« Je ne me fais pas d’illusion sur le fait que le gouvernement Bennett-Lapid fera avancer les négociations avec les Palestiniens. J’espère que les relations avec nos voisins arabes, tels que la Jordanie et l’Égypte, s’amélioreront. »


Traducteur : Bernard Bohbot pour LPM

Auteur : Gershon Baskin, The Jerusalem Post, 3 juin 2021

Photo : le gouvernement de Naftali Bennett et Yair Lapid pourrait-il vraiment être un désastre potentiel pour la gauche? © MIRIAM ALSTER

https://www.jpost.com/opinion/my-hopes-for-the-next-government-opinion-669926

Mis en ligne le 14 juin 2021


Le prochain gouvernement israélien sera, espérons-le, le « gouvernement du changement » dirigé par Naftali Bennett et Yair Lapid. Je n’arrive pas à croire que je viens d’écrire cela. Imaginez un homme de gauche pur et dur comme moi souhaitant qu’un gouvernement soit dirigé par Naftali Bennett et Yair Lapid. C’est mon espoir, car les alternatives sont désastreuses, soit le maintien d’un gouvernement dirigé par Netanyahou, soit un nouveau tour d’élections. Je ne me fais aucune illusion sur le programme et les capacités de ce nouveau gouvernement hybride. Mais à l’heure actuelle, c’est le gouvernement dont les Israéliens ont besoin.

Je l’admets, il fut un temps où j’avais de grands espoirs concernant Benjamin Netanyahu. Je pensais qu’il pourrait mener Israël à la paix avec les Palestiniens. En 2011, lorsque Netanyahu a accepté de conclure l’accord que j’ai aidé à négocier pour le retour de Gilad Schalit, j’ai cru qu’il pouvait prendre d’autres décisions faisant preuve de leadership. J’ai approché le président palestinien Mahmoud Abbas pour voir s’il accepterait de s’engager dans des négociations secrètes directes avec Netanyahu et Abbas a immédiatement accepté.

Au cours de cette période, je participais à de fréquentes réunions avec Abbas. Après chaque réunion, j’envoyais à Netanyahu des messages d’Abbas proposant la voie de négociations secrètes et directes. À trois reprises, Netanyahu a rejeté les appels d’Abbas à négocier. Il m’est apparu de plus en plus clair que Netanyahou ne voulait pas négocier avec les Palestiniens. Il était clair que sa stratégie était de délégitimer Abbas, de maintenir le Hamas au pouvoir à Gaza et d’inciter à la haine contre les citoyens palestiniens d’Israël. Le plan de Netanyahu a été de s’assurer qu’il n’y ait pas de partenaire palestinien pour la paix tout en augmentant la construction de colonies en Cisjordanie, en se rapprochant des populations de droite et haredi et en légitimant des groupes d’extrême droite comme Lehava, La Familia, les groupes de jeunesses des colons qui sévissent dans les collines, et d’individus comme Itamar Ben Gvir. Netanyahu a permis aux gangs criminels des communautés palestiniennes d’Israël d’acheter et de vendre des armes illégales et, alors que les meurtres se multipliaient dans ces communautés, presque rien n’a été fait pour les empêcher ou pour capturer les meurtriers. Du point de vue de Netanyahou, lorsque des Arabes tuent des Arabes, il n’y a aucune urgence à y mettre fin.

Mes griefs contre Netanyahu n’ont jamais été centrés sur les inculpations de corruption dont il fait l’objet, bien qu’il soit stupéfiant qu’il n’ait pas démissionné lors de sa première inculpation et que, grâce à une lacune de notre législation, il ait pu rester Premier ministre en exercice malgré sa mise en accusation. Ce que je reproche à Netanyahu, c’est que, pendant toutes les années où il a été Premier ministre, il s’est efforcé de tuer la solution des deux États et d’enterrer toute option de paix avec les Palestiniens. Je serai heureux de le voir quitter le bureau du Premier ministre.

Je ne me fais aucune illusion sur le fait que le gouvernement Bennett-Lapid fera avancer les négociations avec les Palestiniens. Si ce gouvernement parvient à prendre forme, il ne pourra rien faire qui soit en dehors du large consensus consistant à ne s’occuper que de l’économie et, espérons-le, à commencer à guérir les divisions au sein de notre société que Netanyahu a creusées pendant de trop nombreuses années. J’espère que le mouvement de construction de nouvelles colonies va ralentir, mais il ne s’arrêtera probablement pas complètement. J’espère qu’en créant ce gouvernement, certains des leaders des citoyens palestiniens d’Israël seront légitimés au sein de notre système politique.

