratiquement tous les médias. Ces dernières semaines, il a changé d’avis. Quand je lui ai demandé pourquoi, au cours des dizaines d’heures que nous avons passées à discuter, il a répondu qu’une ligne rouge avait été franchie. L’accumulation de mensonges, de demi-vérités, de manipulations et d’attaques systématiques contre tout et contre tout le monde en était arrivée à un point où sa conscience l’obligeait à parler.

« Il est évident pour moi que la machine a poison va s’en prendre à moi maintenant. Ils vont essayer de me salir et de détruire ma crédibilité. Mais ce n’est pas moi qui suis l’histoire ici. L’histoire, c’est l’État d’Israël. Ce n’est pas ma vérité. C’est la vérité du pays. »

Gil était là. Il a servi sous le gouvernement Bennett-Lapid, au cours duquel il a été nommé secrétaire militaire. Il a été présent pendant les mois turbulents de la refonte judiciaire. Il était présent lorsque les services de sécurité ont averti le Premier ministre que quelque chose de terrible pourrait se produire. Il était là dans la nuit du 7 octobre, ce matin-là et tout au long des mois qui ont suivi. Il était aussi proche que quiconque pouvait l’être du Premier ministre, pleinement chargé de ses secrets les plus sensibles.

Le secrétaire militaire sert de lien entre le Premier ministre et le ministère de la Défense, les Forces de défense israéliennes, l’agence de sécurité du Shin Bet, le Mossad, la Commission israélienne de l’énergie atomique et plusieurs autres organisations et personnalités. Il est également, de manière générale, le confident du Premier ministre pour les missions spéciales. Il assiste à toutes les discussions et réunions, a accès à tous les documents pertinents et participe à toutes les consultations. Il est les yeux, les oreilles et la voix du Premier ministre au sein de l’appareil de sécurité, et ceux de l’appareil de sécurité auprès du Premier ministre.

Cela fait de Gil un témoin crucial. Il était présent. Il a vu. Il a entendu. Si Israël venait à mettre en place une commission d’enquête sur la catastrophe du 7 octobre, Gil serait l’un des premiers à y comparaître. Il présenterait les notes qu’il a prises en temps réel. Il a tout consigné par écrit depuis l’époque où il était jeune officier dans la brigade des parachutistes, et a poursuivi cette pratique jusqu’à son dernier jour en uniforme.

Lorsqu’il a quitté son poste, il a pris soin de ne rapporter aucun document classifié chez lui. Toutefois, les détails avaient été minutieusement consignés, avec des références aux documents pertinents. Pour la première fois, ces archives permettent d’établir qui dit la vérité et qui ment au sujet des questions fondamentales qui dominent le débat public israélien depuis trois ans.

Un gardien du seuil

Gil a pris ses fonctions en juillet 2021. Il qualifie de professionnelles ses relations de travail avec Naftali Bennett et Yair Lapid. Lorsque Benjamin Netanyahou est revenu au pouvoir fin décembre 2022, Gil a commencé à travailler pour lui. Deux semaines plus tard, Herzi Halevi est devenu chef d’état-major de Tsahal. Lors de leur toute première rencontre, Netanyahou a informé Halevi qu’il avait l’intention de remplacer Gil. « Je ne sais pas pourquoi. Peut-être pensait-il que j’étais associé à Bennett et Lapid. »

À la mi-février, Netanyahou a de nouveau demandé à Halevi de remplacer Gil. Halevi a répondu qu’il restait encore un an et demi de mandat à Gil. Netanyahou a suggéré de mener des entretiens avec plusieurs candidats, dont Gil.

« Le 19 février, je suis allé le voir. J’ai demandé à ce que nous soyons seuls. Je lui ai dit que je comprenais qu’il souhaitait me remplacer et que je voulais dire quelques mots. J’ai expliqué que j’étais venu au bureau du Premier ministre pour servir l’institution de la fonction de Premier ministre. À partir du jour où Bennett est parti et où Lapid a pris la relève, Bennett n’avait plus d’incidence sur mon travail. Il y avait un Premier ministre, et il s’appelait Lapid. Et à partir du jour où Lapid est parti et où Netanyahou a pris la relève, il y avait un Premier ministre, et il s’appelait Netanyahou. Je lui ai dit que s’il décidait de me garder, je mettrais mon ego de côté et accepterais avec plaisir. Mais quelle que soit sa décision, je n’avais pas l’intention de partir avant le 18 mai. »

– Pourquoi le 18 mai ?
« Parce que c’était la date de la Marche des drapeaux à Jérusalem. C’était un événement extrêmement sensible, et je coordonnais les préparatifs avec toutes les parties concernées. Je ne trouvais pas judicieux de tenter de remplacer le secrétaire militaire à ce moment précis. Quoi qu’il en soit, je lui ai dit que je respecterais sa décision, quelle qu’elle soit. Et la conversation s’est arrêtée là. »

