Vidéo de la déclaration de Yaïr Golan, général (réserve), président du parti Les Démocrates et de Nimrod Sheffer, général (réserve) (18 mars 2026)
Traduction de l’hébreu: Sylvie L. (groupe WhatsApp Défendre la démocratie israélienne)
Mis en ligne : 20 mars 2026
Yaïr Golan :
Je suis actuellement à la frontière Nord et je tiens à vous adresser un message clair et sans équivoque.
Je connais bien la zone Nord. J’ai été commandant du Commandement Nord, commandant de la formation “Otzmat HaGalil” et commandant du secteur oriental de la zone de sécurité. J’ai combattu dans cette zone et j’y ai été blessé. J’ai pu constater quel lourd tribut a été payé à la guerre en tant que commandant et en tant que combattant. Avec mon ami, le général de division Nimrod Sheffer, nous voulons lancer un signal fort.
Une opération militaire de grande envergure à l’intérieur du Liban, sans objectif politique clair, entraînera de nouveau Israël dans le bourbier libanais et n’apportera pas de sécurité aux communautés du nord.
Au cours des deux dernières années, Tsahal a frappé le Hezbollah avec une intensité sans précédent. Les succès militaires sont énormes et résultent du courage et du sacrifice de nos combattants.
Mais le gouvernement israélien vend au public une illusion dangereuse : celle d’une force militaire qui pourrait à elle seule démanteler le Hezbollah et assurer la sécurité dans le nord. L’avis des spécialistes, je souligne, l’avis de quiconque a mené des campagnes militaires est clair : la force militaire est un moyen, pas une fin. Son rôle est de créer des conditions favorables sur le terrain. Mais ces conditions doivent être immédiatement être traduites en action diplomatique. Le maintien d’une zone tampon, sans horizon politique, n’éliminera pas le Hezbollah. Au contraire, cela risque de renforcer son narratif de ‘défenseur du Liban’ et de nous enfoncer encore plus dans un bourbier sanglant.
Actuellement, une fenêtre d’opportunité s’est ouverte. Le Hezbollah est très affaibli, militairement, politiquement et économiquement. Au Liban même, l’opposition à cette organisation se développe car c’est elle qui a conduit à la destruction et à l’évacuation d’un million de personnes. Des forces de plus en plus nombreuses, au Liban, réalisent que le projet iranien est destructeur pour leur pays. Israël et le gouvernement libanais partagent aujourd’hui un intérêt commun qui est d’affaiblir le Hezbollah. Celui qui affaiblit le gouvernement libanais affaiblit aussi les forces qui maintenant se soulèvent de l’intérieur contre le Hezbollah, et mécaniquement renforce l’organisation terroriste. L’intérêt d’Israël est d’élargir le fossé qui sépare le Hezbollah de l’État souverain du Liban.
Malheureusement, le gouvernement qui est aujourd’hui installé à Jérusalem souffre d’un aveuglement stratégique total. Netanyahu fait au Liban ce qu’il a fait à Gaza : il affaiblit les modérés et renforce le terrorisme. Le gouvernement Netanyahu s’est amouraché de la guerre comme solution. Il préfère fuir la prise de décisions historiques difficiles et sombrer dans la boue des combats à rallonge comme si l’usage de la force était le seul objectif.
Ceux qui dirigent aujourd’hui le pays ont oublié (ou n’ont jamais su) ce que chaque commandant et chaque combattant connaît dans sa chair. Les guerres ne se gagnent pas uniquement grâce au viseur du fusil. Une victoire réelle, qui garantit la sécurité pour des générations, est toujours le résultat de l’articulation rigoureuse d’une puissance militaire écrasante et d’un processus diplomatique mené à son terme. Le rôle de l’armée est de gagner sur le champ de bataille, mais celui du pouvoir politique est de préserver cet acquis dans un contexte stable. Cet aveuglement politique fait voler en éclats les acquis du sacrifice de nos soldats.
Il est temps d’avoir un gouvernement capable de traduire la bravoure militaire en une sécurité réelle et durable, et d’éviter à Tsahal de s’enliser à nouveau dans le bourbier libanais.
Nimrod Sheffer :
Les jours que nous vivons actuellement sont difficiles pour les habitants du nord. Ils sont forts et déterminés et obéissent aux instructions du Commandement du Front Intérieur. Nous exprimons également notre soutien à Tsahal, à nos combattantes et à nos combattants qui sont entrés au Liban. Faites attention à vous.
Yaïr et moi sommes ici, à la frontière libanaise, pour envoyer un signal fort et adresser un message clair et sans équivoque. Celui qui envoie l’armée israélienne en plein territoire libanais, sans but politique et sans stratégie de sortie, n’a rien appris des erreurs du passé et il nous amène à nouveau dans le bourbier libanais.
Pour renforcer la sécurité des habitants du nord, nous devons utiliser la force tout en prenant des mesures en vue d’un accord avec le Liban. Mais ce gouvernement ne prend pas ses responsabilités et n’a aucune stratégie. Depuis deux ans et demi, Israël utilise la force sans aucune stratégie politique. Israël ouvre de nouveaux fronts sans objectif clair et sans possibilité de les mener à terme. Deux ans et demi sans stratégie, ce n’est pas une victoire. C’est un échec politique total. Aujourd’hui une opportunité diplomatique sans précédent se présente. Il ne faut pas la laisser passer.
Le Hezbollah est politiquement à terre. Le gouvernement libanais considère Israël comme un partenaire potentiel et le Hezbollah comme une organisation illégitime. Si nous n’agissons pas pour renforcer le gouvernement libanais, pour qu’il puisse rompre définitivement avec le Hezbollah, l’action militaire n’aura aucun sens et, dans quelques mois, nous reviendrons exactement à la même situation et à un nouvel épisode de combat.
Les habitants du nord en particulier, mais nous aussi, les citoyens d’Israël en général, sommes fatigués d’enchaîner les opérations militaires. Nous en avons assez des fausses promesses, nous avons perdu foi dans les slogans vides. La conquête de territoire au Liban devrait être un moyen tactique très limité dans le temps, pour causer des pertes au Hezbollah, de lourdes pertes, pour défendre les localités du Nord et être un outil de négociation dans de futures discussions.
Mais ne nous laissons pas séduire par une présence permanente de Tsahal sur le sol libanais. Choisir cette voie serait une grave erreur stratégique car elle rendrait nos forces vulnérables aux attaques de la guérilla et du terrorisme. Et surtout, elle n’empêcherait pas les tirs en cloche (de mortier) du Hezbollah vers les communautés du nord et du centre du pays. Et c’est exactement ce que nous voyons aujourd’hui. Pendant la Première guerre du Liban, en 1982, j’étais un jeune pilote du 201e escadrille. Nous admirions les héros de la guerre du Kippour et nous voulions être comme eux, des héros.
Parmi les acquis de cette guerre, dont l’expulsion de l’OLP du Liban ne fut pas le moindre, ce dont nous souvenons tous aujourd’hui principalement , ce sont 18 ans de bourbier sanglant au Liban. Un lourd échec que nous voyons aussi aujourd’hui : le gâchis des magnifiques succès militaires, car il n’y a ni stratégie ni horizon politique. Le gouvernement de Jérusalem ne se préoccupe que d’une seule chose : sa propre survie, en lieu et place de la sécurité des citoyens d’Israël.

