La stratégie sud-africaine de Sharon


Traduction Kol Shalom
(merci aux Amis Belges de Shalom Akhshav)


Les quelques opposants au Premier ministre affirment qu’il n’a pas de stratégie. C’est une grave accusation. En réponse, Ariel Sharon affiche sa sérénite, et de son point de vue, il a raison. D’une part, il bénéficie d’un large soutien de l’opinion publique, qui n’est pas, dans sa majorité, inquiète du manque de stratégie, pensant que le temps des visions appartient quelque part au futur et qu’entre temps, il y a un consensus sur la manière de combattre le terrorisme. D’autre part, il est pratique pour le Premier ministre et les départements de la sécurite d’être considérés comme n’ayant que des tactiques et n’ayant qu’une vision politique à court terme. De cette
façon, ils peuvent mettre en place leur stratégie sans trop attirer l’attention et les critiques.

Les déclarations du Premier ministre à propos de son acceptation d’un Etat palestinien et des “concessions douloureuses” ne sont pas des mots creux. Elles ne sont pas seulement destinées à calmer les inquiets et les critiques. Un examen de ce qui se met en place sur le terrain révèle une mise en oeuvre cohérente d’idées qui ne datent pas d’hier.

Un grand nombre des dirigeants des départements de la sécurite avaient un faible, dans les années 1970 et 1980, pour le régime apartheid en Afrique du Sud qui avait pour origine non seulement des intérêts pragmatiques, mais
aussi de la sympathie pour les dirigeants blancs dans le pays. Un des éléments qui a suscité énormement d’intérêt en Israël reste encore d’actualité : pour résoudre en apparence le problème démographique qui a dérangé les Sud-Africains blancs (c-a-d s’accrocher à toute l’Afrique du Sud sans donner des droits égaux, des droits civils et le droit de vote aux Noirs), le régime sud-africain a créé une fiction du nom de Bantoustans, modifiée par la suite en Homelands.

Le gouvernement sud-africain a établi de petites enclaves à travers le pays et les a appelées des “Etats indépendants.” Ces enclaves impuissantes, non pérennes, étaient entourées du territoire sud-africain et dirigées par des collaborateurs totalement asservis à l’autorité du grand voisin, l’Afrique du Sud. Tous les Noirs établis en dehors de ces Etats fictifs ont vu leur nationalité arbitrairement attribuée à ces Etats. En d’autres termes, ils devenaient des résidents étrangers dans leur propre pays.

Pour ceux qui désirent garder la Cisjordanie et Gaza, étendre les colonies sans annexer la population palestinienne, et qui comprennent que le transfert est impraticable, le modèle original sud-africain est particulierement tentant. Ce serait une erreur d’utiliser le terme de “cantons” dans ce cas, puisque les cantons sont des régions autonomes d’un Etat et de ses citoyens. Ici, l’idée est de transformer les Palestiniens qui vivent dans des régions qui seraient annexées à Israël en citoyens
étrangers.

Il y a deux éléments qui caractérisent la politique de Sharon à l’égard des Palestiniens : le siège des villes palestiniennes et la sape de l’autorité centrale palestinienne – avec ou sans Arafat. Clairement, une telle
situation nécessite des autorités locales dans les villes assiégées, ne serait-ce que pour rendre les services de base à la population. Ces autorités locales ne peuvent être soumises à l’Autorite palestinienne qui disparait progressivement, et ne peuvent non plus opérer sans être soumises aux autorites israéliennes.

Pourquoi ce plan n’a-t-il pas encore atteint ses objectifs ? Il est possible que sans la pression des Américains, l’Autorite palestinienne ne serait plus aujourd’hui qu’un souvenir de l’histoire. Mais même ainsi, lorsque le
Secrétaire à la Defense americain Donald Rumsfeld se réfère aux “prétendus” territoires occupés, il est clair que les Etats-Unis ne font que ralentir, et non arrêter, la stratégie de Sharon.

Sans que personne ne le remarque, un processus s’est mis en place pour établir un “Etat palestinien” limité aux villes palestiniennes, un “Etat” comprenant un nombre d’enclaves séparées, sans souveraineté, sans ressources pour subsister par lui-même. Les territoires de Cisjordanie et de Gaza
restent dans les mains israéliennes, et ses résidents palestiniens deviennent des “citoyens” de ce “pays étranger”.

A la lumière des actions du gouvernement israélien dans les territoires, il est très difficile de décrire le futur Etat palestinien autrement, ou en la matière, les “concessions douloureuses” promises par le Premier ministre. Une autre question est de savoir si une telle solution peut durer très longtemps au 21ème siècle, et au coeur du Moyen-Orient. Et plus difficile encore est de prévoir ce qui se passera lorsque cette solution s’effondrera.