–Et vous êtes resté.
« Quelques semaines plus tard, quelqu’un du bureau du Premier ministre m’a contacté pour me demander pourquoi, lorsque je commandais l’école de formation des officiers de Tsahal, j’y avais fait venir l’organisation Breaking the Silence. J’ai immédiatement compris que quelqu’un fouillait dans mon passé. J’ai répondu que cette histoire était non seulement fausse, mais qu’elle était à l’opposé exact de ce qui s’était réellement passé. »

–Que s’est-il réellement passé ?
« Lorsque je commandais l’école de formation des officiers, j’ai mis en place des visites à Hébron pour les élèves-officiers. Jusque-là, le programme consacré à l’identité et au patrimoine débutait par une visite du quartier d’Armon Hanatziv, à Jérusalem. Je leur ai dit que si l’on abordait la question de l’identité, il fallait commencer par le Tombeau des Patriarches. On m’a répondu que c’était impossible car le sujet ne faisait pas consensus. J’ai rétorqué qu’Hébron faisait partie de l’État d’Israël en vertu d’une décision gouvernementale et que nous nous y rendrions. Le Corps de l’éducation s’y opposant, j’ai contacté Rivka Hever, l’épouse de « Zambish » (Ze’ev Hever, figure de proue du mouvement des implantations). Par l’intermédiaire de son association, nous avons organisé le transport et commencé à emmener les élèves-officiers à Hébron.
La seule chose que j’ai exigée, c’est qu’ils y reçoivent des cours sur les valeurs au combat et sur ce que signifie se battre dans un environnement aussi complexe. J’ai notamment mentionné que les premiers témoignages recueillis par l’organisation Breaking the Silence provenaient de cet endroit. À l’époque, quelqu’un a affirmé qu’Avi Gil était un excellent officier, mais qu’il détestait les religieux. J’ai menacé de poursuivre cette personne en diffamation ; elle s’est excusée et l’affaire en est restée là. Lorsque le bureau de Netanyahou m’a interrogé à ce sujet, je leur ai raconté l’histoire. Quelques jours plus tard, Herzi m’a informé que je restais à mon poste. »

–Comment s’est passée votre collaboration avec Netanyahu ?
« C’est un poste fondé sur la confiance. Non pas une confiance envers le Premier ministre, mais envers l’État d’Israël. C’est un travail qui exige en permanence de trouver un équilibre et de rester soi-même équilibré. C’est aussi un poste où il faut se rappeler que, bien que vous soyez le secrétaire militaire du Premier ministre, vous n’êtes que le secrétaire militaire du Premier ministre. Vous ne remplacez pas les chefs des services de sécurité. Vous êtes le lien qui les unit et qui veille à ce qu’ils fonctionnent ensemble. »

-Avez-vous eu des désaccords ?
« Bien sûr. Cela fait partie du travail. Et pas seulement parce que j’arrivais avec l’expérience acquise auprès de Bennett et Lapid, avec qui j’ai également eu pas mal de discussions houleuses. Le désaccord fait partie du métier. J’ai réalisé qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible. »

Gil a achevé un mandat de trois ans en tant que secrétaire militaire. La rupture de ses relations avec Netanyahou est survenue en février 2024, à la suite d’un article de Nadav Eyal dans le Yedioth Ahronoth qui révélait que Gil s’était rendu au domicile du chef de l’opposition, Yaïr Lapid — l’ancien Premier ministre pour qui il avait travaillé auparavant — au début de la guerre. Gil fut surpris lorsque Netanyahou l’interrogea sur cette visite le lendemain. Aujourd’hui, pour la première fois, il révèle ce qui s’est réellement passé.

« Le 7 octobre, dans l’après-midi, Lapid est venu voir le Premier ministre pour un point de situation. À la fin de la réunion, il a dit à Netanyahou : « Écoutez, nous sommes en guerre. Il ne s’agit pas d’un simple briefing de routine des services de renseignement. Je veux recevoir un point de situation tous les deux jours. » Netanyahou a répondu : « Pas de problème. Avi vous fera le point. » Cela m’a immédiatement mis en alerte. Dès que Lapid est parti, j’ai dit à Netanyahou : « Monsieur le Premier ministre, est-ce vraiment une bonne idée ? Vous vous connaissez. C’était mon ancien patron. Confiez plutôt cette tâche à quelqu’un d’autre. » Il a répondu : « C’est vous qui lui ferez le point. »

« Netanyahou m’a placé en première ligne à plus d’une reprise. J’ai parlé à des journalistes et à des hommes politiques sur ses instructions, et j’ai également fait le point avec Lapid comme demandé. Je n’ai jamais contacté Lapid directement. À chaque fois, mon bureau sollicitait l’autorisation du cabinet du chef d’état-major. Une fois l’accord obtenu, je faisais un bref point de situation non classifié à Lapid via une application spécifique. Ensuite, j’en rendais compte à Netanyahou.

