Barghouti n’avait d’autre choix que soutenir Abou Mazen


[Marouan Barghouti, le très populaire chef des Tanzim, la jeune garde du Fata’h, actuellement incarcéré en Israël, a provoqué une certaine surprise vendredi en appelant à soutenir Mah’moud Abbas lors des prochaines élections à la tête de l’Autorité palestinienne – et en refusant de se porter lui-même candidat.
Une hypothèque est ainsi levée sur l’avenir des institutions palestiniennes… dont la stabilité est essentielle à un règlement négocié du conflit israélo-palestinien.]

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Ha’aretz, dimanche 28 novembre 2004

(Trad : Tal Aronzon pour La Paix Maintenant)


Marouan Barghouti, le leader incarcéré des Tanzim en Cisjordanie, avait assez peu le choix : il lui fallait repousser toute déclaration de candidature à la tête de l’Autorité palestinienne et, à la place, accorder son soutien à Mah’moud Abbas [Abu Mazen].

Cette absence de choix venait de ce que les membres du Fata’h de feu Yasser Arafat, en grande majorité, considéraient que leur organisation devait pousser en avant un seul et unique candidat acceptable par tous, afin d’éviter le moindre semblant de division au sein du Fata’h. À ce titre, leur soutien à Abbas est total.

Pendant les délibérations du Conseil révolutionnaire du Fata’h, vendredi, certains des participants avancèrent que l’idée de poser sa candidature face à celle d’Abu Mazen n’émanait pas de Barghouti. Ils disaient qu’une partie de ses supporters l’avaient émise afin de mieux se pousser en avant grâce à lui.

Sahar Habache, l’un des dirigeants historiques du Fata’h, considéré comme l’un des opposants à Abu Mazen, défiait vendredi les supporters de Barghouti : « Allez-y, si vous voulez, présentez la candidature de Barghouti au Conseil révolutionnaire, on verra bien combien de voix il réunira. »

Selon les estimations, Barghouti aurait rassemblé quelques votes, parmi les 107 membres présents à la réunion. Les propos de Jibril Rahjoub, membre du Conseil, sur la chaîne Al Jazira, vinrent confirmer le fait que Barghouti, en fidèle membre du Fata’h, n’avait pas l’intention de poser sa candidature.

En fin de compte, le Conseil révolutionnaire accorda son soutien unanime – moins deux abstentions – à la candidature d’Abu Mazen, sur la base d’une décision prise quelques jours plus tôt par le Comité central du Fata’h.

Le soutien apporté par Barghouti à Abu Mazen a cependant été décrit comme le résultat d’une sorte de marché entre eux, suivant lequel la vieille garde du Fata’h, menée par Abu Mazen, tiendrait cet été la sixième assemblée du mouvement où seront élus d’autres représentants au Comité central, dont Barghouti.

Le Comité central, qui compte 17 membres, est l’élément directeur du Fata’h. Tous ses membres sont des vétérans du mouvement, pour la plupart depuis l’époque où l’OLP fut chassée de Beyrouth à Tunis, et il manque de représentation locale, plus jeune. L’un des chefs de file « locaux » était Fayçal Husseini, mort il y a trois ans.

La sixième conférence du Fata’h a été fixée au 4 août, date de l’anniversaire d’Arafat.

Il a également été décidé de tenir en mai des élections à l’Assemblée législative, parlement de l’Autorité palestinienne. La décision de Barghouti d’éviter de participer aux élections, malgré sa popularité dans la rue palestinienne, et celle du Fata’h de se rallier à Abu Mazen, montrent les puissants efforts déployés par les membres de ce mouvement, jusqu’ici avec succès, pour permettre une passation du pouvoir dans les règles après la mort d’Arafat.