La seule partie jouable


« La seule partie jouable »

Yediot Aharonot, le 13 août 2004

[[Haim Oron est ancien secrétaire général du mouvement kibboutsique et
ancien ministre de l’agriculture du gouvernement Barak]]


(…) Le quartier général de « la Majorite », coalition composee de partis
politiques et d’organisations non parlementaires, a l’origine de la grande
manifestation place Rabin, il y a deux mois, a ete, cette semaine, le lieu
d’un debat tres anime.

Il y a ete surtout question du slogan de la nouvelle la campagne
publicitaire que le groupe projette de lancer. Yariv Oppenheimer,
secretaire general de « Shalom Akhshav », a pour sa part, propose un texte
tres simple : « La majorite a décide : sortons de Gaza ». Mais les
representants de « l’initiative de Geneve » ont tres clairement fait
savoir qu’ils ne participeraient pas a aucune campagne ne mentionnant pas
explicitement la necessite d’une negociation avec les Palestiniens.
Le probleme va bien au-dela de la recherche d’un slogan. Dans l’esprit de
tous, le retrait de Gaza est vital. Le blocage de ce processus serait
interprete comme la preuve d’une impossibilite definitive d’evacuer les
implantations et de mettre fin a l’occupation : « Si meme Sharon ne peut
le faire, aucun Premier ministre ne le pourra ».
D’un autre cote, pour que la gauche franchisse le pas et aille jusqu’à
soutenir le gouvernement Likoud, il faut bien plus qu’un retrait de Gaza.

Ce n’est un secret pour personne que la gauche n’est pas satisfaite du
plan Sharon qui nie purement et simplement l’existence d’un interlocuteur
palestinien susceptible de negocier. D’un autre côte, chacun comprend que
c’est « la seule partie jouable », au moins dans les deux annees a venir.
C’est la le cœur du debat qui agite la gauche.
Les dirigeants de « La Paix Maintenant » ainsi que quelques membres du
Yahad/Meretz pensent qu’il faut soutenir le desengagement de Gaza ; les
artisans de « Geneve » au contraire, preferent rester a l’ecart plutot
que de se retrouver en position de soutenir Sharon.

Tzali Reshef, l’un des membres fondateurs de « La Paix Maintenant », pense
que la gauche devrait mener cette campagne et etre prete a cooperer avec
les moderes du centre voire de la droite, qui soutiennent le desengagement
: « Face aux grandes contre-manifestations organisees par les colons, il
faut mobiliser l’opinion publique afin qu’elle exprime son soutien au
desengagement – et si nous ne le faisons pas , personne ne le fera. »

Yossi Beilin, quant a lui, oscille entre ses camarades de gauche et ses
partenaires palestiniens. Le week-end dernier, quelque soixante-dix
israeliens et palestiniens, tous acteurs majeurs de « l’Initiative de
Geneve », se sont reunis a l’hotel Moevenpiek, au bord de la mer Rouge en
Jordanie, a l’endroit meme ou fut finalise voici un an, le texte connu
depuis sous le nom de « Document de Geneve » . La caracteristique majeure
de ces discussions fut a l’evidence, l’accueil tres reserve des
palestiniens a l’idee du’ desengagement’ unilatéral israelien.

Du cote israelien, seul un petit nombre des artisans de Geneve,
soutiennent l’idee du desengagement, citons parmi eux : Yuli Tamir,
ex-ministre travailiste ; Haim « Jumes » Oron [1], deputé Yahad/Meretz a
la Knesset, membre d’un kibbutz ; Nehama Ronen, dissidente du Likud ;
Amram Mitzna, ex-leader du parti travailliste qui contrairement a ses
prises de position anterieures se prononce aujourd’hui en faveur de
l’entree des travaillistes au gouvernement.
Les palestiniens quant a eux, voient le « desengagement » comme un piege
mis en place par Sharon.

Dans leur idee, c’est l’apprehension de Sharon face au role diplomatique
prepondérant que pourrait prendre Geneve ainsi que la volonte de renforcer
l’emprise israelienne sur la Cisjordanie, qui l’a poussé a prendre cette
decision unilaterale, tout comme Menachem Begin avait rendu en 1982 le
Sinai, dans le but d’avoir les mains libres pour lancer la vaste campagne
de colonisation des annees 80 et 90.

Plus encore, ils voient dans le changement d’attitude de Sharon, une
volonte de creer une situation de chaos et de provoquer une guerre des
gangs a Gaza, et ce, dans le but d’affaibir les elements moderes au sein
la societe palestinienne. C’est pour toutes ces raisons que les
participants palestiniens ont fermement condamne l’attitude leurs leurs
collègues israeliens, leur reprochant de s’accommoder du plan Sharon
plutot que de le combattre.

En conclusion, Israeliens et Palestiniens se sont mis d’accord sur le
projet d’elaborer un nouveau texte intitule ‘ de Gaza a Geneve », texte
qui exposerait les différentes façons de transformer cette action
unilaterale en simple phase d’un processus devant mener a un accord
global.