« Le jeudi 12 octobre, j’ai informé Lapid puis fait un rapport à Netanyahou. Il a demandé comment je communiquais avec Lapid. Je lui ai répondu que je passais par une application ; il a rétorqué : « Comment ça ? Soit par le téléphone rouge sécurisé, soit en face à face. » Lapid ne disposait pas de téléphone rouge. Deux jours plus tard, alors que nous nous rendions dans les localités bordant la bande de Gaza, je me suis arrêté chez lui avec ma secrétaire et mon chauffeur. Nous lui avons remis l’appareil, fait un rapide point de situation et poursuivi notre route vers le sud.
« Le lendemain, au quartier général militaire de la Kirya à Tel-Aviv, nous sommes descendus dans un abri lors d’une alerte à la roquette. Il y a deux petites pièces réservées aux agents de sécurité ; le Premier ministre se trouvait dans l’une d’elles. Il a demandé à son chef de cabinet de sortir, a levé les yeux vers moi et a dit : « Vous étiez chez Lapid hier ? » J’ai répondu par l’affirmative, et précisé que c’était lui-même qui m’avait chargé de remettre un téléphone rouge à Lapid pour pouvoir le tenir informé, et que rien n’avait été fait en secret mais au grand jour — avec chauffeur et secrétaire — en route pour Gaza. Il a répondu : « Très bien. » Et c’est tout. »

« J’ai fait part de l’incident à trois personnes : ma femme, Liron, et deux autres proches, compte tenu de ma fonction. C’était inhabituel ; j’ignorais si l’on me suivait, ou si l’on suivait Lapid, ou encore si des agents de sécurité en parlaient entre eux. Mais il est clair que quelqu’un a rapporté l’affaire. Lorsqu’elle a été rendue publique quelques mois plus tard, j’ai demandé à m’entretenir avec Netanyahou. Je lui ai dit que j’étais visé. J’ai proposé de me soumettre à un test au détecteur de mensonges dans un institut de son choix, pour prouver sans l’ombre d’un doute qu’aucune fuite ne provenait de moi. J’ai précisé que si l’on découvrait que j’avais menti, je démissionnerais sur-le-champ. En revanche, si j’avais raison, j’attendais des excuses de sa part. « Il s’est levé, m’a serré la main et a affirmé que tout allait bien. Mais j’ai compris qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. Dès lors, les démarches pour me remplacer se sont accélérées. »

La doctrine erronée
Les mois précédant la guerre furent d’une tension extrême. Le gouvernement faisait avancer sa réforme judiciaire. L’appareil de sécurité commençait à avertir que la résilience nationale s’effritait et que les ennemis d’Israël percevaient une faiblesse. Les manifestations prenaient de l’ampleur chaque samedi soir, et les réservistes menaçaient de ne plus répondre à l’appel. Netanyahou, explique Gil, était au courant de tout. Il lisait tous les rapports de renseignement et prenait connaissance de toutes les évaluations. Gil veillait également à l’informer régulièrement de la situation. « Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire ici », dit-il. « D’un côté, Netanyahou était conscient des menaces qui pesaient sur Israël. Il en parlait. Il déclarait qu’il fallait augmenter le budget de la défense. Et de l’autre, il a limogé le ministre de la Défense. »

-Que vous a-t-il dit ?
« Nous avons eu des dizaines, peut-être des centaines de conversations. J’ai tenté de changer la perception des choses, de lui expliquer qu’un homme de 52 ans n’est pas un réfractaire au service militaire. C’est un volontaire qui a décidé de cesser de l’être parce qu’il estime que l’État a rompu le lien de confiance qui les unissait. »

-Et au milieu de tout cela, des lettres d’avertissement ont commencé à arriver. Prenons l’exemple des quatre lettres envoyées par Amit Saar, alors chef de la division de recherche du renseignement militaire de Tsahal. Comment Netanyahu a-t-il réagi ?
« Il y a eu un moment précis — je ne saurais dire exactement quand, mais je l’estime quelque part en février ou mars — où le Premier ministre a commencé à croire que tout était personnel et dirigé contre lui, qu’on complotait contre lui et que l’armée en faisait partie. J’imagine qu’il a perçu ces lettres d’avertissement comme faisant partie de cette même tentative de faire pression sur lui. Après tout, il l’a lui-même déclaré lors d’une interview sur la chaîne 14, dans laquelle il a qualifié ces avertissements d’exagérés. »

Ces lettres, tout comme les nombreux autres avertissements émis à la même période, ne prédisaient pas explicitement une attaque du Hamas de l’ampleur de celle du 7 octobre. Elles soulignaient toutefois l’érosion de la dissuasion israélienne et le sentiment croissant, chez les ennemis d’Israël, d’une plus grande liberté d’action à son encontre. Plusieurs incidents survenus durant cette période auraient aussi dû tirer la sonnette d’alarme : une attaque terroriste ratée du Hezbollah au carrefour de Megiddo, où l’engin explosif a fini par détoner ; une tentative d’assassinat déjouée visant l’ancien ministre de la Défense et chef d’état-major de Tsahal, Moshe (« Bogie ») Ya’alon, avec un explosif qui a explosé dans le parc Yarkon à Tel-Aviv ; l’installation d’une tente par le Hezbollah dans le nord d’Israël ; ainsi que des attaques terroristes en Judée-Samarie, autorisées et dirigées par le quartier général du Hamas à Gaza.

