Le passage de 2018 à 2019 s’est effectué pour nombre d’entre nous qui nous préoccupons -pas seulement mais intensément- d’Israël et d’une solution politique au conflit israélo-palestinien, sous les ténèbres de la mort d’Amos Oz. Tout ou presque a déjà été dit tant sur son talent littéraire que sur son engagement politique et humain. Nous ne pouvons oublier qu’il fut de ceux à l’origine de la création de Shalom Akhshav, que dès les lendemains de la guerre des Six jours il a su résister à l’euphorie naissante et percevoir le danger de l’occupation pour Israël lui-même. Car si Amos Oz était “pro-palestinien”, il l’était parce que soucieux d’abord et avant tout d’Israël, de sa langue, de son devenir et de la pérennité de ses valeurs.

Ce n’était pas un pacifiste, appellation qu’il récusait car il se souvenait fort bien que ceux qui étaient venus libérer des camps nazis deux jeunes filles de sa famille, n’étaient pas venus sans armes ni ne prônaient la conception de “faites l’amour, pas  la guerre”. Il était un combattant, et il a porté les armes, mais un combattant de la paix! Lucide mais pas sans espoir.

Et c’est sa fille, Fania Oz-Salzberger, qui nous le dit  lors de l’inhumation de son père: “…Mon père est mort, et quiconque pense que l’espoir est mort en Israël avec la disparition d’Amos Oz ne l’a pas vraiment connu. Parce qu’il savait que nous étions capables de continuer…”. Elle précise bien qu’il s’agit de “…l’espoir d’une paix réelle en un Israël  démocratique, État des Juifs et de tous ses citoyens, État de loi et de justice sociale, État dans lequel la langue de la Tora s’épanouira tout comme la culture juive et hébraïque et avec elles, les cultures arabe et du monde…”.

A nous d’entendre son message, à nous de poursuivre son combat, de nous montrer dignes de sa vision qui ne s’éteint pas avec lui, et pas seulement parce que sa famille, avec son accord sans doute, vient de faire don de ses cornées.

Il est loin d’être acquis que les élections d’avril 2019 permettent à cet espoir un quelconque début de concrétisation. La période actuelle est plus celle d’une désintégration des partis existants que d’une recomposition des forces politiques. À presque chaque jour  son nouveau parti. Plus il y en a, moins il est question de programmes et de projets politiques.

Une caricature illustre cette situation: on y voit Benny Gantz s’adresser à Moshe Ya’alon “On va créer de nouveaux partis“et ce dernier de questionner: “Que va t-on dire au public?“. La réponse fuse “Rien!“. Certes nous ne sommes qu’en début de la campagne et les choses vont sans aucun doute bouger d’ici le 9 avril 2019…

Dans son flyer de bonne année, Shalom Akhshav écrit “2019 sera une année décisive. Aidez-nous à en faire une meilleure année“.
A tous, nos voeux pour qu’au plan personnel cette année qui commence soit effectivement meilleure que la précédente. Au plan sociétal, que régressent les processus dont Amos Oz était  parfaitement conscient, aux dires de David Grossman dans son hommage : “…Il voyait comment la force du radicalisme et de la violence ne fait que croître sous toutes ses formes, comment les peurs façonnent la réalité, et comment certains attisent ces peurs afin de créer une certaine réalité“!  Alors deviendra possible une solution à deux États au conflit israélo-palestinien.