Les leçons d’une démission


article en anglais sur le site d’Haaretz

Sous reserve de developpements surprises, la demission du Premier ministre
palestinien Mahmoud Abbas semble annoncer l’effondrement d’un effort
politique effectue depuis six mois pour canaliser le conflit
israelo-palestinien vers la table des negociations. Ce fut un effort
complexe, de la part de toute la communaute internationale (l’ONU, les
Etats-Unis, l’Union europeenne, la Russie et le monde arabe modere emmene
par l’Egypte), et un processus fonde sur deux principes : l’adoption de la
feuille de route, et le remplacement de la direction active de l’Autorite
palestinienne.

Israel, comme tous les autres acteurs de ce processus, se doit d’examiner
son propre comportement, dans l’enchainement des faits qui a conduit a
l’echec. En apparence, Israel comme les Palestiniens disposaient d’un cadre
pour calmer le conflit arme, un cadre raisonnable a la fois en termes
d’objectifs et de contenu de l’accord qu’il proposait, et du mecanisme de
gestion du processus et de son calendrier. Le resultat decevant implique que
certaines lecons doivent en etre tirees.

A premiere vue, les raisons de cet echec sont tout a fait evidentes. Du
point de vue israelien, Yasser Arafat a prouve une fois de plus qu’il etait
un incorrigible poseur de mines destinees a torpiller tout dialogue avec
Israel. Abbas n’avait pas la dimension requise pour affronter Arafat. Les
Americains n’ont pas exerce sur la direction palestinienne la pression
necessaire, au moment ou il l’aurait fallu, pour qu’elle assume les
responsabilites definies dans la feuille de route. Les organisations
terroristes n’ont jamais renonce a leurs preparatifs d’attentats
terroristes.
La consequence de ces intrigues et de ces echecs a ete que les Palestiniens
n’ont pas soumis toutes leurs forces armees au gouvernement Abbas, et cette
contradiction, entre les engagements pris a Akaba et les accords avec le
Hamas et le Jihad islamique, a eclate avec la hudna.

Du point de vue palestinien, l’echec a trouve sa source dans la perpetuation
de la politique israelienne d’assassinats et d’arrestations d’hommes
recherches, d’un manque insultant de generosite dans les gestes susceptibles
d’inspirer a la population palestinienne un soutien au dialogue politique,
du fait qu’Israel n’a pas tenu ses engagements pris dans la feuille de route
et n’a pas evacue ni demantele les avant-postes, et d’un manque de
comprehension face aux difficultes que rencontrait Abbas pour asseoir son
autorite.

Il n’y a aucune symetrie dans la culpabilite. Abbas a fait comprendre qu’il
considerait Arafat comme l’element-cle qui a affaibli et contrecarre ses
plans, Israel ne peut en retirer aucun reconfort. Apres trois ans de bain de
sang, nous en sommes revenus au point de depart, a un nouveau cycle de
violences qui produira deuils, souffrances et d’enormes dommages des deux
cotes, sans les rapprocher le moins du monde d’une solution.

Meme si l’on tient compte du fait que la demission d’Abbas, en supposant
qu’elle soit irrevocable, constitue une preuve que sa politique d’abandon du
terrorisme n’est partagee que par une faible minorite de l’opinion et de la
direction palestiniennes, la societe israelienne ne peut pas se drapper de
son bon droit et dire qu’elle a tout fait pour calmer le conflit. Il est
essentiel pour l’existence d’Israel de mettre fin au conflit qui l’oppose au
peuple palestinien, afin d’assurer l’avenir de l’entreprise sioniste. Ce
serait une grave erreur que de plonger a nouveau dans le conflit arme et
d’abandonner tout espoir de chercher une issue au conflit.