Genève : si c’est si mauvais pour Sharon, ça doit être bon pour nous


Haaretz

article en anglais sur le site d’Haaretz

Trad : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Les médias palestiniens, qui avaient jusqu’ici ignoré presque complètement le pacte de Genève (‘l’accord suisse”, comme l’appellent certains porte-parole palestiniens) ont commencé depuis hier à le couvrir assez largement. A cela, il y a plusieurs raisons.

D’abord, Ariel Sharon, Ehud Olmert et d’autres ministres ont violemment attaqué Yossi Beilin et ses collègues. Si ces accords ennuient tant Sharon, les Palestiniens se posent immédiatement la question de savoir si, peut-être, de leur point de vue, il n’y a pas là-dedans quelque chose de positif. La plus grande partie de l’opinion palestinienne considère aujourd’hui le conflit comme un jeu à sommes nulles. Donc, si ces accords sont si mauvais pour Sharon, ils doivent être bons pour nous.

Une autre raison de l’intérêt accru des Palestiniens pour les accords est la
rencontre de Beilin et d’Abed Rabbo avec Ahmed Maher, ministre égyptien des
Affaires étrangères, et avec Osama al-Baz, conseiller du president Moubarak. Les photos de la rencontre ont ete publiées dans la presse palestinienne, et si les Egyptiens prennent l’affaire au serieux, l’opinion palestinienne ne peut pas l’ignorer.

La troisième raison est liée aux informations selon lesquelles certaines
personnalités palestiniennes ont ete partie prenante des négociations. Parmi elles, trois anciens ministres (Abed Rabbo, Hisham Abdel Razek et Nabil Kassis), des membres de la jeune garde du Fatah et du Tanzim, Qaddoura Farès et Mohammed Khourani (tous deux députés au parlement palestinien et considérés comme des partisans de Marwan Barghouti), et certains experts et militaires issus des premiers rangs de l’establishment palestinien. En d’autres termes, le public palestinien comprend qu’il ne s’agit plus d’une de ces initatives “privées” qui n’ont jamais réellement reussi a décoller, comme la Voix des Peuples d’Ami Ayalon et de Sari Nusseibeh, mais de quelque chose de plus serieux.

Il est maintenant clair pour tout le monde qu’Arafat et ses proches sont derrière tout cela. Certaines des personnalités citees ne font pas un pas sans l’autorisation d’Arafat. Mais nul besoin ici de devinettes. On peut croire Abed Rabbo quand il affirme explicitement qu’il a eu la bénédiction d’Arafat, de Mahmoud Abbas et d’Ahmed Qorei. On peut aussi croire les représentants palestiniens qui disent que s’il n’y a pas eu de reaction officielle de la part des Palestiniens, c’est parce que le côté israéilen n’a pas de statut representatif, et que l’Autorité palestinienne doit en tenir compte.

Que Beilin et Abed Rabbo travaillaient à un accord était de notoriété publique. Ce qui est nouveau, c’est la dramatisation que sa publication a entrainée, et le soutien total montré par Arafat et ses partisans. Pourquoi ce soutien? Sharon, Olmert et les autres, tout ceux qui en veulent a Beilin, disent qu’Arafat cherche aujourd’hui à sauver sa peau. La semaine dernière, au cabinet d’Arafat à Ramallah, tout le monde etait convaincu que la mobilisation des réservistes largement discutée en Israël faisait partie d’une vaste opération militaire pour prendre d’assaut la Muqata. Arafat, malade et empêtré dans des intrigues sans fin pour constituer son nouveau gouvernement, aurait donc eu peur (dit cette version) et aurait décidé de prendre une initiative spectaculaire pour empêcher une attaque israélienne.

C’est peut-etre vrai, mais cela n’enlève rien au pacte de Genève. Yitzhak Shamir, premier ministre Likoud en 1991, avait bien compris pourquoi Arafat avait autorisé ses partisans à se rendre a la conference de Madrid, qui inaugurait le processus de paix. Apres la première guerre du Golfe et le soutien d’Arafat à Saddam Hussein, les occidentaux avaient cessé d’envoyer de l’argent a Arafat, l’OLP était isolé et rejeté, et pratiquement sur le point de disparaître. Arafat et la direction de l’OLP (boycotté par Israël) decidèrent alors de qui représenterait la Cisjordanie et Gaza à la conference de Madrid, et il n’est pas exagéré de dire que cette décision de se rendre à Madrid a sauvé l’OLP.

On peut dire qu’Arafat a parié sur les accords d’Oslo parce qu’il avait des problèmes, comme on peut dire que le président Sadate a lancé son initiative de paix parce qu’il avait des problèmes. Ce sont les règles du jeu en politique.

Quelles que soient les motivations d’Arafat et de ses partisans dans leur soutien au pacte de Genève, ce qui compte, c’est que ce pacte peut promouvoir la possibilité d’aboutir a un accord.