Contourner les establishments politiques pour aller vers la paix


Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


La semaine derniere, tous les jours, une serie d’encarts publicitaires est
parue dans le quotidien de grande diffusion Al-Quds, payee par un mouvement
nomme la Campagne populaire palestinienne populaire pour la Paix et la
Democratie. Les textes de ces encarts appelaient les lecteurs a soutenir un
document commun israelo-palestinien, elabore par Ami Ayalon, ancien chef du
Shin Beth, et par le representant de l’OLP a Jerusalem, le Dr Sari Nusseibeh. Cette initiative n’est pas inconnue du public palestinien.

Ayalon a presente ses positions politiques aux medias palestiniens dans un
long entretien, il y a quelques semaines. Nusseibeh a ecrit un article qu’Al-Quds a monte en epingle, ou il exposait lui aussi ses vues sur la situation actuelle.

Ces encarts font clairement partie d’une campagne mediatique globale que les
deux hommes menent, et dont on s’attend a ce qu’elle ne s’arrete pas la. Bien que leur declaration commune, dans son etat actuel, ne soit pas entierement finalisee ni rendue publique officiellement, Akiva Eldar en a publie l’essentiel dans Haaretz.
(ndt : texte consultable a :
[->https://lapaixmaintenant.org/article.php3?id_article=186]
Certains des points du document commun ont paru en tant qu’encarts pubicitaires, sous le nom de “Deux Etats pour deux Peuples”, ou “Une Jerusalem ouverte pour capitale des deux Etats”. Le droit au retour y est aborde, et il est dit que les refugies ne pourront retourner que dans l’Etat de Palestine, tout comme les Juifs peuvent retourner dans l’Etat d’Israel, et que les souffrances occasionnees aux refugies par l’exil doivent etre reconnues, afin de leur permettre de toucher des indemnites et d’etre aides dans leur reinstallation.

Les encarts declarent aussi que sur le plan politique, il faut soutenir le camp de la paix en Israel. L’un des encarts dit, par exemple, qu'”Amram Mitzna s’est engage sur les positions d’Ami Ayalon”. Les medias israeliens ont rapporte que Mitzna avait annonce etre engage sur la totalite du document Ayalon-Nusseibeh, ce qui a mis en colere son equipe de campagne. Un autre encart dit “Renforcer la droite en Israel, c’est renforcer les colonies; soutenir le plan Ayalon-Nusseibeh signifie l’evacuation des colonies”. Les idees de Nusseibeh sur les attentats terroristes sont connues: il est oppose a une intifada ayant toute caracteristique militaire.
Mercredi dernier, cela etait formule de la facon suivante : “l’intifada vaincra; la resistance pacifique est une arme efficace qu’il ne faut pas mepriser; elle viendra a bout des crimes de l’agression armee et mettra en lumiere la justesse de la cause.”

Comme Nusseibeh, de nombreux dirigeants palestiniens pensent que l’intifada
violente a desservi leur cause. Meme Abou Mazen, considere comme le n° 2
apres Arafat dans la hierarchie palestinienne, s’est exprime contre la “militarisation de l’intifada”, faisant allusion a sa transformation en une campagne militaire plutot que de l’avoir gardee dans les limites d’une desobeissance civile. Mais Abou Mazen parle surtout dans des cercles fermes, ou exclusivement palestiniens, alors que Nusseibeh fait connaitre ses idees ouvertement, pratiquement sur toute tribune qui s’offre a lui.

Il s’agit sans aucun doute d’un homme d’une grande bravoure. Plus d’une fois, il a ete menace et moleste. Il y a un mois, par exemple, des tracts ont ete distribues au nom de familles du camp de refugies de Deheisheh, au sud de Bethleem, l’accusant de sacrifier leurs droits a leurs maisons et a leurs biens. Sur ce sujet, Nusseibeh a ete attaque de nombreuses fois, et souvent insulte publiquement. Saar Habash, un des leaders du Fatah, a ecrit qu’il n’avait pas le droit de renoncer a ce qui ne lui appartient pas au profit de quelqu’un qui ne le merite pas (paraphrase d’un slogan palestinien a propos de la declaration Balfour, qui promettait une terre qui n’appartenait pas a Balfour a un peuple qui ne la meritait pas). Nusseibeh s’est rendu a Deheisheh, a rencontre les auteurs des tracts, et s’est explique avec eux.