J’espère que les relations avec nos voisins arabes, tels que la Jordanie et l’Égypte, s’amélioreront. C’est quelque chose que Lapid, en tant que ministre des Affaires étrangères, peut faire. J’espère qu’avec l’aide de certains de nos voisins arabes – la Jordanie, l’Égypte, et les Émirats arabes unis – nous pourrons contribuer à trouver des moyens d’atténuer les souffrances de nos voisins de Gaza. Il est clair que l’occupation ne prendra pas fin au cours du mandat du prochain gouvernement, même si c’est ce qui doit se produire. Mais peut-être que certaines tensions dans les relations pourront s’apaiser.

Le nouveau gouvernement doit renforcer l’Autorité palestinienne. Il peut le faire en lui permettant d’avoir une véritable autorité. Les comités mixtes créés par l’accord d’Oslo pourraient être rétablis. Il y avait 26 comités mixtes au plus fort du processus. L’objectif des comités mixtes était d’établir une coopération transfrontalière, et non d’opposer un veto israélien à ce que les Palestiniens veulent faire. C’est essentiellement ce qui est arrivé à bon nombre de ces comités mixtes.

Je propose qu’ils commencent par le comité économique conjoint, le comité conjoint de l’eau, le comité conjoint de l’agriculture, le comité conjoint du tourisme. Je propose que le nouveau gouvernement conclue les négociations sur l’électricité avec l’Autorité palestinienne qui traînent depuis des années sans progrès. Les principales lignes du réseau à haute tension en Cisjordanie qui fournissent de l’électricité aux Palestiniens devraient être transférées à l’Autorité palestinienne et un comité conjoint pour l’électricité devrait être créé et encourager la coopération pour apporter une quantité significative d’énergie solaire à l’approvisionnement en électricité des Palestiniens.

Puisque l’annexion par Israël de la Cisjordanie ou de certaines parties de celle-ci ne sera pas à l’ordre du jour du nouveau gouvernement, il serait bon de cesser les démolitions de maisons et de puits d’eau dans la zone C, en particulier dans les collines du sud d’Hébron et dans la vallée du Jourdain. Il est également temps d’approuver la construction de la principale route d’accès à la nouvelle ville palestinienne de Rawabi. Le nouveau gouvernement pourrait également mettre en œuvre les plans qui ont été élaborés pour améliorer le pont Allenby et peut-être même y rétablir le statut de l’Autorité palestinienne, comme convenu dans les accords d’Oslo. Il serait également judicieux de permettre aux Palestiniens d’accéder à la technologie de téléphonie cellulaire G4.

Si des accords sont conclus avec Gaza, de nombreuses mesures pourraient être prises dans l’intérêt des deux parties, comme l’octroi de milliers de permis de travail aux Palestiniens de Gaza pour qu’ils puissent travailler dans les fermes et les usines du côté israélien de la frontière. Avec l’aide internationale, le gouvernement peut reprendre les négociations en vue de la création d’une zone industrielle commune à la frontière entre Gaza et Israël. Israël pourrait autoriser les Palestiniens à construire des champs d’énergie solaire dans la zone tampon du côté de la frontière de Gaza, tout le long de la bande. D’après mes calculs, environ 200 MW d’électricité pourraient y être produits tout en créant une zone tampon beaucoup plus sûre. Un pipeline d’eau pourrait être construit depuis l’usine de désalinisation d’Ashkelon jusqu’à Gaza. L’usine d’Ashkelon fonctionne bien en dessous de sa capacité totale. Une ligne électrique pourrait également être acheminée d’Israël à Gaza. Ce sont des mesures rapides qui peuvent être prises avec des sommes relativement faibles.

Si le nouveau gouvernement adopte une attitude positive à l’égard de ses voisins palestiniens, beaucoup de choses peuvent être faites en un temps relativement court pour créer des relations plus positives et permettre de meilleures négociations à l’avenir. Un nouveau gouvernement de changement en Israël nous permettra de revenir aux questions centrales que nous devons aborder – comme la paix avec les Palestiniens, au lieu de nous concentrer uniquement sur oui Bibi oui ou non Bibi.

 

Notes

Haredi : littéralement « craignant-Dieu »; juif ultra-orthodoxe
La Familia : groupe d’extrême droite de supporters de football du club Beitar Jérusalem, composé principalement de juifs mizrahim.
Lehava : littéralement « flamme », groupe d’extrême droite dont l’objectif principal est de s’opposer aux mariages entre juifs et non-juifs, (en particulier femmes juives / hommes arabes), et tristement connue pour sa haine et sa violence contre les Palestiniens et les demandeurs d’asile africains.

L’auteur est un entrepreneur politique et social qui a consacré sa vie à l’État d’Israël et à la paix entre Israël et ses voisins. Son dernier livre, In Pursuit of Peace in Israel and Palestine, a été publié par Vanderbilt University Press. Il est désormais disponible en Israël et dans l’Autorité palestinienne. Il est également disponible en arabe et en portugais.