Le chef du Shin Bet, Ronen Bar, a préconisé une action à Gaza, mais sa proposition a été rejetée. Le chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, a recommandé une réponse ouverte au Liban pour contenir le Hezbollah. Netanyahou a refusé et n’a autorisé qu’une réponse clandestine, qui resterait en deçà du seuil d’escalade. « Netanyahou a déclaré explicitement à l’époque que ce qui comptait pour lui, c’était la normalisation », explique Gil, en faisant référence aux relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite. Il pensait que, si le monde arabe se rapprochait d’Israël, les Palestiniens suivraient le mouvement. C’était le prisme à travers lequel il percevait la réalité. Et chaque fois qu’un événement survenait, il y avait une explication toute trouvée. Quoi qu’il en soit, il estimait que tout visait à l’influencer au sujet de la réforme judiciaire et que l’appareil de sécurité ne faisait qu’exagérer la situation. Dans son esprit, ces avertissements ne s’agrégeaient jamais pour former une vue d’ensemble. »

-À quel point étions-nous proches d’un accord avec l’Arabie saoudite ?
« Je ne vais pas entrer dans les détails. C’est une question sensible. Je dirai simplement que nous étions, à mon avis, plus proches du but qu’on ne le pense, même si nous ne représentions qu’un des sommets d’un triangle qui incluait également les Saoudiens et les Américains. Au début, Netanyahou voulait gérer le processus au sein d’un cercle très restreint. J’ai insisté pour que Tsahal et le ministre de la Défense y soient associés, et c’est ce qui s’est passé. »

-Pourquoi voulait-il les tenir à l’écart ? Par méfiance ? Pour s’en attribuer le mérite ?
« Je l’ignore, et cela importe peu. On ne peut pas mener un tel processus uniquement avec le Mossad et le Conseil de sécurité nationale. Ce n’est pas sérieux. Le ministre de la Défense et l’armée sont des acteurs clés ; ils auraient fini par l’apprendre de toute façon. »

Diviser pour régner
Gil a été témoin de près —il servait parfois de paratonnerre — de la tension croissante entre Netanyahou et les chefs de l’appareil de sécurité. Il relate de nombreuses réunions et conversations, dont certaines furent houleuses. Netanyahou accusait les responsables de la sécurité de politiser leur action et de chercher délibérément à faire capoter la réforme judiciaire. Ces derniers rétorquaient qu’ils veillaient à la sécurité d’Israël.

Gil dit que Netanyahou était régulièrement informé des lacunes concernant l’état de préparation et les capacités opérationnelles de l’armée. Il était question du nombre d’avions et de pilotes, des tentatives délibérées de semer la discorde entre les pilotes et le personnel au sol, ainsi que du fait que les ennemis d’Israël pouvaient voir et entendre ce qui se passait et risquaient d’exploiter la situation. « Netanyahou ne cessait de répéter qu’une poignée de milliardaires alimentait les manifestations et manipulait les esprits. Je lui ai dit : « Monsieur le Premier ministre, il ne s’agit pas de quelques milliardaires. Ce sont des dizaines de milliers de personnes, issues de l’élite de la société israélienne. C’est la ‘Startup Nation’. C’est l’industrie de la cyberdéfense dont vous êtes si fier. Ce ne sont pas des agitateurs subversifs. » Parfois, j’avais l’impression qu’il n’écoutait pas vraiment. »

-A-t-il cessé d’écouter les chefs des services de sécurité ?
« Non. Il les écoutait toujours. Mais il les voyait séparément. Il s’entretenait avec chacun d’eux, mais individuellement. Il refusait de les réunir tous ensemble, et il était évident qu’il était déjà profondément convaincu que tout cela était dirigé contre lui, que la démarche relevait de la politique plutôt que de considérations professionnelles.»