Sama’an Khouri, qui travaille aux cotes de Nusseibeh pour mener cette
campagne dans les medias en faveur de la declaration commune
Ayalon-Nusseibeh, dit qu’ils font de gros efforts pour toucher les masses
palestiniennes, et persuader les gens de la soutenir. Le mois dernier, une
copie a ete expediee a 400 personnalites palestiniennes, priees de donner
leur avis. Selon Khouri, la plupart des reactions etaient positives. Evidemment, ceux qui sont clairement identifies avec l’opposition, du bloc islamiste et de la gauche, se sont montres critiques. Mais quand Nusseibeh eut fini de totaliser toutes les reactions, le sentiment etait bon. Entre autres, dit Khouri, ils se sont debrouilles pour obtenir de bonnes reactions de la part de prisonniers retenus en Israel pour raisons de securite. Dans les prochains jours, ils vont surveiller les reactions a l’egard des encarts parus dans Al-Quds, et une fois ces reactions en main, Nusseibeh organisera une serie de rencontres avec Ayalon et son equipe pour travailler a la version finale du document.

L’initiative, qui a beneficie de soutiens financiers internationaux, est destinee a faire en sorte que des masses de gens signent le document. L’idee d’origine etait de recueiilir un million de signatures de chaque cote, et de le presenter alors au monde comme un fait accompli, comme un accord signe entre les deux peuples, en passant par dessus la tete de leurs dirigeants.

Personne n’a l’illusion qu’il sera facile de recueillr des millions de signatures. Du cote palestinien, les choses semblent evoluer tres lentement. Le proprietaire d’un magasin de journaux et de livres de la rue Salah a Din a Jerusalem dit que les acheteurs d’Al-Quds de la semaine derniere ont a peine remarque les encarts, situes dans les coins superieurs de la premiere page. En revanche, ils se sont concentres sur les photos de couvre-feu, de destructions et de morts, qui couvraient la plus grande partie des premieres pages. Selon lui, quand les Palestiniens voient et lisent ce qui concerne les soldats reoccupant les villes palestiniennes, il est pratiquement impossible de convaincre qui que ce soit qu’il y a en Israel des partenaires avec qui negocier et faire la paix.

Selon des rumeurs provenant des spheres les plus elevees de la societe
palestinienne, Nusseibeh serait tombe en disgrace aupres d’Arafat. On dit que lors d’une des recentes reunions de la direction palestinienne, Arafat a insulte Nusseibeh en nommant Samir Rusha au poste de ministre pour Jerusalem
dans le nouveau cabinet, s’en prenant ainsi au statut de Nusseibeh,
representant de l’OLP a Jerusalem. Les proches de Nusseibeh retorquent que
la nomination de Rusha montre qu’Arafat accorde en fait une grande
importance a Nusseibeh, Rusha ne representant qu’une fraction minuscule de
l’OLP, et n’ayant que peu d’influence a Jerusalem, ou le parti dominant, le Fatah, jouit d’une immense popularite. Il s’agirait donc d’une nomination symbolique, destinee a montrer au monde que le gouvernement palestinien a un ministre pour Jerusalem. Mais, de facto, c’est Nusseibeh qui dirige les affaires a Jerusalem.

Mardi dernier, Nusseibeh donnait une reception pour des VIP de Jerusalem
Est, dans un restaurant proche de la Chambre de commerce de la ville arabe,
fermee un an auparavant par la police israelienne. La reception comprenait
un plat de fin de jeune de Ramadan, et le bureau de Nusseibeh dit que les
reactions a l’invitation ont ete impressionnantes, 500 personnes etant venues. Dans le texte de l’invitation, Nusseibeh avait ecrit : “Esperons que nos espoirs pour l’etablissement de notre Etat independant avec Jerusalem pour capitale se realisera, sous la direction de notre frere et de notre symbole, Yasser Arafat”. Si l’on en croit les proches de Nusseibeh, de nombreuses personnes presentes se sont levees pour remercier Nusseibeh, et bien que personne n’ait fait explicitement allusion a l’initiative Ayalon-Nusseibeh, leur presence a la reception etait pour beaucoup une manifestation de soutien, montrant que meme dans ces jours de desespoir et de massacres, il existe un soutien pour un accord comme celui que propose Nusseibeh.