Il a quitte la scene mais ses idees ne sont pas oubliees


Haaretz, 18 decembre 2003[Cet article de Haaretz a ete publie avant l’intervention tres attendue
d’Ariel Sharon. Il montre que l’orientation politique proposee a la
Conference d’Hertzlyia l’an dernier par Amram Mitzna – vaincu aux elections

 est desormais reprise par le gouvernement. Il tire aussi la lecon de la
guerre en Irak : Israel ne peut compter que sur lui-meme.]

Traduction Kol Shalom (Amis Belges de Shalom Akhshav)

[->http://www.shalomAkhshav.be/]


“Nous devons mettre une frontiere contre le terrorisme, nous separer du
terrorisme palestinien et placer une frontiere. Si possible avec leur accord
mais si non, nous effectuerons un mouvement unilateral de separation (…),
pour creer une frontiere. Une frontiere arretee avec leur accord, ou une
frontiere unilaterale de securite”.

Ce que vous venez de lire n’est pas une fuite en provenance du discours tant
attendu du Premier ministre Sharon a Hertzliya . Ni un extrait d’une recente
interview des ministres du Likoud Ehud Olmert et Limor Livnat, ou du
ministre Shinoui Tommy Lapid. Non, ce sont les propos tenus par le depute
travailliste Amram Mitzna il y a tout juste un an, lors de la precedente
Conference d’Hertzliya.

Et ce qui suit, ce sont les paroles de l’homme qui etait alors president du
Parti travailliste et candidat Premier ministre. “L’initiative politique est
terriblement importante. Israel a toujours ete un pays qui a pris
l’initiative et qui a agi, sans considerer ses ennemis, ou meme, parfois,
ses amis. Nous devons decider, laisser de cote des concepts comme la gauche
et la droite, et mener une discussion approfondie sur les problemes
fondamentaux.”

Il faut relire ces lignes pour compredre le chemin parcouru depuis decembre
2002 par l’establishment politique israelien. Mitzna a ete defait aux
elections, s’est retrouve sur les bancs du fond, et n’a meme pas ete invite
a parler a Hertzliya cette annee. Un signe indiquant qu’il est hors
establishment. Mais ses idees n’ont pas ete oubliees et se trouvent
maintenant au centre des discours publics.

Sharon, qui a gagne largement les elections, s’est rapproche des positons de
son rival battu. Cette semaine, Olmert, presentant des opinions completement
identiques a celles de Mitzna l’an dernier, a paru aussi convaincant et
penetrant que celui-ci naguere. (A ceci pres qu’Olmert aujourd’hui attaque
l’initiative de Geneve, laquelle est soutenue par Mitzna – ce qui montre
qu’on a evolue a gauche aussi).

Olmert et Sharon ne sont pas les seuls a avoir fait une telle revolution. A
relire aujourd’hui les interventions a la Conference de l’annee derniere ,
on voit que les evaluations se sont revelees erronees et que les faux
espoirs se sont evanouis.

En 2002, la plupart des intervenants consideraient que les Americains
allaient vaincre en Irak et susciteraient une sorte de revolution regionale
qui permettrait a Israel de se debarrrasser legitimement du President de
l’Autorite palestinienne Arafat.

Le ministre de la Defense Mofaz parlait ainsi de “sortir le leadership
palestinien actuel de la scene de l’histoire”. Benjamin Netanyahu, alors
ministre des Affaires Etrangeres, appelait a appliquer a l’Autorite
palestinienne le modele americain suivi en Irak ; et a promis qu’apres avoir
‘vaincu et abandonne ce regime”, la democratie palestinienne s’eveillerait
“comme en Allemagne et au Japon”.

(…) A l’epoque, personne ne mentionnait le retrait des territoires, meme
sous couvert d’un “nouveau deploiement” ou du “transfert des colonies”.

Cette annee, les solutions-miracles ont disparu des propos d’Hertzliya.
L’Irak n’a pas ete mentionne, et meme la capture de Saddam Hussein n’a pas
suscite l’interet. Le ministre Mofaz s’est concentre sur le “fosse social”.
Le chef d’Etat-Major Ya’alon a dit le souci que lui causaient les desaccords
internes en Israel, ce qui lui rend difficile l’utilisation de la force
contre les Palestiniens afin de mettre fin au conflit. Le ministre des
Finances Netanyahou a declare que le nouveau leadership palestinien ne se
developperait que par un long processus de changement culturel.

Ce serait une erreur de penser que la guerre en Irak n’affecte pas Israel.
Elle a ecarte un regime hostile et une menace strategique, leur substituant
une armee americaine amicale. Les ennemis d’Israel sont sur la defensive, la
Syrie etant menacee de santions et l’Iran face a une demande de supprimer
ses plans nucleaires.

L’Egypte et l’Arabie Saoudite ont ete invitees a des remises en question
politiques. Meme les conservatrices Forces de Defense d’israel ont subi des
reductions budgetaires et des changements de structure. Mais la scene
palestinienne a ete moins affectee. L’espoir de voir l’Amerique apporter de
l’ordre dans la region et de voir Arafat evince comme Saddam s’est revele
faux.

Israel a compris qu’il ne peut compter sur les autres pour se tirer
d’affaire, qu’il ne peut compter que sur lui-meme pour ameliorer la securite
et la realite politique. C’est ce que Mitzna a propose l’an dernier et que
Sharon va proposer ce soir. Et apparemment, telle est la lecon a tirer de la
guerre en Irak.