À la veille du vote par la Knesset, en juillet 2023, de la loi de restriction du recours au critère de « raisonnabilité » par le système judiciaire, Halevi a demandé à rencontrer Netanyahou. À l’issue de leur entretien, Netanyahou a demandé au chef d’état-major de rencontrer Aryeh Deri, le président du parti Shas, et Yariv Levin, le ministre de la Justice. « Je ne sais pas s’il voulait réellement les influencer pour assouplir le texte de loi, ou s’il cherchait simplement à donner au chef d’état-major l’image d’un homme qui tentait d’agir sur eux. »

Halevi a sollicité une nouvelle entrevue avec Netanyahou. Elle a été fixée au dimanche. « Nous avons passé tout le samedi au téléphone », se souvient Gil. « Nous avons passé en revue des chiffres. X personnes sur Y n’étaient pas opérationnelles, ce qui avait des conséquences sur la cadence des frappes aériennes en cas de guerre. C’étaient des données qu’on ne pouvait ignorer. Le dimanche, Netanyahou a été hospitalisé et la réunion avec Herzi a été reportée. Herzi m’a chargé de remettre un document à Netanyahou. Les points essentiels étaient que l’ennemi percevait notre faiblesse et voyait les liens qui unissent la société israélienne se déliter. À 20 heures, je suis arrivé à l’hôpital pour voir Netanyahou. On a apporté à Bibi une lettre du chef d’état-major, et il a fait le lien avec Kaplan [la rue de Tel-Aviv, épicentre des manifestations antigouvernementales]. C’était son état d’esprit. Ensuite, Ronen s’est entretenu avec lui via ma ligne sécurisée. Ce ne fut pas une conversation brève. Il a dit à Netanyahou qu’il s’agissait d’un moment charnière. »

-Il a transmis un « avertissement de guerre ». Ce sont les termes employés par Ronen Bar
« Exact. Il a dit à Netanyahou qu’il s’agissait d’un avertissement de guerre, mais pas d’une alerte conventionnelle assortie d’une date et d’un lieu précis. Il a expliqué qu’il ne pouvait pas dire quand, où ni comment, mais qu’un bouleversement majeur affectait la sécurité nationale. »

-Comment Netanyahu a-t-il réagi ?
« Sans réaction particulière. Il était aussi affaibli après une intervention médicale. »*

-Permettez-moi de poser la question autrement. Comment tout Premier ministre devrait-il réagir face à un avertissement de guerre ? Après tout, la situation était inédite.
« On attend du Premier ministre qu’il convoque immédiatement une réunion pour avoir une vue d’ensemble, examiner ce qui s’était passé au cours de ces mois, passer en revue chaque front et évaluer ce que nous y avions vécu, puis ordonner un nouvel examen des renseignements bruts pour déterminer si nous les avions correctement interprétés.
« Netanyahou a refusé de le faire. D’écouter tout le monde. Pas séparément, mais ensemble. J’ai suggéré à plusieurs reprises qu’il s’assoie avec les trois chefs des services de sécurité. À une occasion, il a envisagé de le faire, puis a refusé.  Je lui ai dit que ce n’était pas une question politique. Il ne voulait pas. »

-Cela aurait-il pu amener quelqu’un à remettre en question la doctrine dominante ?
« Ce qui compte, c’est la politique. La politique consiste à mettre en œuvre une doctrine de sécurité nationale — qu’elle soit écrite ou non — fondée sur plusieurs piliers : sécuritaire, économique, social et diplomatique. L’objectif de chacun d’eux est d’apporter résilience et prospérité aux citoyens du pays. Aucun pays au monde ne part en guerre pour la moindre bricole. Tout le monde ne ressemble pas à Itamar Ben-Gvir et aux politiciens d’Otzma Yehudit, qui voient chaque problème comme un clou simplement parce qu’ils ont un marteau.
« D’ailleurs, c’est pour cela que le Premier ministre évitait de soumettre bon nombre de dossiers au cabinet diplomatique et de sécurité. Tout y fuyait, et les discussions n’étaient pas toujours sérieuses. Au début, il lui arrivait même de dire à Ben-Gvir : « Vous ne comprenez rien à ces choses-là. »
« La politique d’Israël veut qu’on ne parte pas en guerre pour chaque incident. Cela a-t-il eu un impact ? Certaines personnes au sein de l’appareil de sécurité se sont-elles tellement attachées à cette approche qu’éviter la guerre à tout prix est devenu leur priorité ? Oui, il y en avait. Mais c’était là la politique. Et lorsqu’on l’associe à la tromperie orchestrée par le Hamas — qui faisait preuve de retenue tout en nous laissant croire qu’il avait été dissuadé —, cela a engendré une doctrine erronée. Tout le système s’y est laissé prendre, dans la crainte constante d’une erreur de calcul. »

-Expliquez-vous.
« Cette question a été largement débattue avant le 7 octobre. Le Hamas soupçonnait que nous préparions une opération, et l’on craignait qu’il n’interprète la moindre action israélienne inhabituelle comme les préparatifs de cette opération et ne lance une attaque préventive. Bon nombre des décisions prises visaient à éviter de donner au Hamas un prétexte pour agir. Cette considération était omniprésente. Elle faisait partie intégrante de la politique suivie. »

