Ce qui se cache derrière l’optimisme palestinien


Haaretz

Si le Conseil legislatif palestinien s’en tient a son ordre du jour, il devrait approuver aujourd’hui a Ramallah, en troisieme et derniere lecture, la loi concernant la nomination d’un premier ministre. Puis, dans la foulee, Yasser Arafat devrait demander a Abou Mazen de constituer son premier ministere. Ce week-end, George Bush a annonce qu’avec la nomination d’un premier ministre palestinien, il enverrait a Israel et aux Palestiniens sa “feuille de route”, dont la disposition la plus importante est la creation d’un Etat palestinien en 2005.

Voila donc prevue une reprise des negociations israelo-palestiniennes,
souhaitee par tout le monde. Vendredi, Arafat en a parle au telephone avec
Tony Blair, et Condoleezza Rice, conseillere aupres de la Maison Blanche, a
declare a Al Jazzira qu’Abou Mazen serait le bienvenu a Washington ; de
hauts fonctionnaires egyptiens, jordaniens et saoudiens ont dit que le
discours de Bush constituait une etape importante, de meme que des
porte-parole palestiniens comme Saeb Erekat, Nabil Shaath et d’autres.

Mais derriere ces declarations optimistes se cache une verite moins
encourageante : les representants palestiniens admettent qu’en public, ils
doivent exprimer leur satisfaction devant ce qui est decrit comme un progres
possible vers des negociations, au bout desquelles, au bout de trois ans, se
profile un Etat palestinien. Mais d’un autre cote, il est difficile de trouver un seul Palestinien pour y croire reellement. Tout le monde sait que l’esprit des dirigeants, aux Etats-Unis, en Europe, dans les pays arabes et dans le monde entier, est tourne, non vers le bain de sang sur le front israelo-palestinien, mais vers les preparations de guerre en Irak.

Le surprenant discours de Bush de vendredi sur la feuille de route, selon de
nombreux commentateurs, palestiniens et autres, etait en fait une maniere de
s’adresser aux Etats europeens et arabes et de leur dire que les efforts
consacres au sujet irakien ne faisaient pas oublier a l’administration Bush
le probleme palestinien. “La feuille de route mene vers Bagdad, pas vraiment
vers nous”, dit l’organe de l’Autorite palestinienne Al Hayat Al Jedida.

Les Palestiniens craignent que la feuille de route connaisse le meme sort
que les autres initiatives americaines de ces dernieres annees (Mitchell,
Tenet, Zinni), c’est-a-dire que rien n’en sortira, car Israel sabotera les
discussions. La nouvelle selon laquelle Israel a propose 100 amendements a
la feuille de route a eu un grand echo dans les medias palestiniens. Arafat
en a parle avec mepris, lui aussi.

La rue palestinienne est davantage preoccupee des tueries et des
destructions en cours en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza (14 personnes
tuees jeudi et vendredi, 26 maisons demolies, de nombreuses personnes
blessees ou arretees). Les Palestiniens ne veulent pas de discussions sur le
contenu de la feuille de route, mais seulement sur sa mise en oeuvre rapide,
afin de “mettre un terme aux crimes de guerre commis par Israel” (comme il
est declare dans la decision de l’OLP apres une reunion houleuse cette
semaine a Ramallah).

S’il y a en Israel des gens pour croire que la guerre en Israk ouvrira une
nouvelle page dans la configuration diplomatique du Moyen-Orient (peut-etre
comme la conference de Madrid de 1991, qui a lance le processus de paix
apres la guerre du Golfe), chez les Palestiniens, le sentiment qui prevaut
est que la guerre en Irak va provoquer le chaos dans la region. On craint la
destabilisation de regimes arabes, des emeutes et des violences, qui
detourneront l’attention de ce qui se passe dans les territoires, et que
cela soit mis a profit par le gouvernement de droite israelien pour
renforcer encore sa politique de punition et de destruction de tout le tissu
social en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, deja soumis a rude epreuve.

Dans le meme mouvement, le renforcement des colonies juives dans les
territoires se poursuivra, laissant peu de place a la creation d’un Etat
palestinien.