D’un conflit militaire a un conflit politique


article en anglais sur le site d’Haaretz


“Mr le Premier ministre, le conflit est politique, et en consequence, il
doit etre resolu par des moyens politiques. Nous n’avons pas de rancune
envers le peuple israelien, et n’avons aucun interet a perpetuer le
conflit.” C’est ainsi que le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas a
defini l’approche qu’il convenait d’adopter pour resoudre le conflit
israelo-palestinien.

La reunion publique organisee mardi dans le bureau du Premier ministre Ariel
Sharon, avec les dirigeants palestiniens assis aux cotes de leurs homologues
israeliens, les deux premiers ministres se serrant la main et echangeant des
sourires, et les dirigeants palestiniens sans uniforme militaire, pourrait,
au moins au niveau symbolique, donner le sentiment que nous entrons dans une
ere politique nouvelle, differente de ce que nous avons connu jusqu’a ce
jour.

Les declarations d’Abou Mazen sont le signe d’une decision determinee de
mettre fin a l’intifada armee et de passer a la lutte politique. Le fait
qu’il ait reussi a obtenir un cessez-le-feu, meme provisoire, de la part de
groupes d’opposition, et en particulier du Hamas et du Jihad islamique, le
Fatah se joignant au cessez-le-feu sans limitation de temps, la cooperation
des forces armees et des services secrets israeliens et palestiniens, dont
l’efficacite est vantee par les officiers de Tsahal, tous ces faits sont une
manifestation importante et operatoire de l’intention d’Abou Mazen de mettre
en pratique ses conceptions.

En meme temps, les dirigeants, israeliens comme palestiniens, savent que les
declarations agreables a entendre ne peuvent pas changer la realite comme en
un coup de baguette magique. Ils ne peuvent pas reconstruire une confiance
detruite par trois annees de violences et faire que toutes les forces, des
deux cotes, ignorent ce qui reste de haine et de desir de vengeance. Les
Palestiniens ne voient encore aucun changement substantiel dans leur vie, et
pensent que le retrait de Gaza et de Bethleem n’est qu’une mesure
provisoire. Les Israeliens n’ont aucune confiance dans le cessez-le-feu, et
croient qu’il ne durera pas et se terminera par un attentat de grande
envergure.

De plus, la position d’Abou Mazen, selon laquelle le conflit doit etre
resolu par des moyens politiques, ne signifie pas pour autant que la lutte
sur le plan diplomatique sera plus facile, ou que les positions israeliennes
et palestiniennes changeront de facon telle qu’il sera possible de parvenir
a un accord politique dans un avenir proche. Mais une fenetre a ete ouverte,
et elle pourrait provoquer une dynamique dans le processus politique.

La responsabilite de l’ouvrir davantage repose autant sur le gouvernement
israelien que sur l’Autorite palestinienne. Il faut examiner de facon
magnanime les demandes de liberation de prisonniers palestiniens, permettre
une circulation confortable entre les villes de Cisjordanie et la Bande de
Gaza, ouvrir le marche du travail en Israel, et remplir les obligations
envers la feuille de route. Cela implique, entre autres, de demanteler
immediatement les avant-postes illegaux et de definir de facon plus prudente
le concept de “bombes ambulantes”.

Cette periode de cessez-le-feu, et les declarations d’intention des deux
leaders, entrainent a considerer les prochains jours, non comme une periode
test qui doit s’ecouler avant qu’on puisse mesurer son succes, mais comme
une immense defi ou, comme l’a dit, Abou Mazen, “chaque jour qui passe sans
un signe d’accord est une chance de perdue.”