-Netanyahou affirme que l’appareil de sécurité formulait des recommandations et qu’il se contentait de les approuver. Les responsables de la sécurité soutiennent, eux, qu’il s’agissait de sa politique et qu’ils ne faisaient que l’appliquer. Où se trouve la vérité ?
« Cette idée nouvelle, qui consiste à dissocier le commandement de la responsabilité, est absurde. Je vais répondre en me basant sur le monde que je connais. Supposons que je commande l’unité Duvdevan (une unité d’élite de lutte antiterroriste de Tsahal opérant sous couverture) et que, lors de la planification opérationnelle, je décide d’emprunter un itinéraire précis alors que mes subordonnés me le déconseillent. L’opération échoue. J’en suis responsable. Prenons un second scénario : j’accepte la recommandation de mes subordonnés, je modifie le plan, et l’opération échoue. J’en suis responsable. Je ne comprends donc pas ce débat. Vous êtes le chef. Si la décision venait de vous, que l’opération ait réussi ou échoué, elle vous incombe. Et si vous avez suivi une ligne de conduite recommandée par d’autres et que cela a échoué, elle vous incombe tout autant. La décision est la vôtre, tout comme la responsabilité. C’est un débat stérile. »

-Y a-t-il eu des recommandations d’ éliminer les dirigeants du Hamas ?
« De temps à autre, des recommandations étaient formulées en faveur d’opérations offensives d’envergure, que le Premier ministre n’a pas approuvées. Lors de presque toutes les réunions, Ronen Bar présentait les avancées du Shin Bet sur la traque de Yahya Sinwar et de Mohammed Deif, ainsi que l’élaboration du dossier de renseignement à leur sujet. Il montrait des images de surveillance et exposait les lacunes subsistantes en matière de renseignement. Il recommandait la marche à suivre selon lui. À plusieurs reprises, il a préconisé de passer à l’action. Herzi a aussi formulé des recommandations concernant le Liban. Je me souviens d’au moins trois occasions où Ronen a recommandé d’éliminer, à Gaza, des agents qui pilotaient des activités terroristes en Judée-Samarie ; il a élaboré des scénarios qui allaient jusqu’à cibler Sinwar et Deif. Ces recommandations n’ont pas été suivies d’effet, là encore en raison de la politique en vigueur. On craignait une escalade. On estimait que le moment n’était pas venu pour un nouveau cycle de combats. On pensait que la normalisation était imminente. »

-Netanyahu dit que Ronen Bar ment. Je repose donc la question : y a-t-il eu des recommandations de mener des éliminations ciblées à Gaza ?
« Je ne suis pas juge. Je suis venu ici pour exposer les faits. La réponse est oui, avec trois points d’exclamation. Était-ce la bonne décision ? Je l’ignore. Le Premier ministre avait-il le droit de rejeter cette recommandation ? Oui. Pourquoi cherche-t-on aujourd’hui à discréditer les chefs des services de sécurité ? C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de m’exprimer publiquement, afin d’expliquer ce qui s’est réellement passé. Car on ne peut pas transmettre des documents partiels au Contrôleur de l’État et les utiliser à la Knesset s’ils ne reflètent pas la réalité. »

-Des éléments mensongers ont-ils été présentés au Contrôleur de l’État ?
« Les éléments présentés au Contrôleur de l’État sont authentiques, mais il ne s’agit ni de paragraphes complets ni de documents dans leur intégralité. C’est comme si je vous montrais la trompe d’un éléphant sans vous laisser voir l’éléphant présent dans la pièce. J’aurais été fier si le Premier ministre avait déclaré : « J’ai décidé de ne pas le faire car j’ai pris en compte des intérêts nationaux et diplomatiques plus larges. » C’est une position légitime. Ce qui n’est pas légitime, c’est de prendre la réalité et de la déformer pour salir les chefs des services de sécurité. Qualifier le chef du Shin Bet de « criminel » franchit une ligne fondamentale. Le chef du Shin Bet, le chef d’état-major de Tsahal et le chef du renseignement militaire peuvent tous être jugés pour leurs erreurs et leurs échecs. Mais on ne peut pas les accuser de trahison. Je l’affirme sans équivoque : il n’y a pas eu de trahison. Quiconque avance une telle affirmation doit en apporter la preuve. S’ils ne peuvent pas le prouver, ils manquent à leur devoir et sapent le tissu de la société israélienne. »

-Le bureau du Premier ministre a-t-il encouragé la théorie du complot autour de la trahison ?
« Peut-être que quelqu’un a évoqué l’idée à l’occasion. Je n’ai jamais entendu le Premier ministre en parler directement. »

-Alors, d’où cela vient-il ?
« Cela permet aux gens d’expliquer pourquoi la direction politique ne porte aucune responsabilité : parce que l’appareil de sécurité l’a trahie. S’il y a eu trahison de la part de l’appareil de sécurité, s’il y a eu un putsch, alors la direction politique n’est pas le moins du monde responsable. Après tout, le Premier ministre a mené une politique et en assume la responsabilité. Mais dès l’instant où l’on affirme qu’il y a eu trahison — et que l’on amplifie cette thèse — on dissocie la direction politique des événements du 7 octobre.
C’est arrivé parce que des gens nous ont trahis. Ils voulaient faire tomber le gouvernement. Ils ont trahi le gouvernement et le Premier ministre. C’est facile. Après tout, Tally Gotliv, qui ne cesse de relayer cette thèse de la trahison, a accès à une telle quantité de renseignements et d’informations. Et oui, bien sûr, je suis ironique. Que sommes-nous devenus ? Quelqu’un reste assis là à crier à longueur de journée et, soudain, cette personne devient le grand phare de l’humanité. »

