Les implantations dans les territoires conquis en 1967 sont un piège pour Israël


Depuis 35 ans déjà, Israël se retrouve avec la responsabilite de gérer une conquète de territoires qu’il n’avait pas prévue. Ce qui s’est passe depuis, montre qu’on ne peut pas confondre impunément réalite politique et mythe
religieux. La continuation de l’occupation, et le développement accéléré et irresponsable de la politique d’implantations dans ces territoires, créent un conflit insurmontable entre la Terre d’Israël et l’Etat d’Israel. Nous sommes arrivés à un point où il faut avoir la lucidité et le courage de reconnaitre qu’il est impossible d’avoir les deux. Ceux qui veulent la terre portent la responsabilite du risque d’un écroulement à terme de l’Etat. Ceux qui veulent préserver l’Etat doivent se résoudre à abandonner une partie de la terre. La reconnaissance de la légitimité historique et politique de l’Etat d’Israël par ses voisins est encore loin d’être acquise, et il serait bien naïf de penser que le seul fait d’être irréprochable du point de vue moral et politique soit une garantie qui prémunisse contre tous les dangers et le refus de l’autre. Dans ces conditions, les décisions et les choix doivent être basés sur un seul critère : ce qui garantit à long terme la pérennité de l’existence de l’Etat d’Israël.

Israël gagne contre ses adversaires quand il prend des initiatives. Hier, pour se défendre, ces initiatives étaient militaires. Aujourd¹hui, la meilleure facon de se défendre est aussi de savoir prendre des initiatives politiques, et de contraindre ainsi l’adversaire à révéler ses véritables intentions. Dans une certaine mesure, c’est ce que Ehud Barak et son gouvernement avaient su faire. A ce moment là, le soutien ou à tout le moins la neutralité bienveillante de la communauté internationale étaient acquis. Depuis, le piège de l¹Intifada d’Al’Aqsa se referme de plus en plus sur Israël, et il est impératif de reprendre l’initiative, car il n’y aura aucune issue purement militaire au conflit israélo-palestinien dans sa forme actuelle. Le terrorisme palestinien n’a aucun intérêt lui, à voir l’état de tension actuel se résorber, bien au contraire. Cet état de tension nourrit et justifie également l’intransigeance des colons israéliens, qui entretiennent encore l’illusion qu’ils pourront éternellement vivre au milieu de la haine et du rejet des Palestiniens. Cet acharnement irresponsable et égoiste de
ces colons donne des arguments à tous les irrédentistes de l’antisionisme. Si ce conflit reste sans issue, le risque est aussi grand de voir la société israélienne s’affaiblir de l’intérieur. Les problèmes économiques et sociaux
sont de plus en plus négligés. L’intégration des différentes communautés au sein d’un même Etat n’est pas
traitée. Les conflits entre religieux et laiques sont exacerbés, et ont comme conséquence des divisions internes de la société israélienne autour de conflits catégoriels et à court terme, alors que les questions de fond sur
la sécurite et l’existence à long terme ne sont pas traitées et débattues.

Il faut soutenir activement tout ceux en Israël, qui cherchent des voies et multiplient les initiatives et les propositions pour sortir des pièges tendus par les extrémistes des deux bords. La Coalition de la paix en Israël formée par le regroupement de Shalom Akhshav, Meretz, les colombes travaillistes, le Mouvement kibboutzique, le Hashomer Hatzair, Netivot Shalom et La Ligne verte, montre la voie et a commencé à jeter les bases d’une plate-forme politique permettant de sortir de l’impasse actuelle, avec l’aide de ceux des Palestiniens qui sont assez lucides pour refuser aussi la spirale de violence actuelle :

 Israël informerait les Palestiniens et la communauté internationale de sa décision de mettre un terme à l’occupation des territoires conquis en 1967 selon un processus politique progressif et négociable.

 Israël reconnaitrait le principe “deux États pour deux peuples”, sur la base des frontières du 4 juin 1967, avec des ajustements mineurs et réciproques.

 Jérusalem resterait unie, mais la capitale de deux États, selon des modalités à définir.

 Deux lois du Retour seraient proclamées : celle des Palestiniens dans le nouvel Etat palestinien, celle des Juifs, y compris les colons, à l’intérieur des frontières de l’Etat d’Israël.

 Des garanties seraient données par les Palestiniens qu’un terme serait mis aux actions terroristes.

 Afin d’amorcer ce processus, Israël mettrait en oeuvre un retrait unilatéral d’un certain nombre d’implantations de la bande de Gaza. Cette initiative permettrait en outre de tester la réalite des intentions palestiniennes, face à cette nouvelle donne politique.

On reviendrait ainsi aux principes qui avaient guide les dernières négociations de Taba. L’idéal sioniste, dans la variété de ses composantes et de ses sensibilités, consistait à vouloir créer une société et un Etat qui permettraient au peuple juif de se perpétuer et de s’épanouir dans la liberté et la démocratie. Un tel Etat ne peut exister et se développer sur la base de ses principes fondateurs, que si les peuples qui l’entourent, et
en premier lieu le peuple palestinien trouvent aussi une issue équitable à leurs aspirations.

“Si vous pratiquez la justice les uns envers les autres, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve, alors je vous laisserai demeurer dans ce lieu, dans le pays que j’ai donne a vos pères, d’eternité en eternité.” (Jérémie 7,5)

En reconnaissant le fait qu’il ne pourra y avoir ni vainqueur, ni vaincu, et qu’il ne peut y avoir de gagnant dans la compétition absurde du “qui souffre le plus”, ou du “qui porte la cause la plus juste”, on rattraperait le temps perdu, mais on ne ressusciterait pas toutes les
victimes inutiles.