Ce qui s’est passé à 6 h 12.
Dans la nuit du 7 octobre, Gil dormait chez lui. À 6 h 12, le chef de cabinet du directeur du Shin Bet l’a réveillé par un appel WhatsApp et lui a demandé de se connecter à la ligne sécurisée, le « téléphone rouge ». Gil a demandé s’ils pouvaient plutôt parler via WhatsApp. On lui a répondu que ce n’était pas possible. Il a demandé de quoi il s’agissait. La réponse s’est résumée à un seul mot : « Sud ». Cinq minutes plus tard, le chef de cabinet a rappelé.
À 6 h 17, il a appelé sur la ligne rouge. Nous avons discuté pendant cinq minutes. Il m’a informé que des cartes SIM inhabituelles avaient été activées, mais que ce genre de chose s’était déjà produit par le passé. Que certains hauts responsables du Hamas étaient passés dans la clandestinité, mais pas d’autres, notamment Sinwar. Et que le Jihad islamique demandait lui aussi au Hamas ce qui se passait, si quelque chose était en train de se tramer, sans obtenir de réponse de leur part.
Il a ajouté qu’une nouvelle évaluation de la situation aurait lieu plus tard et que le directeur du Shin Bet avait ordonné le déploiement d’une équipe « Tequila » (une unité antiterroriste d’intervention rapide) vers le sud. J’ai répondu que j’allais m’entretenir avec le chef de cabinet du chef d’état-major de Tsahal. Il a fallu quelques minutes avant que nous parvenions à nous joindre, et au moment même où notre conversation débutait, les tirs de roquettes ont commencé.
Nous avons immédiatement compris qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. J’ai raccroché, appelé Netanyahou et lui ai dit : « Monsieur le Premier ministre, nous sommes en guerre. Le Hamas tire massivement, il atteint même la région du Sharon. » J’ai ajouté que je faisais le lien avec les renseignements reçus quelques minutes plus tôt et que le Hamas avait lancé une attaque surprise de grande envergure. Je lui ai dit que j’allais recueillir des informations et le recontacter. L’appel a duré moins d’une minute. »

-Qu’a-t-il dit ?
« Je ne m’attendais pas à ce qu’il réponde. Il était clair pour nous deux que l’objectif de l’appel était simplement de l’informer. Quiconque pense qu’il aurait commencé à donner des ordres à ce stade ne comprend pas la situation. Une fois l’appel terminé, j’ai passé plusieurs coups de fil.
Parallèlement, j’ai demandé à mon bureau de me mettre en relation avec le Premier ministre via la ligne rouge. C’est une procédure qui prend quelques minutes. Le Premier ministre n’a pas de téléphone rouge juste à côté de lui. À 6 h 40, mon bureau nous a reliés par la ligne sécurisée et j’ai eu avec lui cette conversation désormais célèbre. Je lui ai fait un point de situation basé sur ce que je comprenais à ce moment-là et lui ai dit que je m’apprêtais à partir pour la Kirya. J’ai quitté mon domicile à 7 h 02 et suis arrivé à la Kirya quelques minutes plus tard. En chemin, j’ai convoqué mes collaborateurs. »

-Le chef d’état-major et le chef du Shin Bet sont accusés de ne pas avoir appelé Netanyahou directement pour le tenir informé.
« Ce n’est pas ainsi que les choses fonctionnent. On ne l’appelle pas simplement comme ça. Le chef d’un service de sécurité n’appelle pas directement le Premier ministre. Que ce soit le chef d’état-major de Tsahal, le chef du Shin Bet ou le directeur du Mossad, tout passe par le secrétaire militaire. C’est la procédure réglementaire. Le secrétaire militaire doit également comprendre de quoi il s’agit. Il doit préparer le terrain. Parfois, le chef du Shin Bet souhaite émettre un avertissement, et le secrétaire militaire doit vérifier si le directeur du Mossad ne voit pas les choses différemment. La procédure veut donc que le chef d’une organisation demande à s’entretenir avec le Premier ministre. Nous demandons quel est le sujet, clarifions la situation, puis mettons le Premier ministre en communication. »

-Aurait-on dû vous appeler ?
« Il existe deux canaux : le flux de renseignements et les échanges entre commandants. Le canal du renseignement repose sur des procédures et des systèmes de transmission de l’information. Tous les renseignements parvenus aux bureaux des hauts responsables étaient également transmis au bureau du Premier ministre via les bases de données appropriées et les groupes WhatsApp associés au système du « téléphone rouge ». Nous recevions tous les rapports de renseignement accumulés durant la nuit. Quiconque prétend que des informations ont été dissimulées ment. »

-À 3 h 55 du matin, votre adjoint chargé du renseignement a été réveillé.
« Il a reçu un appel du centre des opérations de renseignement l’informant d’un message qui contenait plusieurs éléments. Des cartes SIM suspectes avaient été activées dans la bande de Gaza, mais cela n’était pas considéré comme inhabituel, car c’était déjà arrivé par le passé. Le Hamas affichait alors une activité conforme à la routine. Par ailleurs, une nouvelle évaluation de la situation était prévue pour le matin. L’adjoint chargé du renseignement — un officier professionnel, sceptique et sérieux — a lu le message et s’est dit que si les termes « routine » et « rien d’inhabituel » y figuraient à trois reprises, et si aucune autre évaluation de la situation n’était prévue avant le matin, alors la situation n’était pas urgente non plus. Il a donc décidé de ne pas me réveiller. Était-ce justifié ? Compte tenu des informations disponibles, je le pense. S’il m’avait réveillé, aurais-je réveillé le Premier ministre ? Je l’ignore. »

-Comment communiquiez-vous habituellement avec le Premier ministre ?
« Si un élément important nécessite son approbation, ou s’il y a une information capitale dont il doit prendre connaissance, je le réveille. Il y avait déjà eu par le passé des incidents similaires à Gaza qui n’avaient pas été signalés en temps réel, car on pensait qu’il s’agissait d’exercices — ce qui s’est avéré exact. Cette fois, la tromperie a fonctionné et le système a failli. »

-Mais à un moment donné, Ronen Bar a décidé d’envoyer une équipe « Tequila » vers le sud. En d’autres termes, il avait bien décelé quelque chose d’inhabituel.
« C’est pourquoi il a également ordonné qu’on me réveille. Cela s’est produit à l’issue de son évaluation de la situation, à 5 h 30 du matin. Son chef de cabinet, occupé par d’autres affaires, ne m’a appelé que 42 minutes plus tard. Mais Ronen Bar avait bien donné l’ordre de me réveiller. »

-Netanyahou affirme que s’il avait été réveillé, il aurait donné des instructions susceptibles de changer la donne. Vous avez été à ses côtés dans de nombreuses situations similaires. A-t-il jamais donné, au cours d’un bref appel téléphonique, des instructions contredisant les évaluations ou les recommandations de la hiérarchie de Tsahal et du Shin Bet ?
« Il n’est jamais arrivé que le Premier ministre donne une instruction contredisant l’ensemble de l’appareil sécuritaire lors d’un bref appel téléphonique. Mais supposons qu’il ait été réveillé. Il aurait entendu tous les chefs des services expliquer que telle était leur interprétation opérationnelle des renseignements : il y avait des signes inhabituels, mais ils ne prévoyaient pas d’escalade et avaient ordonné une vigilance accrue. Je pense qu’il aurait soutenu leurs décisions et demandé une nouvelle évaluation de la situation le matin venu. Ah, et il aurait donné pour consigne à chacun d’éviter toute erreur de jugement, comme il le faisait toujours. »

-Selon la version du Premier ministre, il n’est arrivé à la Kirya qu’à 8 h 30. Une guerre était en cours, le chaos régnait partout. Pourquoi lui a-t-il fallu deux heures ?
« Je ne sais pas. Demandez-lui. »

-Certains disent qu’il n’était pas opérationnel durant ces heures-là, ni même au cours des premiers jours.
« Je ne suis pas psychologue et je ne suis pas là pour évaluer la manière dont les Premiers ministres fonctionnent. Je suis un secrétaire militaire qui présente les faits, rien de plus. Chacun peut analyser l’emploi du temps et juger s’il a bien agi ou non. Chacun est libre de se faire sa propre opinion. »

-L’entourage de Netanyahu soutient que le chef d’état-major de Tsahal et le chef du Shin Bet n’étaient pas opérationnels ce jour-là.
« Tout comme je refuse de noter la performance du Premier ministre — alors même que j’étais à ses côtés —, je ne trouve pas approprié que d’autres jugent la performance d’autrui. J’ai entendu Topaz Luk s’exprimer à ce sujet. Il n’a vu ni le chef d’état-major ni le chef du Shin Bet avant le soir ; je ne sais donc pas de quoi il parle. Et, de manière générale, il vaudrait mieux que chacun examine sa propre performance. »

-Netanyahou reproche au chef d’état-major et au chef du Shin Bet de ne pas l’avoir tenu informé durant la nuit. Pourquoi ne leur a-t-il pas parlé le matin, une fois la guerre déclenchée ?
« Je ne sais pas. Il ne l’a pas demandé. »

 

*la Kirya, quartier central de Tel-Aviv qui abrite le ministère de la Défense(Ndlr)